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vendredi 31 août 2012

Amertume

Avant-hier j'ai reçu un mail, de la part d'un homme. Un vrai mail je veux dire. Il avait envie de développer un truc informatique pour son plaisir, et il a cherché des ressources sur lesquelles se baser, il a tapé ce qu'il cherchait dans Google. Et il est tombé sur moi.

Ça m'a fait tellement drôle : j'ai essayé de taper sa requête dans Google et en effet, incroyable, je suis la seule à sortir. Pourtant, c'est une requête très simple qu'il a tapée, évidente quand on s'intéresse à cette question. J'ai trouvé ça dingue... et intéressant par rapport à ce que me disait mon directeur de thèse à l'époque, mais ce n'est pas la question aujourd'hui.

Et puis c'est tellement décalé, imaginez : je n'ai pas mis le nez dans mon boulot depuis bien 2 ans et demi, j'ai abandonné. Là, il me pose des questions naïves certes, mais je me rends compte avec quel plaisir, avec quelle facilité je lui réponds. Et je lui réponds vite, chose qui ne m'arrive plus que très rarement depuis que je ne travaille plus. Je réalise le recul que j'ai pris par rapport à tout cela. Il y a toutes ces choses que j'ai oubliées, tout ce vocabulaire, toutes ces habitudes que je ne retrouve plus, ce pli que j'ai perdu ; mais il y a aussi la nouvelle perspective que cela me donne, et je trouve ça vraiment intéressant, presque rassurant.

Ça m'a rappelé quand, il y a quelques années, lorsque je m'acharnais à trouver un poste à la fac (en vain), un soir mon amie bibliothécaire m'avait envoyé un mail pour me dire : Tu sais, on a beau dire, ça fait 4 ans que tu as soutenu et pourtant, le document qui est le plus téléchargé sur le site internet de notre labo, ça reste ta thèse. Je trouvais ça dingue. Ma thèse ? Mais personne ne la cite !

Et ça me rappelle aussi que cet été j'ai rencontré quelques jeunes maitres de conférence. Tous recrutés locaux. Et que ce matin, j'ai reçu un mail envoyé à l'une des listes de ma vieille fac (je n'arrive pas encore à passer le cap de m'en désinscrire). D'une nana qui avait fait sa thèse en même temps que moi. Si elle poste sur cette liste, c'est qu'elle a été recrutée. En local.

Pourquoi tout le monde est recruté et pas moi ?

(NB : C'est à moi-même que je pose la question hein, ne vous méprenez pas)

mercredi 27 mai 2009

Ce qui ne nous tue pas, etc.

J'aurais voulu titrer "Une nouvelle vie s'ouvre", et même que, d'une certaine façon, je pourrais le faire. Mais ce n'est pas exactement ce que j'attendais. Ce que mon orgeuil attendait en tout cas. Ce que mon naïf espoir dans les contes de fées où le héros gagne à la fin, attendait.


Campagne de recrutement enfin terminée. La troisième. Toujours rien. Et j'y ai cru encore cette année, j'ai cru en lisant certains descriptifs de postes que je saurais être la bonne dans 2, peut-être 3 cas. On ne m'a laissé ma chance que dans un seul, qui s'est finalement conclu un peu comme les autres, par une déception, toujours un peu la même, toujours pour ces mêmes raisons que la majeure partie des jeunes docteurs en recherche de poste connaissent, ce qui fait que l'on devient usé avant l'âge, blessé, vaincu, amer, blasé, haineux parfois. Pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le travail.


Alors en l'espace de quelques heures, je suis passée de la colère (envie de claquer la porte de mon labo — qui n'avait pas grand-chose à voir avec la situation — en hurlant ma rage), au fatalisme (j'aurais pas dû y croire, je sais trop bien comment ça fonctionne, ben si c'est comme ça j'arrête, puisque je n'arriverai jamais à être la personne arrivant dans les conditions — politiques, disons — requises), puis au désespoir (j'ai gâché ma vie jusqu'ici, j'ai consacré 30 ans à constuire quelque chose qui est sans espoir, comment est-ce que ja vais bien pouvoir réussir ma vie à présent, je suis foutue), et finalement à la simple tristesse (je suis dégoûtée, donc j'arrête, je prends le temps de me reconstruire, je prends du recul, et puis si jamais un jour j'ai envie de tenter le coup à nouveau on verra bien, mais pour l'avenir immédiat c'est fini).


Tristesse de devoir abandonner quelque chose qui me tient à coeur, depuis longtemps, quelque chose dans laquelle j'ai beaucoup investi. Mais c'est un peu comme dans Les invasions barbares, quand la junkie constate que tout ce que le héros aime dans la vie ce sont des choses dont il ne peut plus jouir à présent, et que donc cette vie-là qu'il aime, est révolue : ce n'est pas ce que j'ai fait ces dernières années qui m'a plu, c'est ce que je faisais avant. Depuis que j'ai commencé à faire des choses contre lesquelles je m'élevais au départ (faire des contrats courts, écouter les autres qui me disaient qu'il fallait être mobile), je me suis usée. J'y ai perdu mon temps, mon énergie, mon entrain, mes capacités à m'investir (comment faire des choses constructives quand on est là pour un an et qu'il faut ce temps-là au moins pour prendre ses marques quelque part, pour s'imprégner du lieu et de ses us ?), ma volonté, mon imagniation et mes idées.


