Avant, il me suffisait d'ouvrir cette page "nouvel article" pour que les mots coulent tout seuls.
Mais ça, c'était avant.
Aujourd'hui c'est comme si je devais courir juste après avoir traversé un champs plein de boue et que j'avais des tonnes d'argile collées sous les godasses, comme s'il n'y avait plus de connexion entre ma tête et mes mains... ou entre mon coeur et mes mains, plutôt.
Aujourd'hui, comme avant, j'ai toujours cette envie d'écrire ici qui ne m'a jamais quittée tout ce temps. Mais je n'ai plus pu ; sur les derniers articles j'avais le sentiment de ne plus rien avoir à écrire, de ne parler que de futilités, de sujets qui n'avaient pas leur place ici.
Ça fait deux ou trois nuits que je me rends compte que l'un des facteurs de mes insomnies récurrentes, c'est le simple fait de dormir chez moi. Pas simple à solutionner, ça ; vers les 4h du matin je me suis demandé si je dormirais mieux en plantant la tente dans la forêt à côté... mais sans doute pas. Parce que ce n'est pas le lieu qui compte, c'est ce qu'on y fait. Et c'est bien ce que je fais chez moi (ce que je dois faire, ce que je n'ai pas le temps de faire, ce que je devrais arriver à faire, ce que je m'en veux de ne pas faire, ce que j'ai oublié de faire) qui me réveille la nuit. Présentement je ferais mieux de, au choix, faire mes comptes, ranger la cuisine qui en a grand besoin, réaffuter ma faux pour pouvoir me remettre à faucher la prairie qui m'attend, enfiler un pantalon et descendre voir les chevaux au petit matin, finir une à une toutes les choses urgentes en retard sur ma to-do list professionnelle, écrire un article vachement intelligent pour le boulot, préparer mon futur nouveau diaporama,... voire, soyons fous, retourner me coucher.
Mais non, je suis là. À boire du café depuis 4h du mat' et à fumer des clopes en me fustigeant d'avoir repris et de ne plus arrêter. À lire des files de commentaires-fleuves totalement inintéressants sur Facebook en me demandant comment diable des gens peuvent se dire "Tiens je vais écrire ça, ça va être vachement bien". À repenser à une amie-blogueuse d'ici à qui je pense souvent (je ne dirai pas qui ^^). À ouvrir/fermer la porte de la cuisine pour faire entrer/sortir les chats. À regarder le jour se lever ; premier matin depuis notre retour où l'on voit les rayons du soleil. À sortir l'écouter aussi, ce jour qui se lève : chiens qui aboient au loin, oiseaux qui s'appellent, (...chats qui grattent à la porte...,) le calme avant la tempête des cigales qui couvre tout.
J'ai relu quelques posts ici, et je me dis que décidément, on ne change pas. Impression de refaire indéfiniment le même tour de manège. J'ai eu beau changer tout le contexte, me donner l'impression de tout recommencer sur des bases plus saines et que ma vie maintenant était si différente, les questions de fond restent et je n'ai guère avancé sur mon propre chemin. J'ai sans doute fui encore une fois, manifestement, tout en oubliant consciencieusement les quelques éclairs de compréhension que j'avais pu avoir. Ah ! C'est sans doute pour ça qu'encore une fois je sens que tout doit changer, que tout va changer. Et je suis là à me débattre dans un courant sur lequel je n'ai par essence aucune prise, et ma lutte m'épuise et ne fait que m'empêcher de voir ce que je devrais faire, de me voir moi-même là-dedans, tout simplement. J'ai pourtant bien expérimenté le total lâcher-prise il n'y a pas si longtemps, quand les événements étaient trop pour que je puisse "faire face", et j'avais bien vu que c'était la seule solution pour tenir, pour rester debout. Mais le geste n'est pas acquis pour autant. Je cherche parce que j'ai envie de trouver, je n'ai pas le courage d'attendre que ça se présente alors que je sais que ça se présentera dès que j'arrêterai de chercher. Encore un tour de manège, donc. Je voudrais pouvoir prendre du recul sur ma propre vie et regarder tout ça de plus loin, voir ce qui s'en dégage.
Ah, quand-même, une chose que je retrouve avec plaisir, c'est ça et là les mots d'amour que j'exprime pour mon homme.
samedi 22 juillet 2017
Encore un tour de manège
Ecrit par Mimille à 07:38
— Catégories : En consigne, En mots
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mardi 1 avril 2014
R.
Ecrit par Mimille à 10:20
— Catégories : En consigne, En mots, Les autres
Je me rends compte aujourd'hui que je n'ai jamais dit au monde entier à quel point tu étais une personne merveilleuse. J'ignore si d'autres le savent aussi bien que moi. Ce matin, je suis soudain saisie par la peur que le monde te perde, que le monde t'ait déjà perdu peut-être. C'est dur de parler à quelqu'un dont on ne sait pas s'il est mort ou vivant, dont on sait qu'il ne lira jamais ce que l'on est en train de lui écrire. Et je sais bien que c'est à mon souvenir de toi que j'écris, à la personne que j'ai connue et non à celle que tu es aujourd'hui et dont j'ignore tout, parce que je suis triste de tout cela depuis si longtemps maintenant. Je voudrais que tu sois heureux, j'aurais voulu que tu sois heureux déjà à l'époque, je le voulais tellement et je ne sais pas si tu l'étais, je pense que oui, autant qu'on peut l'être lorsque l'on est plongé dans les émotions de l'adolescence, heureux et terriblement malheureux en même temps, empli de joie et de légèreté, d'angoisse et de cette infâme terreur qui nous ronge.
J'espère de tout mon cœur que d'autres auront pu te connaître aussi bien que je l'ai pu, parce que tu fais du bien au monde, parce que tu es une des plus belles personnes que j'aie rencontrées dans ma vie et que la vie ne peut plus être aussi belle sans toi qui en fais partie.
Je sais que de toute façon même le jour où tu ne seras plus là, toi en tant que personne, je sais que tout ce qui est bon en toi subsistera, sera transmis à d'autres, autrement. Mais curieusement, cette fois, ça ne m'apaise pas du tout. D'accord le monde gardera ta splendeur, ta magnifique douceur, mais toi, auras-tu été heureux ? Auras-tu su à quel point tu étais bon ?
Je ressens toute l'urgence de dire à quel point tu es une personne formidable. Comme si je ne l'avais jamais fait, jamais comme je l'aurais dû. Parce que je réalise aujourd'hui seulement à quel point je n'y pouvais rien. Je réalise que je ne peux rien faire même aujourd'hui, à part me taire. À part dire combien tu es beau là où je sais que tu ne le verras pas. Quelle douleur de comprendre enfin que je ne peux pas, que je n'ai jamais pu faire quelque chose pour toi. Que la seule chose que je peux faire pour toi c'est de te laisser vivre, de lâcher jusqu'à mes plus profonds souvenirs, et je ne sais même pas si cela marchera.
J'espère, de toute la force de mon cœur, que tu es là, et que tu es heureux. Parce que tu fais partie de toute la beauté de ce monde. Parce que rien ne sera jamais aussi bon lorsque tu ne seras plus. Parce que je voudrais que d'autres le sachent, et te reconnaissent cette beauté.
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mercredi 28 août 2013
Cigarettes à Paris
Ecrit par Mimille à 15:31
— Catégories : En consigne, En mots
Je suis montée à Paris pour participer à une émission de radio. Après l'enregistrement, j'ai marché avec l'un des invités, la soixantaine, un chapeau, et une voix qui me donnait des frissons. On a marché longtemps, jusqu'à chez lui, il habitait dans un quartier très chic. Sur le trottoir, à un moment, j'ai croisé mon ex petit ami ; étonnant, je ne l'avais jamais revu depuis et il n'était pas censé se trouver là.
On parlait beaucoup, l'homme âgé et moi. Au détour d'une ruelle, mon ex m'a brusquement agrippée, il avait les mains pleines de boue et essayait de m'en barbouiller le visage en me traitant de salope. L'homme âgé m'en a dégagée.
