mardi 27 mai 2008

Sur le quai


Je me sens un peu comme la femme d'un marin qui partirait sur un baleinier pour les mois à venir alors que moi je reste là à le regarder partir sans bouger...


Ou alors comme quand j'étais plus jeune et que je préférais être derrière la scène que devant. Quand je passais tout le spectacle de l'école dans les coulisses parce que je préférais être derrière que sur le devant de la scène. Comme quand je refusais de monter un cheval qui gagnait les concours et que je me bornais à monter les vieilles carnes et les plus peureux, question d'être sûre de ne pas me retrouver sur le devant de la scène. Ou alors que si jamais je m'y retrouvais, je pourrais être certaine que c'était vraiment parce que les gens trouvaient que je valais quelque chose que je ne mettais pas en avant - que je m'évertuais à cacher, même. Et j'en suis toujours restée, du coup, à la grande question : est-ce que j'ai ce quelque chose et que je le cache, ou alors simplement est-ce que je ne l'ai pas et que c'est pour ça que je ne gagne pas ?


Tous les ans je me trouve avec de nouveaux copains de galère, à la recherche d'un poste. Et tous les ans je les vois trouver un poste. Et pas moi. Ensuite on peut dire tout ce qu'on veut, on peut rester conscient du fait que c'est un grand tirage au sort qui nous dépasse très largement nous, les candidats, il n'empêche que ça fait un sacré pincement au coeur.


Ça ne m'empêche pas du tout d'être très contente pour les bonnes nouvelles que je reçois. Pour celle que je viens de recevoir, en l'occurrence. Vraiment, ça me remplit de joie et le sujet de cette bonne nouvelle peut être fier de lui, il l'a bien mérité. Et moi, je suis fière de lui, même si je n'ai rien à voir avec sa réussite.


Est-ce que les souvenirs cités plus haut, et ce que je vis aujourd'hui, a un quelconque rapport en réalité ? Ou bien est-ce que c'est moi qui les relie, peut-être là aussi pour me conforter dans ce "si je ne brille pas c'est uniquement parce que je ne le cherche pas" ? Et si je ne le cherche pas, finalement, c'est parce que je ne veux pas risquer d'apprendre que je ne pourrais pas briller si j'essayais ?


Et puis pourquoi est-ce que je ressens ça, alors que finalement je ne suis pas si mécontente que ça d'être là où je suis, de faire ce que je fais ? Ça, je le sais : c'est parce que c'est bigrement difficile de mettre de côté ce satané esprit de concours, d'il faut être le meilleur pour être respectable, d'il faut faire un parcours sans faute. Moi j'ai fauté, et j'en accumule et de plus belles. Je ne suis plus dans le peloton de tête comme je l'étais, ou comme je croyais l'être, ou comme on croyait que je l'étais. Je joue en 2e division. Pas de quoi motiver mon réseau de relations, ils auront désormais toujours mieux à faire, meilleur à soutenir.


J'ai très, très longtemps baigné dans cette ambiance de concours. Et j'ai du mal à me sortir de ça, du mal à percevoir les choses différemment. Même si je sais que c'est possible. Même si je sais que la réussite n'a rien à voir avec la qualité. D'un autre côté, rien ne permet jamais de quantifier la qualité, et c'est d'ailleurs pas plus mal.


(Et tout ça n'a rien à voir avec l'enfantement. L'un n'empêche pas l'autre, et l'un n'apporte pas de soulagement, de remplacement à l'autre, ce sont deux choses différentes.)


(Heu... et je ne dis pas ça non plus pour m'apitoyer sur mon sort, ni pour qu'on me dise "mais si, t'es douée...", "mais si, tu vas finir par trouver...", "ne perds pas espoir...", tout ça. Juste parce que c'est vrai. C'est tout.)

7 Commentaires :

Anonyme a dit...
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Anonyme a dit...