Fatigue d'entendre qu'il faut être mobile, sortant de la bouche de maîtres de conférence qui se recrutent en local sur les postes de profs (...et où ils avaient déjà été recrutés localement en MCF). Fatigue de l'entendre encore et toujours, même alors qu'on l'est depuis 3 ans. Fatigue de constater que ça ne sert à rien puisque de toute façon, un énorme dossier ne sert, au mieux, qu'à passer derrière des candidats à qui l'on ne demande ni d'être extérieur, ni d'être mobile, ni même d'être forcément meilleur. Au pire, ça sert à être écarté d'un concours pour éviter la concurrence.


Alors j'ai pleuré, pleuré, souvent depuis 36 heures, pour diverses raisons.


Ça fait tellement bizarre de penser que ça y est, j'y suis, le moment est arrivé de passer à autre chose. Et puis ça ne se fait pas vraiment comme je l'avais pensé, puisque j'ai devant moi quelques mois de bonheur scientifique en perspective, quelque chose d'inattendu mais qui tombe à pic, de quoi finir en apothéose (et sans la pression des concours, cette fois), de quoi retrouver mes plaisirs initiaux à ce métier juste avant de le mettre de côté.


C'est à la fois très chouette et effrayant.

lundi 13 avril 2009

Eyes wide shut

Depuis les nuages hauts très hauts d'où j'observe les événements de grande envergure qui m'entourent, ceux qui enflamment l'une des communautés auxquelles j'appartiens, ceux que que je vois se dérouler ici tout près de moi, je ne vois presque que des choses qui me blessent. C'est peut-être aussi parce que je savais cela à l'avance, pour l'avoir déjà vécu, que je n'ai pas voulu prendre part à tout ça. (J'y cherche beaucoup de raisons, pas tout le temps mais régulièrement. J'essaie de comprendre pourquoi, en profondeur, par rapport à mes choix de vie et mes opinions, j'ai pris le parti de ne pas participer.)


Dans les échanges que je lis, je me vois aimer de plus belle les personnes que j'aime, être déçue des interventions de celles que je connais seulement. Parfois j'ai envie de répondre, mais je m'en abstiens ; je suis intimement convaincue que ça ne fera pas évoluer les choses vers du positif — ni vers du négatif non plus. Je vois que souvent l'on se met à avoir une peur bleue, une terreur qui pousse à accuser les autres de tous les maux, à chercher d'ores et déjà un coupable de la faillite qui nous attend, contre laquelle on ne sait plus que faire, à laquelle on sait qu'il n'y a que peu d'alternatives et que l'on ne se sent pas le courage, pas la force, pas l'envie, parfois même pas la conviction de suivre. Alors on se sépare. On se désolidarise. On oublie tout de la tolérance, de l'humanisme, de l'esprit de groupe et on crie très fort "Mais moi c'est pas que ce que veux ! Et si c'est pas comme je veux, alors je ne ferai rien." On se gargarise d'être si nombreux à partager, et puis au bout d'un temps où l'on commence à comprendre que pour partager il faut être tolérant à la diversité, il faut accepter aussi les avis des autres, surtout ceux de la majorité si l'on joue au jeu des votes, alors on se replie et l'on crie à la manipulation, à la récupération, à la séparation. Ce qui est faux : il n'y a aucune séparation de plus aujourd'hui qu'il n'y en avait à l'origine même des mouvements. Je pense même que s'il n'y avait pas eu cette diversité originelle, si ces gens sur qui l'on tape aujourd'hui n'avaient pas été déjà présents et intègres hier, rien n'aurait jamais commencé et chacun se serait contenté de maronner dans son coin.