On est allés boire un verre dans un café. Je le regardais. J'ai roulé une cigarette, il m'a dit de la lui offrir, en a roulé une de son tabac et me l'a donnée. Nous sommes allés fumer dehors. Son tabac était trop fort pour moi, mais c'était comme si j'avais son goût à lui dans ma bouche.
Il m'a dit "Bon, je te ramène en voiture." Nous sommes allés chercher sa voiture, il m'a raccompagnée, dans mon quartier beaucoup plus populaire. Il n'y avait pas d'électricité dans mon appartement, et mon ex nous attendait pour nous agresser à nouveau.
Le lendemain il y devait y avoir un énorme vide-grenier dans mon quartier, nous attendions ça avec impatience, ça promettait d'être une journée très sympa. Mais il a plu comme vache qui pisse toute la journée, et nous sommes restés dans notre café habituel, avec mes vieux amis. Des vieux amis avec qui j'ai passé une journée à retrouver les blagues d'il y a 20 ans, j'étais touchée mais je m'ennuyais terriblement, je ne me sentais plus à ma place.
Quand je suis rentrée chez moi il y avait un cheval en liberté qui broutait les quelques herbes devant l'entrée du bâtiment. La porte à côté de chez moi était entr'ouverte, il y avait une nouvelle locataire, une femme avec deux jeunes enfants dont un qu'elle portait dans son dos. Nous avons discuté ; elle m'a expliqué qu'elle me connaissait, qu'on avait été à la fac ensemble. Je n'avais aucun souvenir d'elle.
Elle faisait aujourd'hui une formation d'infirmière. Je lui expliquai que j'étais ici pour une année de DEA de philo, avant de commencer ma thèse, que j'avais pensé que c'était sans doute le seul moment de ma vie où je pourrais découvrir la vie à Paris et que c'était pour ça que j'étais venue faire cette parenthèse dans mon cursus.
Pour entrer dans mon appartement en travaux, il fallait que je contourne tout le bâtiment en escaladant les balustrades. Et arrivée presque au bout je me suis retrouvée coincée, j'ai dû faire demi-tour.
Je détestais cet endroit, cette ville, je m'y sentais horriblement mal à l'aise, décalée, jamais en sécurité. Je repensais à cet homme, à ce moment magique et plein de tension de nos cigarettes échangées. J'étais coincée sur la façade du bâtiment...
...c'est là que ma fille est montée sur le lit et m'a réveillée.
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mercredi 12 septembre 2012
Gaston et Gustave
Ecrit par Mimille à 08:34
— Catégories : En mots, Parentalité
Je ne sais pas comment introduire ce jour, mais c'est un bon jour pour parler de ce billet paru sur le blog projetdenaissance : Gaston et Gustave.
Il s'agit d'un livre d'Olivier Frébourg, un témoignage sur le deuil périnatal. La lecture du billet de Sophie Gamelin m'a bouleversée. J'ai réalisé que je n'en avais pas fini ; qu'en tout cas, je n'aurais pas la force de lire un tel livre aujourd'hui.
Extrait.
Cet amoureux de l’ailleurs s’est vu précipité dans un voyage au bout des limbes avec la naissance prématurée de ses jumeaux. L’un survivra, l’autre pas. Olivier Frébourg signe le parcours d’un père combattant sous le signe de Flaubert est c’est simplement magnifique.
(...)
Pour ne pas devenir fou, l’écrivain convoque l’ombre de Flaubert dont la lecture l’a foudroyé à 14 ans, et dont la statue l’accueille tous les jours à l’entrée du CHU de Rouen où Gaston est hospitalisé. Flaubert, ce « dégoûté de la vie », a-t-il eu raison de tout sacrifier, son bonheur en tête, pour l’amour de la belle phrase ?
Le va-et-vient entre Gaston et Gustave est justement conduit, oscillation constante entre la vie et les livres. « Il n’y a pas d’autre issue que la joie car il n’y a pas d’utilité au malheur », écrit finalement Olivier Frébourg dans ce récit d’une fureur de vivre qui échappe à tout sentiment morbide où la consolation a pour noms Arthur, l’enfant des limbes, Martin et Jules, les fils aînés, et Gaston, joyeux rescapé des ténèbres.
Je viens de relire ce que j'avais écrit à l'époque. Je n'en reviens pas à quel point ça sonne toujours aussi juste dans mon cœur. La vie avance, mes émotions ont bien sûr évolué. Mais je voudrais en parler simplement à ma fille et je ne sais pas comment faire. Et je ne pense pas que mon homme le voudrait.
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vendredi 9 octobre 2009
Clichés parisiens
Ecrit par malie à 18:54
— Catégories : Ailleurs, En mots, Les autres
Un sac de conférence avec ces deux mots : Université et Total. Comme la station-service, oui.
Deux pieds qui remontent l'escalier du métro, l'un avec une chaussure à fin talon, l'autre nu.
Les vagues de gens qui montent et descendent du métro.
Quelle est la ligne de pousse manette ? J'ai vu une femme conduire un métro, j'ai tant pensé à elle.
Une bulle personnelle de protection urbaine que j'ai crevée sans le savoir, et que je ne sais plus comment reconstruire.
Un immeuble devant moi, quand je le regarde, c'est tous les mondes engloutis qui me reviennent.
Refuser une soirée parisienne, même si, si, et si. Non non, vraiment.
Je pense à tous les gens d'ici que j'aime et que je n'ai pas eu le temps de voir. Je pense à tous les gens d'ici que j'aime et que j'ai vus. Je pense à tous les gens d'ailleurs que j'ai vus ici, ou non. Je suis seule dans ma chambre d'hôtel en écoutant Madeleine Peyroux, il pleut, les voitures passent sans arrêt sur le boulevard en dessous, je vais sortir dîner avec des amis provençaux et suisses.
Demain, je rentre.
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jeudi 4 décembre 2008
Petit séisme intérieur (question de rappeler qu'on est bien vivant)
Ecrit par malie à 12:50
— Catégories : Chez les voisins, En ceinte, En mots
(Oui oui, je passe de quelques billets par mois à plusieurs par jour, mais je vais me calmer...)
Cette semaine sur Arte Radio il y ça :
J'avais trop envie de l'écouter. Trop envie. Je l'ai fait. Il y a comme mon coeur qui tressaillait à chaque battement du coeur que l'on entend. Il y a que quand j'ai entendu la sage-femme annoncer "c'est parti pour une demi-heure" j'ai pensé au fait que ça serait mon lot, souvent, pour les prochaines grossesses (je n'ai fait qu'un seul monitoring à la première parce que c'était une grossesse sans risque). Je réentendais ce rythme que j'ai tant connu, qui a fait vibrer ma vie pendant tous ces mois. Et je ne m'attendais à sentir mon corps se serrer brusquement en retrouvant ce son.
La voix tendre de la sage-femme. Ses intonations surtout, les conseils que je connais si bien, les propositions de solutions. Les histoires de col et de contractions, le ménage et les courses. Un monde tellement proche finalement, je n'ai pas tout oublié, je m'en rends compte en écoutant ça.
Comment sera le suivi de ma prochaine grossesse ? Je n'ai aucune envie d'aller à la maternité tous les mois. Où cela pourra-t-il avoir lieu ? Ça dépendra sans doute de la sage-femme. Et puis j'ai dit que je me ferais suivre aussi par un gynécologue. Pas que j'en aie envie, mais pour changer les données de l'histoire. Que celle-là soit différente. Je voudrais voir les deux, le gynéco pour changer, et la sage-femme pour le temps qu'elle a à donner, les longues conversations, pour cette voix douce et cette complicité qui se créent, sans lesquelles je me sentirais bien seule.
Seule, c'est une impression que j'ai eue à l'écoute de ce son d'Arte Radio : où sont les hommes ici ? Mon mari m'accompagnait à quasiment tous les rendez-vous que l'on avait, sauf quelques exceptions où il n'a pas pu mais il me demandait alors que je lui raconte tout dans les détails, pour ne pas en manquer une miette. Ce n'était pas un moment à moi c'était un moment à nous, à nous deux, à nous qui aurions dû être bientôt trois, un moment de famille. Il ouvrait des yeux ronds aux explications de la sage-femme, il riait aux éclats à entendre battre le coeur de notre fils, il écoutait les conseils et tâchait de se remettre en question quand il le fallait, parce que faire un bébé c'était aussi sa tâche à lui.