Je n'ai jamais compris la raison pour laquelle tu renonces si facilement ( ou par choix) a viser la premiere place; pourtant tu es une battante! ( si, je crois avoir une petite explication qui daterait de ta 6�, mais je ne suis pas sure que cela soit l'element declancheur. peut-etre etait-ce deja ancre en toi bien avant). De meme , j'ai souvent constate que tu te sabordais facilement ou sabordais ce que tu faisais ou ce qui t'entourait ou ce qu'on t'offrait,(et cela remonte a tres loin). la non plus, je n'en connais pas la cause. c'est sans doute un element de ton caractere ou de ta personnalite. je pense que tu as les elements dans ton article pour y repondre; mais cela est personnel et toi seule peut vraiment y voir clair dans tout cela. Mais maintenant je te dis tout net que UN AN ET DEMI de demarches pour acceder a un poste ce n'est pas ' DES ANNEES" comme tu dis. la; il te faut de la patience, et surtout ne pas baisser les bras; Tu sais tres bien que ce que tu proposes, comme inovation a partir de ta these n'est pas evident pour tout le monde; cela doit faire meme un peu peur! c'est la rancon de l'originalite et cela derange, voila tout, donc quoique tu en dises tu y arriveras mais il FAUT DU TEMPS encore une fois, alors de desarme pas, meme si pour un temps il te faut poser les armes! ( et de cela tant mieux pour le pitchounet qui va avoir grand besoin pendant un temps de sa moman! qu'il aura tout pour lui! ( et la aussi cela rejoint un trait de ton caractere : tu es toujours en avance sur les ideees , sur les modes etc... ( rappelle-toi! le chapeau etc, a la sortie de l'avion de Londres! )Alors quelques fois cela derange aussi et ou on ne comprend pas tout de suite ce qui s'est passe dans ta tete; alors que tu avais raison! tu vois les choses bien avant tout le monde ! alors c'est normal qu'il y ait un decalage, alors ma belle! patience! car tu es toujours victorieuse au bout du bout; rappelle- toi ton prenom que tu portes si bien! et gros bisous!

Pandore a dit...

Pour partager ces sentiments, je n'ai pas grand chose à te dire pour te réconforter. A part que quand je regarde ceux qui sont dehors et ceux qui sont dedans, j'y trouve la même proportion de nases et de gens bien.

Donc, il ne faut pas en tirer de conséquence sur soi et trop se remettre en cause, le facteur chance est énorme.

Et peut-être se dire que rester dehors sera la chance d'aller flâner dans des prairies plus vertes...

malie a dit...

Coco > "Je n'ai jamais compris la raison pour laquelle tu renonces si facilement (...) a viser la premiere place; pourtant tu es une battante!"
- Ben là pour le coup, je crois que ça vient très directement de mon éducation mais tu vas répondre que c'est pas vrai du tout, alors je ne le dis pas ;-)

"Mais maintenant je te dis tout net que UN AN ET DEMI de demarches pour acceder a un poste ce n'est pas ' DES ANNEES" comme tu dis."
- C'est simple : deux ans de dossiers d'ATER + 2 ans de dossiers MCF = 4 ans = "des années".

Bon. Heu... pour le reste, je passe. Je sais que tu dis tout ça pour être gentille.

Pandore > Tu as raison. Mais bon, j'aimerais bien enfin m'établir dans une praisire, moi, à la fin... même si tu as raison, et puis qu'il y a du bon à ne pas être "pieds et poings liés" ;-)

MeMyself&I a dit...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
MeMyself&I a dit...