Alors ces jours-ci, on se met à faire sienne une idée qui avait été lancée par quelques-uns pendant un temps : celle de la récupération politique. Alors je dis oui, bien sûr qu'il y a de la récupération politique dans le mouvement, et encore heureux. C'est quoi la politique, si ça ne consiste pas à avoir une certaine idée de la société (quelle qu'elle soit peu importe ici) et à tâcher de l'appliquer dans ses actions quotidiennes ? Ça rimerait à quoi si les personnes qui essaient de faire quelque chose cachaient ce qu'ils veulent faire ? Ça rimerait à quoi si le but de chacun, lorsqu'il s'exprime, était de trouver une formule qui plaise à tout le monde ? Ce qui se passe, aujourd'hui comme tout le long de ce mouvement et avant et encore après je l'espère, c'est que l'on peut donner son avis quel qu'il soit. Ceux qui parlent souvent, ceux que l'on couvre d'opprobre ces jours-ci en les accusant de monopoliser les débats, sont des personnes qui croient profondément que chacun peut s'exprimer. Pourquoi est-ce que ceux qui pensent différemment n'osent pas le faire à leur tour ? Ont-ils peur d'exprimer leur avis ? Ont-ils peur de ne pas faire l'unanimité, est-ce que c'est le but quand on prend la parole ? Ne voient-ils pas que ceux qui parlent se contentent d'exprimer leur propre avis, qui les concerne uniquement, et non pas de formuler leurs propos de manière à gagner à l'applaudimètre ? Sont-ils tellement aveuglés par leurs propres fantômes (ou pire, ceux qu'on leur a imposés) qu'ils n'arrivent plus à voir que la diversité existe, que l'on peut avoir d'autres vœux, d'autres souhaits, d'autres méthodes que les ternes options que la télé nous apprend ? Ont-ils finalement chaussé les fers bon gré, mal gré en adoptant cela comme "un mal nécessaire" ?


Il y a quelques temps je parlais de la fierté que j'éprouvais face aux étudiants qui avaient appris en quelques mois, lors d'une action précédente, à s'approprier la chose politique, à participer, à exprimer, à chercher seuls et en groupes. Ils avaient appris, entre autres choses, à se parler et à s'écouter les uns les autres. Je voudrais que cela ne soit pas perdu.

mercredi 8 avril 2009

Et qu'est-ce qu'elle fait pendant ce temps-là ?

Envie de reprendre un peu la plume ici. Juste un peu — et on verra bien.


Pas pris part à tout ce qui se passe autour de mon travail. Souvent je reste sans voix à lire des nouvelles de partout, des témoignages, des analyses. Parfois je pense que j'aurais dû, que je devrais participer. À ma manière, je le fais tout de même. En réalité, dans le quotidien, avec les gens que je côtoie, ceux qui vivent autour de moi, ceux dont je croise le chemin.


Celui qui pense que répéter sans cesse la même absurdité la rend réelle ; je prends le temps, tout doucement, avec tendresse, avec empathie, en attendant ses questions, en suivant ses regards, de lui expliquer pourquoi j'ai un avis différent du sien. Je n'impose pas ce que je pense, je le raconte, à la demande. Celui qui, au bout du pastis de trop, s'égare dans une blague raciste ; je ne ris pas, je constate que tous autour de la table nous nous regardons en silence sans savoir quoi dire, tous nous sommes choqués, et je goûte cet espace sans parole où chacun réfléchit à ce qui vient de se passer, à comment réagir, à comment non pas rendre violemment la pareille mais la rendre par le ridicule, par le malaise. Celui qui se croit plus bas que d'autres sur une échelle imaginaire de valeurs parce qu'il n'a pas de diplômes, parce qu'il n'est pas intellectuel, pas cultivé ; je mets en avant ses connaissances, ses qualités, et nous échangeons chacun dans ce qu'il fait, nous apprenons à nous connaître et petit à petit, il s'enhardit à être fier de ce qu'il sait, de ce qu'il fait, à vouloir raconter ce qu'il aime sans peur d'être jugé trop ci pas assez ça. Celle qui s'est ensauvagée parce qu'elle a vraisemblablement trop souffert des autres (et d'elle-même par construction) dans son passé ; je lui apprends à simplement accepter la bonté sans méfiance, à dire ce qui la rend heureuse et pas uniquement ce qui la déçoit, à briser un petit bout de ce mur qu'elle a construit autour d'elle pour se protéger d'autres qui ne sont plus là, à jouir de petits bonheurs sans prétention. Celui, tout petit, qui apprend les additions et les soustractions ; je lui fais de l'arithmétique sous forme de dessins, pour lui apprendre à "voir" les chiffres puis les nombres, et je constate avec le plus grand bonheur que ça marche : il commence à chercher une logique, un ordre, quelque chose qui lui parle, qu'il comprend et sait reproduire. Celui qui est agriculteur et m'avoue qu'il voudrait passer au bio, qui sait que c'est important, mais qui ne sait pas comment s'y prendre ; je lui cherche des informations, je lui pose des questions pour comprendre ce qui le freine, je l'encourage ; je lui explique aussi ce qu'est le bio et ce qu'est l'agriculture conventionnelle d'aujourd'hui, en tout cas je lui dis ce que j'en sais moi en tant que "consommatrice", et lui m'explique ce qu'il sait lui en tant qu'agriculteur, et l'on constate avec ébahissement la distance qui nous sépare, et l'on trace un pont entre nous deux, petit à petit, pierre par pierre, avec un grand plaisir, avec le sourire, avec plein de volonté et une très grosse dose d'humour. On s'encourage l'un l'autre, on avance, on progresse, on s'enrichit.