Bon. Voilà. Quelques secousses et c'est reparti. On est toujours là...
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jeudi 25 octobre 2007
Lui dites pas qu'j'vous l'ai dit
Ecrit par malie à 07:05
— Catégories : En mots, Thèse and Co.
C'est un peu gênant d'écrire ce billet parce que je ne voudrais pas qu'il se reconnaisse, qu'on puisse le reconnaitre. Pourtant, ça fait longtemps que j'y pense, que j'ai envie de le faire tout de même, parce qu'ici c'est le petit monde public de mon intimité partagée.
Je le vois timide. Tellement timide qu'il a décidé de s'y opposer de toutes ses forces et de s'obliger à prendre à rebrousse-poil toutes les occasions qu'il pourrait avoir de faire s'exprimer sa timidité : il parle, beaucoup, tout le temps, en public souvent, à tout va. Mais les conversations plus simples, plus usuelles, plus proches sont pour lui immédiatement trop intimes et il se défend de s'y laisser prendre.
Je le vois intelligent. Intelligent, visionnaire parfois, et toujours incroyablement malin. Un jour on m'a dit "Non mais quand-même faut pas exagérer, c'est pas Ivan Sag tout de même". C'était il y a 4 ans, et j'avais répondu que d'une, je n'étais pas du tout convaincue qu'Ivan Sag était une référence absolue, et de deux que je pensais que ce n'était pas parce qu'il était moins connu que Sag qu'il était moins intelligent. Quand j'y repense, je me dis que je ferais la même réponse aujourd'hui.
Je le vois dévoué. Dévoué à ce qu'il estime important. Il n'y a pas de quête de l'absolu là-dedans, pas de quête de reconnaissance dans le regard de l'autre, il se contente de faire ce que lui pense juste. Ça a pu lui jouer des tours, à plusieurs reprises, et nombreuses sont les dents qui crissent à son évocation, mais moi, de ce que j'en ai vu j'ai toujours trouvé ça infiniment louable.
Je le vois modeste. Peu de gens le voient ainsi. Beaucoup pensent qu'il a les dents longues. Je crois que c'est faux, je crois qu'il a juste décidé de faire ce qu'il pouvait, d'y consacrer le temps qu'il voulait, et que le résultat a été celui qui devait être, ni plus ni moins compte tenu de tous les autres joueurs de son domaine. Je l'ai vu rougir à plusieurs reprises quand je le remerciais, se faire plus petit qu'il l'est, changer de sujet au plus vite, lancer une vanne pour retrouver un peu de prestance. Je crois qu'il sait à quel point ça pouvait être sincère, mais je ne sais pas ce qu'il en pense, parce qu'il ne me l'a jamais dit ni jamais fait savoir directement.
Je le vois juste. Et pourtant, combien de fois ai-je été râler, quémander, critiquer, pleurer ou crier dans son bureau que c'était injuste, que j'en avais marre, que c'était nul, qu'il pourrait faire ci ou ça, que les autres ils faisaient autrement, que moi, moi, moi. Je crois qu'il savait précisément tout ce qu'il faisait depuis le début, et qu'il avait plus confiance en mon évolution que je n'en avais moi-même conscience.
Je le vois fort. Souvent je l'ai vu fatigué, éreinté, abîmé, confus, perdu, harassé, je l'ai vu en avoir marre et plus que marre, je l'ai vu au bord de craquer, mais il a toujours tenu le coup. Je ne saurais dire si c'est vraiment une force ou une faiblesse, sans doute ni l'un ni l'autre, mais je crois que c'est un trait marquant de son caractère. Il ne lâche pas.
Je le vois aussi susceptible, fier, élitiste à ses heures, forçant volontairement son personnage jusqu'à la caricature, peu présent dans certains cas.
J'ai essayé de le remercier d'une belle façon à la fin de ces quelques années auxquelles il a su donner un mouvement inoubliable. Plusieurs mouvements, plutôt, justement. Il a su m'ouvrir les yeux sur beaucoup de choses, à sa façon tantôt bienvenue, tantôt maladroite, tantôt horripilante. C'est avec lui que j'ai appris le plus, et pas seulement parce qu'il avait ce rôle particulier par rapport à moi : juste parce qu'il était lui, aussi. Il m'est quelqu'un de cher et vu comment je le vois, je ne peux pas vraiment le lui exprimer. Ça fait partie de lui, ou plutôt de ma vision de lui, il est pour moi quelqu'un de tout à fait inaccessible, de tellement différent, que je me fais un événement de chaque rencontre, un délice de chaque conversation, un plaisir de chaque instant passé en sa compagnie. Et puis je sais que l'on n'est pas amis, alors c'est étrange. Un moment j'ai pensé qu'une fois tout ça fini on aurait pu le devenir. Mais je crois qu'il y a des choses qui font que ce n'est pas possible. Ça le sera peut-être dans quelques années mais pas tout de suite. Ou bien ça ne le sera pas, après tout on est tellement différents, on a des vies sans doute incompatibles, au moins dans les grandes lignes. Lui citadin, fêtard, hypersociable ; moi campagnarde, solitaire et un peu ourse.
Bon, j'aurais voulu lui dire tout ça d'une manière ou d'une autre, et puis voilà je le dis ici, en espérant même qu'il ne vienne pas à le lire, et si jamais, si jamais, que surtout il ne se reconnaisse pas. Mais j'ai envie de le dire pourtant.
Je ne sais comment remercier P.B. Souvent je me demande s’il avait tout calculé jusqu’au plus petit détail... J’ai parfois ironisé en parlant du "meilleur directeur du monde", je ne devais sans doute pas être très loin de la réalité. Je suis infiniment heureuse et honorée d’avoir fait ma thèse sous sa direction.
-- Remerciements de ma thèse, 2006.
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mercredi 24 octobre 2007
Ma lecture de Femmes qui courent avec les loups
Ecrit par malie à 10:50
— Catégories : En mots, Marque-page
Clarissa Pinkola Estés, 2001, Femmes qui courent avec les loups, Paris : Le livre de poche, 763 pages.
Je n'ai pas beaucoup accroché au premier chapitre, j'ai par contre beaucoup aimé le second, et puis j'ai lu, j'ai lu... au bout d'environ 150 pages le livre me donnait l'impression d'un ensemble de notes qu'elle avait prises pour sa thèse mais n'a pas pu intégrer telles quelles dans le manuscrit et a finalement ressorties comme ça, à peine organisées en tentant de lier les paragraphes les uns aux autres tant bien que mal.
J'en suis à 450 pages et cette même impression est toujours présente. L'idée est intéressante, il y a des passages très touchants, très remuants parfois, mais il me faut lire 100 pages pour trouver un paragraphe qui m'émeut. A tel point que j'en ai un peu marre, je lis à reculons (ça fait tout de même un sacré bout de temps que je l'ai commencé !). Je voudrais arrêter mais je n'aime pas arrêter une lecture en cours. Je me force un peu, et toutes les 100 pages, quand je tombe sur le paragraphe émouvant je pense que j'ai bien fait. Mais le reste du temps je m'ennuie. J'ai l'impression de relire 1000 fois la même chose.
A mon avis ce livre aurait pu très facilement (et beaucoup plus heureusement) être torché en 200 pages. Tout le reste n'est qu'enfonçage de clou. Et puis, il y a un truc qui me bloque là-dedans, c'est ce côté absolument, systématiquement, à tout prix et quelle que soit la question, féministe. A tort et à travers, tout est féminisme absolu dans ce livre, et j'ai beau moi-même l'être fondamentalement, là j'en fais une overdose.
En fait, je dirais qu'à mon goût ce livre est trop : trop long, trop répétitif, trop féministe, trop monothématique, trop monocorde aussi, la forme est toujours la même d'un chapitre à l'autre et l'on s'en lasse.