(Oups, error...)
Un petit mot de...soutien? D'une inconnue passée par ton blog en ayant accroché une de ses balises topic; inconnue mais qui se sent l'espace de te lire diablement proche de ton ressenti (magie du web, quand tu nous happe!!).
J'ai surtout tilté au fait que tu abrites bien plus que du savoir à ne plus savoir comment le vendre, un concentré de ce qui se fait de meux en matière (ben oui, tu sais, avant que l'ange ne passe, ne lui pose un doigt sur les lèvres et lui recommande de se taire...ce qui n'arrivera que dans 4 gros mois si j'ai bien tout saisi?).
Regarde:j'ai thèsé, j'ai enfanté, j'ai galéré -les deux dernières actions intimement mélèes; la bioch' (pas plus que la linguistique ?) ne s'avèrant que peu prisée sur le marché de l'emploi, même académique,actuel, j'ai goûté aux joies du désoeuvrement et des remises en questions abyssales, toutes soldées par un constat inébranlable: je ne vaux rien (dans ma branche certes, mais aussi, au demeurant:) je ne vaux rien, rien qui vaille/aille dans ce système qui se repait de winners ou simplement de gens objectivement brillants...sanglot...et puis le temps a passé, deux ans, 5 mois, et 21 jours, très exactement, j'ai retrouvé un taff (de m... et sans rapport aucun, ni avec mes compétences, ni avec mon "grade" - mais qui me "nourrit" , le corps s'entend); et cela a suffit, à faire s'envoler tout ce fatras gluant, toute cette introspection toxique; oui, j'ai échoué, et alors? Ca a retenti, c'est dire, sur mes débuts de maternité (femme malheureuse n'a jamais fait mère épanouie, surtout quand l'intellect s'en mêle)et je devrais faire un procès légitime au système minable qui m'a vallu cette errance rien que pour dommages et intérêts - oui, et alors? Au final, j'ai un couple (ou ce qui y ressemble), un fils de 3 ans dont je pourrais même m'enorgueillir de la beauté et de l'intelligence si j'étais plus ordinairement constituée, et je vis au dessus du seuil de pauvreté français?
Alors, à quoi bon tout le reste, on n'a pas su/voulu me donner la chance que j'ai pourtant essayer de glaner, réclamer, implorer ici et là, et après en avoir tant battu ma coulpe, je suis presque en paix avec moi-même, et même, avec ces autres "à qui tout réussit" (j'aime mieux F. Hardy, mais là c'est Céline qui l'a dit, tabernacle, tant pis).
Je voulais donc t'écrire: ne te laisse pas submerger par ton goût pour la dépréciation (que je partage,et que je trouve normal à nos niveaux de régime cortical: l'un ne va pas sans l'autre, à mon sens, pour la plupart des cerveaux qui carburent, l'échappement faillit souvent à ce genre de "brout-brout" auto-destructeurs). Vise l'issue qui est la tienne à très court terme: l'enfantement n'est pas qu'un détail de plus à ton cursus, tu verras j'en suis sûre combien cela réajuste le paramétrage des mécaniques de compétition comme les nôtres; mais la grande investiture sera dans le lâcher prise: la naissance t'y aidera je te le souhaite, et le grand biz' des premiers mois également ;-)
Dans l'attente, reçois l'expression de mes très sincères encouragements, et permets-moi de t'exhorter à cette petite... autodiscipline mentale. Celle de ne pas perdre de vue que ton bébé est le coeur de ce qui te fera être pleinement, ben oui, c'est tellement idiot que c'est vrai, et tout cela loin d'être une vision néo-féministe réductrice et salvatrice à ce que tu dois, las, d'errances pèle-mèle, à ton éducation, ton histoire, ton ego, et tout le reste (crois-en ma noble expérience perso, et le vertueux principe des grands shémas comportementaux humanoïdes)...Ne laisse donc pas tes affects négatifs quant à ta propre réussite socio-intellectuelle prendrent ainsi le dessus (jusqu'à te faire contracter ainsi!)sur ce qu'est, bel et bien, et sera plus pleinement encore d'ici peu, ta réussite d'être humaine, le seule qui compte vraiment, hic et nunc et à jamais...
Bien à toi!

malie a dit...

MeMyself&I > Waou. Merci beaucoup pour le récit de ton expérience. Que finalement, je choisisse de faire ça ou autre chose, ça me rassure beaucoup de lire tout ça, à beaucoup d'égards.

Et reviens ici quand tu veux !