Voilà ce que j'ai fait ces derniers temps. Ça et d'autres choses, mais ça aussi et surtout. J'aurais voulu garder du temps pour continuer à lire les blogs qui alimentaient mon quotidien jusque là, mais je n'ai pas eu le temps. Quelques années, quelques mois auparavant je disais que je voulais me relocaliser, être plus présente à mon milieu, à mon pays, aux gens autour de moi : j'y suis enfin solidement ancrée. J'y travaille chaque jour. J'y prends un plaisir immense. C'est parfois fatiguant, je m'arrache les cheveux sur certains points, je ris beaucoup d'autres choses, et on se taquine tous, j'apprends à connaître ces gens d'ici et eux apprennent à me connaître, moi qui suis un peu de là-bas pour eux, de là-bas dans les sphères de l'intellect, moi qui n'ai pas d'accent ou si peu, moi qui travaille dans un bureau, moi qui fais des recherches dans un domaine dont ils n'avaient même pas connaissance de l'existence, moi qui les étonne à passer beaucoup de temps avec eux en journée et qui travaille tout de même sans arrêt, moi qui fais 200km aller-retour pour aller sur mon lieu de travail et qui leur explique que je suis favorisée parce qu'avant j'étais à 700km de mon bureau et qu'après peut-être je serai encore plus loin. Eux qui sont bourrus, sauvages, peureux, hommes de la terre et femmes de ménage (et qu'est-ce que je peux les bousculer là-dessus sans même m'en rendre compte !), parfois hors-la-loi, n'affectant aucune valeur à leurs idées, à leurs propos parce qu'on leur a tellement appris à se faire tous petits, mais eux qui sont tellement joyeux, touchants, bons, infiniment bons et gentils et honnêtes, et valeureux, et braves, et drôles, et curieux.


Hier l'un d'eux m'a dit au café du matin à la ferme :
"Ça va te faire du bien d'aller travailler aujourd'hui, tu vas voir tes collègues, vous pourrez parler de recherche, de choses compliquées.
- Ben, pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'ici tu peux pas parler de toutes ces choses, ça doit te manquer, nous on est des ignares, on sait rien de tout ça...
- Peut-être, oui, mais vous êtes tellement plus vivants."

J'apprends tellement de choses à leur contact. J'apprends la terre et les animaux, j'apprends ce qu'il reste du provençal de leurs ancêtres, j'apprends les traditions, j'apprends l'histoire (et les histoires) du présent-ici, j'apprends leurs différentes passions, j'apprends leurs difficultés, j'apprends tout ce monde que je n'avais fait qu'effleurer jusque là et où je ne savais pas entrer malgré ma volonté. Et avant toute chose, et en grandeur nature, j'apprends l'infinie bonté de l'humanité, sa grandeur et sa beauté.


Alors non, je n'ai pas fait grève. Je n'ai pas manifesté. Je n'ai pas été en AG. J'ai fait autre chose pendant ce temps, des choses que j'ai pensé être capable de faire, ce que je peux là où je suis. Il y a tant de façons de tâcher de construire un monde plus beau, et j'en ai essayé un nouveau. Ne pas lutter contre la destruction, mais faire en sorte que finalement celle-ci n'ait rien détruit de réel puisque d'autres choses se sont construites à côté pendant ce temps, de plus haut et de plus fort. Je l'espère.

mercredi 3 décembre 2008

Ce qui est fait (n'est plus à faire)

Hier j'ai fait une rapide liste des choses que je voudrais faire mais ne ferais sans doute pas. A la regarder ce matin, je me dis que finalement j'en ai fait un tout petit peu plus que ce que je pensais :


  • Prendre la veille jument selle français dans son parc et lui donner un bon coup de pansage intégral. Lui passer de l'argile sur ses vieilles blessures et de la crème dans son oeil qui pleure (je ne sais pas ce qu'elle a mais ça m'inquiète sacrément ce truc).


Ça, je l'ai fait. Le pansage a été moins intensif que prévu parce que j'étais gelée, et puis aussi parce que je n'étais pas complètement rassurée. Parce que j'étais toute seule dans un recoin où l'on ne me voyait pas, et que j'avais peur qu'il se passe n'importe quoi, et que c'est ce qui m'empêche d'avancer en ce moment avec les chevaux. Mais contrairement aux jours derniers où je projetais de le faire mais trouvais mille raisons pour ne pas en prendre le temps, là je l'ai fait. C'est sans doute très très con mais c'est une petite victoire pour moi.


Victoire que je n'ai pas pu partager avec mon mari parce que ça l'énerve que je m'occupe de ces chevaux-là, parce que ce ne sont pas "les nôtres" (disons) mais ceux de propriétaires et qu'on n'est pas censés s'en occuper plus qu'en leur donnant à manger. Oui mais cette pauvre jument, elle n'avait même pas reçu un coup de brosse après sa dernière balade, ça me faisait peine. Et puis c'est un vieux selle français, un genre de cheval que je connais bien, je suis habituée au format et même aux traits généraux de caractère. Et puis c'est pas sa faute à elle si elle a tel propriétaire et pas tel autre. Et puis ça m'a fait plaisir, c'était moins compliqué à faire qu'avec un autre, et puis voilà.