C'est dommage. Je ne sais vraiment pas si je vais continuer à le lire, parce que j'ai L'élégance du hérisson qui m'attend, qui me fait des clins de couverture à chaque fois que je lui passe devant, et franchement je me laisserais volontiers tenter...
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mardi 23 octobre 2007
Impressions Marseillaises
Ecrit par malie à 10:32
— Catégories : Bouches du Rhône, Chez les voisins, En mots, Provence
Il y a un coin de mon pays que je n'aime pas. Alors je n'y vais jamais sauf sous la contrainte, comme par exemple je devais le faire l'an dernier pour aller prendre mon Corail Téoz direction Bordeaux.
Ce coin, il s'agit de Marseille. Je n'aime pas Marseille parce que c'est une ville, une vraie ville, une grande ville, qu'on ne peut raisonnablement pas traverser à pieds d'un bout à l'autre. Je n'aime pas Marseille parce que c'est une ville, une vraie ville, une grande ville qui pue, avec des rues sombres et sales et des coins où je ne me sens pas tranquille, même dans des quartiers qui sont tant aimés des *vrais* marseillais (je pense à la Plaine, notamment). Je n'aime pas Marseille parce que c'est une ville, une vraie ville, une grande ville dont la moitié au moins des axes principaux de circulation est constamment en travaux et que quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, quel que soit le moyen de transport emprunté pour s'y rendre, on se trouve toujours dans des embouteillages. Je n'aime pas Marseille parce que c'est une ville, une vraie ville, une grande ville dont les constructions coupent la vue, font perdre les repères naturels, et que moi sans mes montagnes je perds mon nord.
Mais il y a des gens qui aiment Marseille. Et je veux bien les comprendre, chacun ses goûts. Saoul-Fifre fait partie de ces gens-là, et il a publié sur Blogorygmes un billet où il parle de sa vision de Marseille. Et bien que je m'aime pas la ville, je me retrouve dans ses impressions visuelles, dans ce qu'il raconte, parce que Marseille c'est aussi, tout de même, une partie de mon pays.
Donc je vous invite à aller lire son billet plein d'impressions marseillaises.
- - - - - - - -
PS : Et n'oubliez pas d'éteindre ce soir !
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samedi 20 octobre 2007
Cadeau !
Ecrit par malie à 18:21
— Catégories : Chez les voisins, En mots, Marque-page
En général c'est *pas bien* de donner un cadeau qu'on a reçu. Oui mais, là c'est un cadeau si joli qu'il est fait pour être redistribué, et puis il se multiplie au fur et à mesure.
Alors le voilà, je l'ai trouvé linké chez Anna mais il vient initialement de Télérama, c'est un petit extrait de lecture de Daniel Pennac, un vrai plaisir qu'on en mangerait, que ça fait des frissons partout quand on voit la scène parce que oui on la voit clairement alors même qu'on est là en train de regarder la vidéo sur internet d'un type qui lit une partie de son bouquin, et plus on écoute et plus on entre dans la scène qui prend forme, tous les détails, ce qui a été lu plus haut, ce qui n'a pas été précisé mais que l'on voit quand-même. Bref c'est une lecture comme je les aime et comme elles sont tellement rares !
Des fois, je me demande pourquoi j'ai aimé lire, pourquoi je suis toujours touchée par Daniel Pennac. Mais là, la question ne se pose même plus !
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lundi 1 octobre 2007
Bien
Ecrit par Mimille à 20:39
— Catégories : Bouches du Rhône, En mots, Nature, Postdocteure, Provence, Vaucluse
Ce titre, qui est l'expression qui me vient à l'esprit quand je pense à ce que j'ai envie de raconter, ça me rappelle une interview que j'avais entendue il y a bien longtemps. On demandait à Mathieu Boogaerts pourquoi il avait intitulé son premier album "Super", et lui avait répondu quelque chose comme "Ben parce que c'est super de faire un album". Du coup j'aurais pu appeler ce billet "super" aussi mais c'était déjà pris alors je l'ai appelé "bien", ce qui j'imagine a déjà été pris aussi mais a l'énorme avantage de ne rien m'évoquer qui vienne s'entrechoquer avec le contenu dudit billet. Pas comme ce souvenir que je viens de raconter, par exemple.
Bien donc.
D'abord le lever ce matin, premier lever de mon premier jour de mon premier travail de postdocteure, du bon pied, alerte mais pas trop,... après avoir tout de même rêvé que je ne pouvais pas aller à cette journée de travail parce que mon mari avait d'autres choses à faire et que tu comprends, toi t'es pas obligée d'aller à ton labo et moi ce que je dois faire c'est un plus important alors bon
- Oui mais chéri, c'est mon premier jour, ça la fout mal si je n'y vais pas !
- Mais non, c'est pareil, premier jour ou pas...
Ça restait quelque chose de plutôt tolérable dans mon rêve, jusqu'à ce que la situation se reproduise le lendemain, là je commençais vraiment à me dire que ça craignait très fort, d'autant plus que je ne pouvais pas les prévenir.
Puis le départ pour Aix, direction la gare routière, pour prendre le bus qui me mène directement à mon lieu de travail. Un peu d'avance, le temps d'échanger un sourire matinal assaisonné d'une petite blague avec la serveuse du snack de la gare routière à qui j'ai commandé un café. La chauffeuse du bus lance un "Bonjour bonjour" à la prosodie engageante à chaque passager qui monte, c'est sympa. Je m'installe. Premier départ.
Sur la route, quelques dizaines de kilomètres passés, là où je commence à quitter mes lieux habituels, j'ai décidé de ne pas lire ce matin : je veux laisser mon regard divaguer sur ces horizons inédits, laisser les couleurs, les formes et les lumières tracer leurs marques nouvelles sur la page vierge de ma tête, imprimer de leur présence la sensation encore inconnue de ce chemin qui est devenu mon quotidien, dès aujourd'hui et pour un an. Une vieille ferme abandonnée, un village, une cité HLM, le canal de Provence, un grand péage à estivants et cette aire d'autoroute où l'on s'arrêtait déjeuner traditionnellement quand j'étais petite et que l'on montait voir la famille (dans la cafétéria sur le pont au-dessus des voies, où je me régalais à dévorer ma saucisse-purée avant d'aller acheter une cassette dans le magasin de souvenirs, où Jean Ferrat côtoyait sans complexe le Hit des années truc entre un rayonnage de cigales parfumées à la lavande et une tour impressionnante de calissons - ou bien était-ce des nougats, je ne me souviens plus).
Là, laissant mes yeux apprivoiser ces images nouvelles, absorber le décor, j'ai vu le squelette calcaire de mon pays, nu exposé à la tourmente du vent mistral, formant des milliers de gorges, coudes, côtes et autres doigts pointant le ciel, ses os à peine voilés parfois de quelques herbes rasantes jaunes orangées vert pâle et de maigres buissons formant leur forêts miniatures. J'ai vu les traces des habitants d'ici qui ont semé les murs de leurs bâtisses de pierres comme on place des tableaux dans une pièce pour la mettre en valeur, avec recul et soin, ces murs qui parfois ont traversé quelques siècles d'intempéries humaines et climatiques pour s'exposer à nous juste à deux pas du ciel, ruinés mais encore tellement arrogants de la certitude d'être là, présents, debouts tant bien que mal et d'avoir tenté de le toucher, le ciel. J'ai vu le ciel qui même dans la pâleur d'un matin tranquille vient colorer tendrement les grottes et découper sèchement les falaises, vient rappeler aux regards osant s'y porter que la Provence peut être rèche et rude, peut être aigüe et à pic, peut être violente tout en restant tellement emplie de cette magie des lieux d'ici, de ces formes que l'on sent se découper et prendre forme au fond de nous-même quand on ose s'en laisser pénétrer comme d'un bonheur précaire mais immortel.
A part ça... ma première journée de travail s'est super bien passée, aussi.
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dimanche 30 septembre 2007
La femme squelette
Ecrit par Mimille à 10:21
— Catégories : En consigne, En mots, Marque-page
Il me travaille, ce bouquin. Je vois bien que mes rêves sont empreints de l'acceptation lente de ce que j'y lis et qui déchire mon regard dans mes journées, qu'ils expriment avec leurs cris propres ce que je n'ose faire éveillée. Ces jours-ci c'est La femme squelette qui retient mon attention (voir ici). En voici deux extraits qui m'ont particulièrement marquée.
Dame Mort poursuit l'homme sur l'eau et sur la terre ferme, elle franchit la frontière entre l'inconscient et la masse solide, consciente, de l'esprit. La psyché consciente se rend compte de ce qu'elle a pêché et tente désespérément de le semer. Nous faisons cela sans arrêt dans notre vie. Quelque chose de terrifiant commence à émerger. Nous n'y prêtons pas attention et nous continuons à mouliner, pensant qu'il s'agit d'une prise. C'est un trésor, certes, pas du type que nous avions imaginé, mais plutôt du genre qu'on nous a malheureusement appris à craindre. Nous essayons alors de nous enfuir ou de le rejeter, ou de l'embellir, en faisant comme s'il s'agissait d'aute chose. Mais cela ne fonctionne pas. A un moment ou à un aure, nous devrons embrasser la sorcière.
Et puis plus loin :
La justice des contes de fées, comme celle de la psyché profonde, récompense la bonté à l'égard de ce qui semble inférieur et punit le refus de faire du bien à qui n'est pas beau. Il en va de même dans les grands sentiments, tels l'amour. Quand nous nous ouvrons et touchons le pas-beau, nous sommes récompensés. Lorsque nous le refusons, nous sommes coupés de la vie et laissés dans le froid.
Pour certains, il est plus facile d'avoir de belles pensées élevées, et de toucher les choses qui nous transcendetn littéralement, que de toucher ce qui n'est guère positif et lui approter aide et assistance. Il est encore plus facile, comme le montre le conte, de rejeter le pas-beau et de se sentir à tort dans son bon droit. C'est le problème qui se pose avec le Femme Squelette.
Qu'est-ce que le pas-beau ? Notre propre faim d'amour secrète est le pas-beau. Notre mauvais usage de l'amour est le pas-beau. Nos écarts en matière de loyauté et de dévotion ne sont pas jolis, notre sens de la séparation de l'âme est ingrat, nos verrues psychologiques, nos insuffisances, malentendus, fantasmes infantiles sont le pas-beau. En outre, nos cultures considèrent que le pas-beau, c'est la nature de Vie/Mort/Vie, qui donne naissance, détruit, incube et donne à nouveau naissance.
Désenchevêtrer la Femme Squelette, c'est comprendre cette erreur conceptuelle et la réparer. COmprendre que l'amour n'est pas un lit de roses. Trouver du réconfort, plutôt qu'avoir peur, dans l'obscurité régénératrice. C'est mettre du baume sur les vieilles plaies. C'est changer notre façon de voir et d'être, afin de refléter l'épanouissement plutôt que le dépérissement de l'âme.
Pour aimer, il faut toucher la femme fondamentale, toute en os et pas-vraiment-belle, en dégageant pour nous-même le sens de la nature de Vie/Mort/vie, en la remettant en place, en lui permettant de vivre de nouveau. Il ne suffit pas d'amener l'inconscient à la surface, ni même de le traîner par accident jusqu'à la maison. Le craindre ou le mépriser pendant longtmeps arrête la progression de l'amour.
Désenchevêtrer la Femme Squelette, c'est commencer à rompre le charme -- autrement dit la crainte d'être consumé, anéanti à jamais.
Je n'ai même pas fini de lire ce chapitre. Je prends mon temps, je savoure, je m'arrête à toutes les pages, relisant les paragraphes précédents, fermant le livre et revoyant ce que j'ai lu, ce que j'ai aperçu, laissant mon esprit divaguer sur ces mots. Non que je me sente en phase totale avec ce que je lis, mais tout ça me travaille et me fait réagir. C'est très vivant comme lecture, très intense, très corporel. J'aime beaucoup.
Les illustrations de ce billet viennent de Neige tardive, qui est un projet de film d'animation basé sur le conte, réalisé par Sarah Van Den Boom.
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mercredi 19 septembre 2007
Citation du jour
Ecrit par Mimille à 12:09
— Catégories : Chez les voisins, En mots, Politique(s)
Lue à l'instant chez Anita :
Et quand viendra l'heure dernière,
L'enfer s'ra peuplé de crétins
Jouant au foot ou à la guerre,
A celui qui pisse le plus loin
Moi je me changerai en chien
Si je peux rester sur la Terre
Et comme réverbère quotidien
Je m'offrirai Bernard Kouchner.
Voilà.
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samedi 8 septembre 2007
Traduction instinctive, 4
Ecrit par Mimille à 12:20
— Catégories : En mots
Voilà la traduction (tant attendue, ne le niez pas) du texte proposé précédemment, donnée par Koldo :
Préjugés
Aussi affairé que le soleil qui fait mûrir les consciences
Transformant et modelant tout selon ses désirs.
S'appropriant les personnes
qui envoient des mots
qui ont besoin de mots
qui crient leur besoin d'amour.
Desarmer les mondes comme les vies,
ce ne sont pas des rêves qui se définissent d'un seul geste.
Un autre ? Toujours en basque, toujours tiré du même album :
Eraikitzen
Erran ez nuenaren gatik, hitzak lurperatu,
asmoak akatu, isiltasuna nere egin,
argia itzali, eta itxoiteari ekin nion.
Zalantzak gizakiak batzen ditu.
Ez daude egun osaturik ezta hitz perfekturik ere,
bizitza errepikatuak besterik ez daude.
Bost axola eguzkiak bere begiradaren norabidea erraietan gordetzea.
Bost axola zeruak laztandu besterik ezin dituen arrainekin amets egitea.
Bost axola amodioa haragikeria bilatzen duten bi gorputzen arteko
oiartzuna soilik izatea.
Bost axola guztia beti ere zure eskuek lainoak eraikitzen jarraitzen badute.
Dena aurreikusia dago, batzutan gustokoa suertatu arren.
A vous...
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mardi 4 septembre 2007
La main au cul du monde / Descendre de l'étagère
Ecrit par Mimille à 11:46
— Catégories : Chez les voisins, En mots
J'ai fait mon marché du marché n°31 de Résurgences, le site de Jean Sur (comme je l'avais déjà fait précédemment). Décidément, lire ce site fait du bien. Morceaux (difficilement) choisis, dans l'ordre d'arrivée. Et puis j'aime bien faire comme si c'était une sorte de dialogue entre ses citations et mes réponses, c'est étonnant comme même sans le vouloir, ça marche à tous les coups.
Quant à "la main au cul du monde", c'est une phrase qu'il a écrite à propos de 1968.
La créativité a sombré dans le marketing. La parole s’est noyée dans la communication. Ça ne conteste plus, ça revendique, c’est-à-dire que ça a déjà cédé. Ça n’affirme plus, ça commente. Ça n’aime plus, ça respecte. Ça ne déteste plus, ça critique. Ça ne pense plus, ça s’informe. Ça ne vit plus, ça s’épanouit. Comme la tête de veau à l’étal du boucher, disait Clavel.
Il parle beaucoup des mots dans ce marché. Quand je lis "Ça n’affirme plus, ça commente" je pense que c'est effectivement ce que je fais : je commente (parfois, souvent ?) ce qu'il m'arrive de lire, d'entendre par ailleurs. Et puis dans le fond de ma tête j'ai des idées, des choses à affirmer. Mais je ne sais pas par quel bout commencer, je ne sais pas comment le faire, je ne sais pas quelle forme leur donner, et au final je n'en fais rien. Rien, je les laisse là dans ma tête. Et puis, un jour, j'en vois un bout, un tout petit bout apparaître au travers d'une autre source, et là je commente. Ou alors, même, uniquement, j'acquiesce, sans y mettre mes mots, sans y mettre ma vision.