Je voudrais faire ça chaque jour — chaque jour où je suis disponible en tout cas : prendre l'un des chevaux de la ferme et le panser. Parce que ça leur ferait du bien sur plein de plans, et à moi aussi, et que ça me permettrait de les vérifier en détail régulièrement pour voir si tout va bien. On voit toujours plus de détails dans ces moments-là. Et c'est un lien important. Oui mais... concrètement, c'est compliqué (ou alors c'est moi qui me crée des complications mais le fait est que je ne sais pas comment solutionner cela). [ Là j'avais commencé une description in extenso, et puis je préfère la retirer parce que j'ai bien peur que ça n'intéresse que moi ;-) Et puis ce ne sont pas mes chevaux, alors je ne veux pas trop raconter leur vie ici, ça me gêne ]


Je ne sais pas du tout si j'arriverai à m'occuper de ces chevaux d'une manière qui me satisfasse...


  • Aller faire un coucou au QG de la ferme mais ne pas y rester trop longtemps. Y amener les choses que je dois donner aux filles.


Je l'ai fait... mais j'y suis restée beaucoup plus longtemps que prévu. Faut dire, ils sont si gentils.


  • Finir de laver la vaisselle de notre fête de samedi soir, et ramener le tout à la "salle des fêtes" de la ferme. Y passer un coup de balai général. Ramener ma bassine que j'avais laissée là-bas.


Alors là, je n'ai pas avancé d'un iota. Il faudrait d'ailleurs que je m'en préoccupasse ce matin...


  • Aller chercher du petit bois parce qu'on n'en a plus ! (et même que je crois bien que le poële s'est éteint, déjà...)


Là je n'avais guère le choix, alors je l'ai fait. Aujourd'hui d'ailleurs il serait bon que je ramène un peu de bois plus gros parce que notre stock s'écoule assez vite avec le froid qu'il fait.


  • Passer un grand coup de balai général dans la maison, puis nettoyer le sol. Ranger la cuisine qui est toute surchargée, et ranger un peu les affaires qui traînent. Faire la poussière sur les meubles, et les toiles d'araignées qui se sont un peu lâchées ces derniers jours (à l'appel du froid elles rentrent toutes dans la maison).


Je n'ai rien fait de tout ça non plus ! Je me rends compte que j'ai quelques difficultés à m'occuper de ma maison aussi souvent que je le voudrais, ces jours-ci. Bah, y'a des moments sans, sans doute. Et il faudrait que je lave du linge aussi, parce que ça commence à manquer cruellement ; ça, il faut absolument que je trouve un moment pour le faire, aujourd'hui.


  • Descendre voir les chevaux du bas avec des bouts de quelque chose à grignoter.


Ça je l'ai fait. Je leur ai amené un peu de pain dur, ils avaient l'air reconnaissants.


  • Avancer mon dossier de qualification... (argh)


Heu... ben c'est-à-dire que... Non mais par contre j'ai fait plein de mails de boulot... comment ça, ça compte pas ?


  • M'épiler les jambes pour faire plaisir à mon mari (et un peu à moi tout de même, question de prendre un peu soin de moi).


Pas fait non plus. Je garde mes jambes d'ourse pour l'instant.


  • Commencer une liste des protagonistes de la fête de Noël et de ce que je pourrais bien leur offrir. (au secours !!)


Alors là, je trouve que j'en suis loin, mais loin... Pourtant il faudra bien que je m'y colle à un moment donné.


Aujourd'hui, à part ce que je n'ai pas fait hier et qui sont donc toujours à l'ordre du jour (mais que je ne ferai sans doute pas en entier, non plus, faut pas rêver), il y a des parcs à chevaux à modifier. Et puis ça serait vraiment bien d'en profiter pour faire le tour et changer les fils électriques là où c'est nécessaire, parce que vraiment, si ces chevaux restent dans ces parcs c'est parce qu'ils sont bien braves (et la bravoure, suivant ce qui se passe, peut avoir ses limites).


En résumé finalement, j'en ai fait plus hier que je ne le pensais a priori, ce qui montre bien que j'ai toujours cette impression de "ne rien faire", de ne pas en faire assez. Et puis là je parle beaucoup des choses que je fais, mais j'essaie de considérer que ça fait partie de ce que je suis... (ce qui n'est pas évident puisque je me considère toujours +/- en échec, mais j'essaie de m'en sortir et d'être plus indulgente avec moi).


Voilà. Il est pas loin de 9h, je vais aller faire un tour au QG, voir si y'a du monde pour boire un café, et voir ce que la journée me réservera...

mardi 2 décembre 2008

Question de m'en décharger...

... je dépose ici une liste des choses à faire que je ne ferai sans doute pas aujourd'hui :


  • Prendre la veille jument selle français dans son parc et lui donner un bon coup de pansage intégral. Lui passer de l'argile sur ses vieilles blessures et de la crème dans son oeil qui pleure (je ne sais pas ce qu'elle a mais ça m'inquiète sacrément ce truc).