Finalement, j'ai presque toujours fait comme ça. Mais est-ce que ce n'est pas complètement dérisoire, est-ce que je ne me nie pas au plus profond de moi-même en me refusant de me laisser aller à dire, à affirmer à ma façon personnelle, par peur de ne pas le faire comme il le faudrait ? Comment est-ce que je peux espérer suivre mon chemin si je ferme sciemment les yeux dessus ? Et même s'il est chaotique, et même s'il n'a ni queue ni tête, et même s'il est jalonné de bourdes plus grosses que moi-même, qu'est-ce que je pourrais bien avoir à perdre sinon la peur de mon fantasme du regard des autres ?
(Paradoxalement, c'est bien un commentaire que je suis en train de faire à l'instant même.)
Tenter de combler la béance, c’est notre aventure à rebours, bien plus secrète que l’alcôve ou l’isoloir. Nous ne cessons de faire comme si la vie était vivante : elle semble l’être si peu. Ou plutôt, comme si elle était vitale, alors que nous nous traînons d’artifice en artifice. Vitale, vivante, quelque part, elle l’est, bien sûr, sinon nous n’aurions pas si mal. Mais quoi ? L’espoir ? Trop biologique. Le désespoir ? Trop théâtral. Comprendre - flairer plutôt - que la vie ne passe ni par ici ni par là, qu’elle est, en chacun de nous, la puissance qui nous divise, qui nous fait éclater.
Là je repense à ce que disait Raffa dans un commentaire récent. Je pense au fait que la vie ne passe pas par ce que l'on a bien évidemment, ni même par ce que à quoi on l'occupe. Que nous sommes chacun en vie, que c'est ça qui est douloureux, parce que l'on a rendu cette force, cette puissance totalement incompatible avec toutes les contraintes que l'on s'impose. Des contraintes qui sont extrinsèques à la vie et extrinsèques à soi-même.
Et même en écrivant cela, je m'impose une contrainte. Je m'impose de vouloir en arriver à une conclusion bien précise. Je la connais déjà, cette conclusion, et je tourne autour comme le chien qui tourne sur lui-même avant de se coucher. Comme s'il ne savait pas dès le départ comment il allait se coucher ! Et cette conclusion, je me l'impose, volontairement et à demi-consciemment. A demi seulement parce que ça m'arrangerait d'arriver à la formuler et à l'appliquer une bonne fois pour toutes, mais dans le même temps ça m'arrange aussi de me trouver le cul entre deux chaises, à hésiter, parce que l'hésitation ça peut être un mouvement perpétuel, ça s'auto-entretient, et ça peut même être plutôt confortable.
C'est particulièrement confortable de se dire qu'on aimerait être bien mais que pour l'heure on cherche comment faire. Pour l'instant, on continue à s'encombrer de contraintes artificielles (peu importe qu'elles soient concrètes ou abstraites, ça revient exactement au même). On se maintient en stand-by, on attend. Quoi ?
Propos, tout cela, manière de dire et, pour un peu, pose. La vie est bien plus dure, le corps crie bien plus fort, le cœur saigne bien plus rouge. Ce n’est pas le noir, le monde où nous vivons : la noirceur, disait Gaston Miron, l’étouffement progressif et cruel de la lumière. Oh ! si nous anticipions, si nous cessions de nous étonner de nos vilains rêves, si nous avions un jour, d’emblée, admis ensemble ce que nous sommes tous et si, loin de nous condamner à la délectation morose de nous-mêmes, tout cela que nous sommes sans vraiment vouloir l’être nous était envie de danser, nous était raisin à fouler gaiement !
Ouvrir grand les fenêtres que l'on a docilement condamnées sur prescription sociétale et puis voir que le monde ne s'arrête pas aux murs qui existent autour de nous ? Que la vie est naturellement possible autrement. Ça s'est une phrase simple, dite et redite, mais son sens est là : que vivre ça n'a rien à voir avec ce qu'on a bien pu nous inculquer, même si c'était avec la meilleure volonté du monde. Et surtout, surtout, que le vertige que l'on peut ressentir quand on se trouve au bord des limites acceptées, quelles que puissent être ces limites (ça dépend de qui l'on est, d'où l'on nait, de l'époque dans laquelle on se trouve et de tant d'autres choses), ce vertige est, reste, et restera toujours un artifice. Un mirage ! Une construction de l'esprit qui déforme et borne notre vision du monde, et donc de la vie, puisque la vie c'est au final le seul médium que l'on a pour appréhender le monde.
Tant de gens sur le même navire ! Chacun en tête à tête avec son drame, comme si les autres étaient des touristes. La parole qui libère serait en nous ? Nous pensons comme Booz : « Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ? » La peur ne fait plus trembler, tant elle paraît raisonnable. L’architecture de la peur. La peur à petit feu. Les illusions « d’où rien ne peut naître ». Parler, parler, parler. Sauver, sauver, sauver. La peur, peur, peur. Les autres comme des balises. L’humain comme contrôle, garde-fou. La mauvaise foi, cette mauvaise mère. Notre histoire, mieux vaudrait ne pas mourir avant de l’avoir reconnue.
Comment est-ce que l'on peut accepter une (soit-disant) moyenne humaine et sociale, attachée un à contexte donné, comme devant être l'état d'équilibre personnel vers lequel chacun de nous doit tendre ? Comment peut-on se retrouver perdu dans une immensité qui ne peut pas nous contenir, et encore moins nous infinir comme le dit Jean Sur ? Et si l'on essaie quand-même, si l'on plie si l'on ploie, alors pourquoi ne voit-on pas que c'est forcément le cas pour tout le monde ? Mais qu'est-ce que c'est que ce moule ?
Chaque vie comme une épopée intime, une dentelle si fragile qu’on n’ose même pas la saisir. Comment parler d’une autre existence quand on ne sait rien dire de la sienne ? Par contre, devant nous tous, comme un fumier formé de toutes ces peurs, l’énorme mensonge collectif. Aussi massif, aussi cynique, aussi lourd, aussi impudique que notre destin individuel est évanescent. Un mensonge en fanfare, en gros titre, en grosse peur.
Et que l'on coupe tout ce qui dépasse. Qu'on l'enlève du montage, ça ne rentre pas, ça ne se fait pas, c'est en dehors, au-delà. Ça ne rentre pas dans quoi, qui nous impose quoi, de quoi cela est-il né ?
Il y a pour moi une relation évidente entre cette escroquerie politique et la volonté d’en finir avec 68. Tout est bon pour reboucher la faille, surtout les grands sentiments. Non que je me fasse trop d’illusions sur l’ouverture de l’esprit et du cœur de beaucoup de nos concitoyens. La crasse raciste, ça existe. Et, de façon bien plus générale, une incroyable, une maladive fermeture. Hier encore, je me promène dans mon quartier. Une rue tranquille, une dame âgée trottine devant moi. Sur l’autre trottoir, marchant en sens inverse, deux adolescentes. L’une d’elle traverse, vient à moi et, sur un ton d’indifférence presque professionnel, me demande cinquante centimes. Refus et tentative d’explication. La gamine bougonne un peu et s’en va. Mais la veille dame l’a entendue, elle la poursuit d’imprécations furieuses. Pour l’apaiser, voyant dans sa main une enveloppe toute semblable à celle que je tiens dans la mienne, je lui dis en riant que nous allons au même endroit : aux impôts. Deux cents mètres nous en séparent. Rien ne la calmera. Une haine abominable, une incroyable fureur, une méchanceté d’une extrême lucidité. Certes, comme elle, elle l’a vu, je réprouve le comportement de cette fille. Mais le monde dans lequel nous vivons, la difficulté d’y vivre ? Rien du tout, aucune excuse. Et quand ils apprennent qu’on peut toucher des millions d’euros pour avoir mis une entreprise par terre ? C’est peut-être un peu trop, mais ça n’a rien à voir. Les jeunes, Monsieur, les jeunes ! Et d’autres, vous me comprenez, qui feraient mieux de rester chez eux ! Elle en tremble. Dans sa voix, je n’entends pas Le Pen, j’entends le malheur, j’entends une abominable frustration. Je n’entends pas les jeunes, j’entends 'la vie', j’entends 'ma vie', j’entends 'ma solitude', j’entends un esprit qui tourne à vide, un cœur qui ne sait plus pour quoi il bat. Elle n’est pas un danger, cette dame. Pas plus que moi, en tout cas. Pas plus que vous, peut-être ?