  • Aller faire un coucou au QG de la ferme mais ne pas y rester trop longtemps. Y amener les choses que je dois donner aux filles.

  • Finir de laver la vaisselle de notre fête de samedi soir, et ramener le tout à la "salle des fêtes" de la ferme. Y passer un coup de balai général. Ramener ma bassine que j'avais laissée là-bas.

  • Aller chercher du petit bois parce qu'on n'en a plus ! (et même que je crois bien que le poële s'est éteint, déjà...)

  • Passer un grand coup de balai général dans la maison, puis nettoyer le sol. Ranger la cuisine qui est toute surchargée, et ranger un peu les affaires qui traînent. Faire la poussière sur les meubles, et les toiles d'araignées qui se sont un peu lâchées ces derniers jours (à l'appel du froid elles rentrent toutes dans la maison).

  • Descendre voir les chevaux du bas avec des bouts de quelque chose à grignoter.

  • Avancer mon dossier de qualification... (argh)

  • M'épiler les jambes pour faire plaisir à mon mari (et un peu à moi tout de même, question de prendre un peu soin de moi).

  • Commencer une liste des protagonistes de la fête de Noël et de ce que je pourrais bien leur offrir. (au secours !!)


Bon, c'est ce que je vois à première vue, et encore, il me viendra sans doute d'autres idées d'ici à ce que la journée avance. Bon, je vais commencer par enfiler des chaussures et aller faire un tour au QG. Mon objectif : ne pas y rester déjeuner (vu l'heure qu'il est c'est pas gagné... mais je peux le faire, je peux le faire, j'y crois). Ensuite on verra où ça me mènera...

lundi 26 mai 2008

L'orage se dégage mais ce n'est pas encore le retour du beau temps

Ces dernières semaines j'ai écrit pas mal de billets mais ne les ai pas publiés, parce qu'ils étaient trop hurlants de désespoir. Et ce désespoir que je voyais dégouliner malgré moi de tous les mots que je tentais de poser ici, ce n'est qu'une partie de ce que je ressens en ce moment, alors je ne voulais pas qu'il prenne toute la partie émergée de l'iceberg. D'ailleurs que j'aie des sautes d'humeur assez importantes, que je joue à Jean-qui-rit / Jean-qui-pleure, rien de plus normal vu les événements du moment. Ce n'est pas une raison pour en faire une généralité.


Ce matin je me suis réveillée en pensant à ça : l'autre jour, en commentaire d'un billet de Kalai Elpides, j'avais lu la chose suivante :


Toutes ces "révélations" ne vous interrogent-elles pas? Avez vous réellement envie de vous corrompre dans une Université? Voulez vous gâcher votre talent en vous corrompant dans une institution pourrie, en perdant votre éthique? N'avez vous d'autres choix? L'université n'est elle faite que pour se reproduire, elle et les privilèges de ceux qui la servent? Voulez vous plonger vos (futurs éventuels) étudiants dans le désarroi dans lequel vous êtes ou leur offrir un non avenir, les envoyer à l'abattoir? N'avez vous pas envie de lutter contre les dérives que vous dénoncez (de l'intérieur, vous ne pourrez jamais rien faire d'autre que de baissez votre culotte contre votre volonté).
Vous êtes encore intègre, vous avez du talent, beaucoup de gens vous aiment actuellement pour ce que vous êtes encore...
Faite le bon choix s'il vous plait, ne brisez pas nos coeurs en vous faisant acheter par une rente indue...

(original)

Autant dire qu'à quelques jour de mes auditions, dans cette période où tout est sans cesse remis en question et surtout les bases de toute ma vie, ça m'a fait pas mal cogiter. J'ai tâché de me poser la question, A quoi bon ?, en toute objectivité - ce qui, bien entendu, n'est guère possible à ce moment-là... mais j'ai essayé tout de même. Et ce matin, il m'est venu deux réponses :


  • D'une part, que si je veux faire ce métier, ce n'est pas pour le plaisir des concours de recrutement, mais c'est pour tout le reste. Enseigner, faire de la recherche, participer à des projets, se remettre sans cesse en question dans ce qu'on fait et pourquoi on le fait. Ça, ça ne nécessite pas de baisser sa culotte - du moins, pas tout le temps. Et c'est quelque chose que j'aime faire.

  • D'autre part, que de toute façon, il me semble évident que croire qu'il en serait différemment ailleurs serait se mettre profondément le doigt dans l'oeil. On ne va pas me faire croire que les recrutements sont plus justes dans le privé.