Ça me rappelle l'épisode du vol de portable que j'avais relaté. Bien que je n'approuvais pas du tout le geste de ces gamins, je ne pouvais pas les en voir coupables. C'est leur milieu, c'est ce qu'ils vivent, c'est ce qu'on leur a rabâché toute leur vie, c'est les phrases de justification qu'ils scandaient comme des slogans, des marques de fabrique, c'est leur accent qu'ils avaient travaillé pour mieux coller à l'image de bad boys qu'ils avaient choisie parmi la liste qu'on leur a proposée, une fois barrées toutes les options que l'on ne leur permettait pas de prendre a priori. Ils ont choisi par défaut dans une liste fermée. C'est nous qui les avons fermés, nous qui nous fermons aussi nous-mêmes de la même façon. C'est nous-mêmes qui avons volé ce portable.
Trois milligrammes cinquante de Marx dans le sang, plus quelques plaquettes de socio, c’est peu pour comprendre la manœuvre. Eh oui ! Les marcheurs anti-Le Pen ont marché ! Fatigue des pieds et docilité du cerveau. Le vrai est qu’eux aussi, ils souffrent, ceux d’entre eux, au moins, que n’anesthésient pas d’excessives ambitions. Eux aussi étouffent de ressentiment : champions de toutes les libertés le temps d’une manif, ils rampent toute la semaine devant un sous-chef. Chantres des générosités publiques et caissiers des intérêts privés. Eux aussi, dès qu’ils cessent de se monter la tête avec ces récits de cow-boys dont Le Pen est le mauvais Indien, se retrouvent perdus dans le désert, comme la petite dame sur la route des impôts. Eux aussi ont droit à l’amitié, à la compréhension. Eux aussi sont enfermés dans un univers d’idées sèches. Eux aussi, comme elle, quémandent un peu d’amour. Tout le monde en est là, aujourd’hui, nom de Dieu, pourquoi faites-vous semblant de ne pas le comprendre ? Quel cadavre protégez-vous ? Tout le monde en est là, sauf ceux qui ont déjà basculé dans le grand refus, qui ont déjà tiré sur eux tous les verrous. Nous vivons tous sous le même règne, vous ne voyez pas ? Vous tenez vraiment à défendre votre boutique d’idées ? La dame hurle sa détresse ; les marcheurs brament leur triste bonne conscience. Même musique. Le chapiteau du cirque est tombé sur eux tous. Projection, contre-projection, ils se bagarrent là-dessous sans trop savoir contre qui. Aucune solution. Changer d'ordre.
Et l'on nous parque dans des casiers, et il n'y a pas assez de place pour tous les casiers dans l'étagère. Pousse-toi de là que je m'y mette. Mais ton tiroir prend trop de place ! Au lieu d'agrandir les tiroirs au pire, de les virer ou même, au mieux, de détruire l'étagère. De sortir du tiroir, de descendre de l'étagère, d'aller se poser à côté, là où l'on en a envie.
Et même dans chaque casier ça remue. Dans la nuit de samedi à dimanche, des agriculteurs de nos voisins se sont fait voler l'un de leurs énormes rouleaux d'arrosage. Qui peut avoir besoin d'un truc pareil, qui peut s'organiser pour voler un tel objet (avec tous les détails techniques qu'un vol de ce genre peut demander à mettre en oeuvre), à part un autre agriculteur ? Quel agriculteur peut s'imaginer ne serait-ce qu'une seule seconde que les autres sont mieux lotis que lui ? Quelle serait la réaction du voleur si on lui avait fait subir ce qu'il a fait ? Mais comment ces gens peuvent-ils bien se percevoir les uns les autres pour en arriver à des actes pareils ?
Le silence primordial : le mot est peut-être un peu majestueux pour l’époque. C’est l’instant - de joie ou de souffrance - où l’on ne se définit pas par les circonstances, où l’on ne se définit plus du tout, où on se laisse, pourrait-on dire, 'infinir'. Pas l’expérience mystique, pas la défonce. La conscience est là, elle discerne le monde, les autres, elle se pressent elle-même. Rien de spectaculaire, du très banal. Quitter l’étage des rayons étiquetés et descendre dans les réserves. La parole perd ses repères, en trouve d’autres, élémentaires, forcément corporels, qui la déconcertent. Faites ça quand vous êtes heureux, quand vous êtes entourés de vrais amis, quand vous travaillez dur à quelque chose qui vous importe, en un mot quand ça souffle du bon : entre la conscience et le monde, c’est une réciprocité de caresses, une courte échelle de compréhension, un va-et-vient de gratuité, de reconnaissance, d’encouragements. Faites ça quand rien ne souffle, quand le sens s’est barré, quand les relations sont foireuses : elle grince, la conscience, elle proteste, elle geint, elle renâcle, elle devient une petite fille mal élevée que la menace d’aucune fessée n’impressionne car elle sait qu’elle a raison.
Oh que oui c'est déconcertant. C'est tellement gigantesque. Ma première vue est simple, évidente ; la seconde l'est tout de suite beaucoup moins. C'est qu'il y a quelque chose qui cloche. Je sais ce qui cloche, en plus ! Et j'ai envie de crier "Ce n'est pas si simple !!" alors que si, bien sûr que si. Ce n'est pas parce que c'est aussi grand que le monde que c'est compliqué ; c'est juste plus large que le terrain habituel.
Respect, travail, mérite. [...] Nicolas Sarkozy a raison d’avancer ces beaux mots. Ce n’est pas parce qu’il est de droite et que ses amis sont riches que je dirai le contraire. Oui, plusieurs de ses projets, sur l’Université notamment, me font frémir d’horreur. Oui, je lui reprocherai jusqu’à la fin des temps le voyage aux États-Unis et la poignée de main à l’Ahuri pétrolifère. Mais les mots sont à tout le monde. Il a le droit, et même le devoir, de parler de respect, de mérite, de travail. Les gens se méfient, bien sûr. Ils savent que, la politique, ça apprend à placer les mots dans la bonne case, ça rend très fort au sudoku des mots. Pourtant ce n’est pas ainsi qu’on devient leur copain, ce n’est pas ainsi qu’on les comprend vraiment. Les mots des gens, j’ai passé ma vie à les écouter, à les flairer, à les soupeser, à les débusquer. Respect, mérite, travail sont des mots de gravité et de liberté. Si vous en faites des matraques entre les mains des beaufs, ils vous reviendront en pleine face ; vous n’y gagnerez rien, nous non plus. Si vous les utilisez sans lire leur composition, vous en ferez des poisons. Un mot qui devient un slogan, c’est un mot mis au trottoir. Les mots ont des sens, donc forcément des sens interdits. Ils ne sont au service de rien. Ils pèsent par eux-mêmes. Ils ont une existence propre. On peut essayer de truquer un mot de temps en temps, on ne peut pas truquer tous les mots toujours, même si c’est l’illusion de tous les pouvoirs, même si elle se renouvelle toujours. Voyez. Responsabilité aussi est un beau mot, il ne faut pas lui faire dire le contraire de ce qu’il dit. Mme Roselyne Bachelot, par exemple, devrait être plus respectueuse de ce mot-là. Si c’est son job de défendre la franchise sur les dépenses de santé, qu’elle le fasse et mauvaise chance à elle : cette franchise est inique. Mais qu’elle nous explique que cette franchise doit « être entendue comme un facteur de responsabilisation des assurés », ça, c’est de la haute trahison des mots, ça ne se case nulle part dans le sudoku de la liberté, de la République, ni même de la démocratie qui, pourtant, n’est pas trop regardante. Il n’appartient nullement à Mme Bachelot de responsabiliser les citoyens à la responsabilité desquels elle doit précisément ses fonctions. C’est elle qui est responsable devant eux, non pas eux devant elle.
On en revient aux mots. En user, en user honnêtement, c'est une façon de rester au monde, d'y adhérer quand bien même d'aucuns nous reprocheraient le contraire, prenant leurs vessies artificielles pour des lanternes absolues. Ça permet d'être avec les autres, et en nous-mêmes à la fois.