Cela étant dit, je ne sais pas si je continuerai la course pour autant. Parce que je suis fatiguée de tout ça, parce que pour l'instant je ressens que ça fait deux ans que je m'ennuie dans mon travail, que je ne m'amuse plus autant qu'avant, que je ne fais plus ça que dans la perspective d'améliorer mon CV pour un éventuel recrutement, et que ce n'est pas comme ça que j'arrive à faire de bonnes choses, c'est-à-dire des choses qui me satisfont, qui me rendent heureuse d'exercer mon métier. Et parce que pour l'instant en tout cas, je n'ai plus la niaque. Je n'ai pas envie de re-re-refaire mon CV une nouvelle fois l'an prochain, de devoir repasser autant de temps à réfléchir à comment mettre au mieux en avant ce qui fait de moi une candidate à retenir. Tout ça m'ennuie, d'autant plus que dans ce milieu, l'activité de candidature occupe environ 5 mois de travail non stop, c'est beaucoup trop, c'est usant (surtout quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, et encore plus quand ça n'a pas grand rapport avec notre dossier).


Et puis dans ces moments on voit, on entend tellement de choses dégoûtantes. Je n'en citerai pas, il y en a tellement déjà qui sont racontées au le web, ce serait inutile d'en rajouter, juste que l'on n'entend quasiment jamais parler d'un concours qui se serait bien passé, en respectant les règles du jeu, sans que les résultats soient connus d'avance ou bien qu'il y ait un subit Deus ex machina qui vienne chambouler un classement honnête pour des raisons tout à fait extérieures au fait présent. Je voudrais qu'un jour on m'annonce que je suis auditionnée dans telle fac et que l'on me donne dans le même temps la liste des autres auditionnés et la composition de la commission de spécialistes (et même la date à laquelle ils statueront) ; et je voudrais qu'après le concours on puisse me dire ce qui a été dit à propos de ma candidature, que l'on puisse me faire un rapport honnête et complet des points forts et faibles qui ont fait que j'ai été classée ou non, et que l'on me donne la liste des classés. Ça ne me paraît pas trop en demander... mais pourtant, pour l'instant, il semble que ça le soit. Et je ne voudrais pas entendre parler des dossiers passés à l'as pour de mauvaises raisons, des petites cuisines internes, des injustices criantes sous toutes leurs formes, et surtout pas du résignement crasse des membres des commissions de spécialistes qui déplorent tout cela et pourtant en font bel et bien partie, en jouent le jeu, ne remuent dans les brancards que dans les couloirs, ou devant les candidats, ou dans des blogs ou des articles de journaux, espérant se donner je ne sais quelle bonne consicence.


S'il y avait une chose à modifier immédiatement pour sauver l'enseignement supérieur et la recherche, ce serait le mode de recrutement. Certainement pas dans le sens de la réforme qui nous pend au nez, non. Mais ne serait-ce qu'en obligeant les recruteurs, puisqu'ils ne semblent pas le comprendre d'eux-mêmes, que c'est non seulement la carrière des gens qu'ils ont en face d'eux mais aussi l'avenir de la construction et de la diffusion des savoirs en France qu'ils mettent en jeu dans leurs petites tractations de couloir. Que quand on auditionne 5 ou 6 candidats on peut se permettre de consacrer 5 minutes par personne à la sortie de la commission pour leur donner les résultats, même par email si l'on ne veut pas (risquer de ?) le faire par téléphone, même le lendemain si l'on ne peut pas le faire le soir même, même déléguer cette lourde tâche si l'on a prévu de partir en week-end dès la fin de la journée. On peut le faire, on peut deviner que c'est important pour les candidats qui ont dépensé de l'argent, du temps et de l'énergie et plein de volonté pour venir présenter leurs travaux, et leur motivation sans cesse remise en question. On peut devnir que ce petit geste qui ne coûte pas grand-chose ferale plus grand bien à ceux qui galèrent de l'autre côté du miroir, pendant que les titulaires se gargarisent de crachats dans la soupe - qu'ils finissent par avaler, comme tout le monde, même s'ils font la grimace, du moment que ça ne met pas leur poste, leurs facilités, leurs acquis en danger.


(Oui, il y en a qui se bougent vraiment, qui osent risquer de se mettre eux-mêmes dans une situation inconfortable pour faire changer cela. Mais honnêtement, il y en a combien ? J'en connais un, en tout et pour tout. Et il a dû tout faire tout seul parce qu'il ne trouvait personne pour l'épauler, même au niveau national.)


Mhhh, j'avais dit que je ne voulais pas paraître désespérée... :-/


Mais c'est parce que le centre de ce billet, c'est que j'ai retrouvé ce pourquoi je voulais faire ce travail. Je ne l'éprouve plus en ce moment, mais je sais de quoi il s'agit malgré tout. C'est déjà ça.



...A part ça, l'orage de hier / ce matin s'est très lentement dissipé, a laissé place à une tentative de rayon de soleil vers 11h30, puis à un grand souffle de mistral depuis une demi-heure. Qui n'a même pas la force de pousser les nuages, on dirait... dites, c'est quand le printemps ?

samedi 17 novembre 2007

Coca-Cola au CA des facs

Ce matin est encore paru quelques articles dans Libé concernant le mouvement étudiant contre la loi LRU. Voici ce que l'on peut y lire, et voici ce que j'ai envie d'y ajouter.