Mais les mots aussi on peut les enfermer dans un moule. Les contraindre. Et puis on peut les libérer, aussi, parce qu'ils sont à tout le monde, même et peut-être même surtout à ceux qui sont descendus de l'étagère.
Respect, travail, mérite. Que ces mots-là reviennent au premier rang, c’est bien. Cette apparente régression est un progrès. J’espère seulement qu’on va comprendre que, cette fois, il ne faut plus faire les malins avec eux, qu’il faut les laisser dégorger ce qu’ils ont en eux de désir et de souffrance, et la cruauté dont ils ont été blessés, et la lâcheté qu’ils ont favorisée. Ces mots-là ne sont pas à prendre à la légère, à la stratégie. Il faut en faire l’inventaire pour comprendre en quoi ils nous font vivre et en quoi ils nous empêchent de vivre. Regarder nos mots en face, voilà notre programme de travail ; devant ce chantier, comme devant tout ce qui est vaste, nous sommes profondément égaux.
Respect : Accepter que le regard que l'autre porte sur le même monde que soi soit nécessairement différent de celui que l'on a, dans la réciprocité.
Travail : Activité dont le résultat est supérieur à la somme des parties mises en jeu.
Mérite : Conséquence directe ou indirecte de ce que l'on offre au monde.
Evidemment, il ne s'agit ici que de définitions personnelles...
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mardi 28 août 2007
Traduction instinctive, 3
Ecrit par Mimille à 14:01
— Catégories : En mots
Le deuxième n'a pas beaucoup inspiré les masses. Mais je vous mets tout de même sa traduction par l'auteure initiale (source) :
Le calme après la tempête
Au petit matin,
échappant enfin aux démons privés
fatigués de leur cavalcade nocturne,
quand le souvenir du dernier rêve
nous échappe à jamais,
quand la douche efface
les dernières gouttes d'angoisse
et les yeux se posent sur la lumière vierge
d'un jour nouveau
sans s'attacher
à un incident particulier du paysage
alors – avec un tant soit peu de chance
et renonçant à toute connaissance
accumulée entre les synapses –
on entendra peut-être
pendant quelques secondes
la voix calme des anges.
Personnellement, je trouve que l'interprétation qu'en avait fait Cécile est proprement bluffante !
Un autre ? Un autre ?
J'espère que celui-ci vous parlera plus que le précédent. Il s'agit d'une chanson de Lisabö, dans leur premier album Ezarian, que Koldo nous propose ici.
Aurreiritziak
Kontzientziak heltzen dituen eguzkia bezain lanpeturik,
guzia bere nahietara bihurtuz eta eraldatuz.
Hitzak bidaltzen dituzten,
hitzak behar dituzten,
garraxika maitasuna eskatzen duten
pertsonez jabetuz.
Munduak desarmatzea bizitzak bezala,
ez dira keinu bakar batez zehazten diren ametsak.
J'ose espérer qu'une fois qu'on s'y sera amusés il nous donnera la traduction ;-) Ah oui j'oubliais : c'est du basque cette fois.
Merci Koldo ! (et je mets mon interprétation dès que j'ai un peu de temps pour me concentrer, p.ex. avant ou après la sieste)
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vendredi 24 août 2007
Traduction instinctive, 2
Ecrit par Mimille à 07:11
— Catégories : En consigne, En mots
Suite du précédent... Il y en a qui ont proposé des traduction ici, et d'autres là, allez voir, ça vaut le détour !
Tout d'abord je mets la traduction du poème en norvégien, proposée par l'auteure initiale :
Rêve
Tête au soleil
pieds sur les pavés glacés
le rêve insiste
s'accroche
ne veut plus redescendre
sept ciels plus bas
dans la sobre
réalité
Et puis en voilà un autre, toujours par CiXi (source) :
Stille før stormen
Om morgenen
når de private demonene er trøtte
etter nattens herjing
når man har gitt opp
å huske nattens drøm
når dusjen har skylt bort
de aller siste dråpene av engstelse
og øynene hviler på det uberørte lyset
av en jomfrudag
uten å feste seg
på en bestemt hendelse i landskapet
da – hvis man er heldig
og tømmer all erkjennelse
som trenger seg mellom synapsene –
hører man kanskje
for noen sekunder
englenes rolige stemme.
29.03.2005
Mon interprétation (source) :
les lendemains
près des lourds trottinants
et aussi les matins suivants
près de là où l'on se rend
là où naissent les rêves
près de la naissance du ciel
on s'assoit nu, ou emmitouflé
alors on chante pour l'arrivée du printemps
et les jours nouveaux
et pour un siècle de fête
pour les paysages et les horizons
ici - quand on est serein
alors que les autres tumultent
dans les fibres de leur tête -
on entend le bruit du temps
sous nos écharpes
rouler dans nos oreilles.
L'interprétation de Galimba (source) :
Depuis la tempête
Je demain
Ne pas se priver du démon qui trotte
Construire les nattes du printemps
à côté de l'homme qui agite son chapeau
sur le chemin natté du rêve
dussai-je descendre du ciel lourdement
aller m'asseoir dans des draps nouveaux
passer l'hiver durant sous le liseret
l'aven abondant du jour profond
nous allons festoyer fièrement
commencer ensemble de nouveaux paysages
c'est l'âme de l'homme qui le dit
sous toute pierre qui connait
le sommet étrange aux synapses inconnues
l'heure de l'homme que je ne puis
pour rien au monde seconder
tant l'éternité nous ronge
-- Vint neufs trous à demi sein
Allez, encore à vous ! Et la traduction... dans un prochain billet.
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mercredi 22 août 2007
Décue !
Ecrit par Mimille à 10:39
— Catégories : En mots, Geekeries et Méta-Blogage
Il m'énerve Blooger à n'accepter ni les accents circonflexes ni les cédilles dans les titres !!
Il y a une semaine j'ai publié ce billet, et il est resté dans l'indifférence générale... Est-ce que ça ne vous a pas inspirés ou alors est-ce qu'il est passé inapperçu parce que c'était le 15 août et que tout le monde avait quelque chose de mieux à faire ?
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jeudi 16 août 2007
Vieillerie poétisante, 2
Ecrit par Mimille à 10:49
— Catégories : En consigne, En mots
Ahhh... celui-là je l'avais écrit quand j'étais en 6e (j'avais une dizaine d'années donc, peut-être même pas tout à fait). Ça respire la naïveté, mais toute petite déjà...
Je voudrais voir
d'autres pays
où sans savoir
on vit sa vie
et sans pouvoir
on réussit
où sans travail
mais amitié
sans rien qui vaille
là où l'on est
qu'on puisse y aller
et qu'on y aille
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mercredi 15 août 2007
Traduction instinctive
Ecrit par Mimille à 12:27
— Catégories : En consigne, En mots
A une époque, sur OPLF, on avait joué à la traduction instinctive de poèmes. J'ai retrouvé ça, et je le recolle ici (c'est ma période "poésie" on dirait).
L'original par CiXi, en norvégien (source) :
Drøm
Hodet i solen
føttene på kalde brosteiner
drømmen vil leve
og lar seg ikke tvinge
ti skylag ned
til den nøkterne
virkelighet
11.12.2005 - La Rochelle
L'interprétation de Galimba (source) :
Orage
Ode qui soleille
N'oublie le pas l'empreinte contenue
L'orage se lève
Qui gémit son sang dans la pierre
qui obscurcit le ciel
tout devient nuit
Mon interprétation (source) :
muette et seule
fouettée par le matin froid
rêver à s'en réveiller
marcher sur le sentier double
où l'on cherche le ciel
jusqu'à la nuit
et l'aube
Celle de dédé (source) :
Unis
Amour o soleil !
Parfois tu décide autrement
Versatilité de la vie
Ou es-ce une petite farce
Si j'avais à l'écrire
Sur nous l'avons été
Quoiqu'il en soit
Allez, à vous maintenant :-) Je mettrai la traduction dans un prochain billet.
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