Au cœur du mouvement de protestation étudiant, il y a la loi Pécresse, dite loi LRU (sur les libertés et responsabilités des universités). Votée par les parlementaires dès juillet et promulguée le 10 août, c’était l’une des priorités de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, les plus radicaux des étudiants, – autour de SUD ou de la coordination –, réclament son abrogation, estimant qu’elle signe la fin du service public d’enseignement. L’Unef reconnaît, elle, qu’une réforme de l’université est indispensable mais que cette loi est mauvaise. Tous se retrouvent autour de grandes inquiétudes que le gouvernement juge infondées. Revue des cinq craintes les plus discutées dans les assemblées générales.


LE DÉSENGAGEMENT DE L’ETAT


Ce que dit la loi. Toutes les universités auront acquis d’ici cinq ans leur autonomie et géreront leur budget. Les présidents deviennent les véritables patrons, avec des pouvoirs renforcés – droit de veto sur les nominations, distribution de primes, etc. Le conseil d’administration est resserré (le poids des élus, notamment étudiants, diminue) et il peut créer des fondations afin d’attirer des capitaux privés. L’Etat prévoit des exemptions fiscales pour le mécénat.


Ce que craignent les protestataires. Ils estiment qu’avec des universités autonomes et recourant aux fonds privés, l’Etat en profitera pour se retirer. Alors que pour remédier à la grande misère des universités, il devrait faire le contraire. La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, le conteste : avec 1 milliard d’euros supplémentaires pour l’université dans le budget 2008, l’Etat n’a jamais fait un tel effort. Faux répliquent les étudiants : l’essentiel va à des crédits d’impôts, des retards de paiements, des investissements dans l’immobilier. De plus, aucun poste n’est créé alors qu’il en faudrait pour lutter contre l’échec en licence (40 % au cours des deux premières années).


Ce que j'en dis. Tout d'abord, Libé a oublié de signaler que le président avait également le droit de créer des contrats (précaires, ça va de soi) de droit privé. Je suis d'accord avec ce qui est dit à propos de l'utilisation de l'argent donné aux Universités : on n'en a pas vu la couleur, en tant que personnel. En fait, j'entends pas mal dire que ce qui est appelé "autonomie des Universités" ne sera pas une autonomie, mais une dépendance financière par rapport aux investisseurs, qui seront d'intérêt privé. Hier, j'ai entendu une belle image à ce propos, très parlante : "On va faire entrer Coca-Cola dans le conseil d'administration." En fait, ce problème en fait émerger plein d'autres : le fait que les entreprises ne seront certainement pas intéressées (dans leur majorité en tout cas) par le financement de philosophes (effectivement, comme c'est dit plus bas) ; le fait qu'il y aura deux poids deux mesures parmi les personnels de la fac (CDI publics vs. CDD privés) ; le fait que la loi encourage le recours à de plus en plus de contrats précaires parmi toutes les classes de personnels (et donc, entre autres !, un large problème de pérennisation de l'enseignement, par exemple) ; le fait que le président pourra sans problème s'opposer au recrutement de certaines personnes, à lui tout seul et sans s'en justifier (je m'explique : par exemple, je ne peux pas me permettre de donner mon avis publiquement sur les listes d'expression de la fac parce que sinon, rien n'empêche plus le président de noter mon nom, et puis de refuser mon recrutement si jamais je suis classée première à un concours de maître de conférence - donc, tous les précaires ne peuvent absolument plus risquer de donner leur avis, i.e. de participer à la vie de leur lieu de travail) ; le fait qu'il ne pourra plus y avoir de politique nationale de l'enseignement supérieur, tout simplement : tout sera géré régionalement, et peu importe les inégalités, peu importe les pertes que ça pourra engendrer en matière de formation : on ne considérera que ce qu'on a à portée de main. Et j'en passe, j'en passe.


DAVANTAGE DE SÉLECTION


Ce que dit la loi. La LRU rend obligatoire l’orientation active, testée à la va-vite cette année: chaque bachelier devra déposer un dossier de pré-inscription dans la fac où il postule et recevra une réponse argumentée, l’encourageant ou non à s’inscrire.


Pour les protestataires, cela conduit droit à une sélection, rêve non avoué des grandes universités qui, à l’instar de Paris-Dauphine, ne voudraient prendre que les meilleurs. Mais alors que la France manque de diplômés du supérieur, ce serait un pas en arrière. L’orientation active aggravera en outre les inégalités sociales : les étudiants défavorisés seront plus impressionnés que les autres par un avis négatif et risquent d’abandonner.


Ce que j'en pense. Il s'agit d'un problème de fond beaucoup plus important que ce qui est dit : sélectionner à l'entrée de facs, ça remet complètement en question la nature même de l'Université. Personnellement je m'oppose à toute forme de sélection à l'entrée à l'Université (qu'elle soit due au montant des frais, ou alors à un concours demandant un certain niveau), parce que c'est jeter fièrement aux ordures l'une des finalités essentielles des facs : apporter de la culture, des connaissances, des savoirs à toutes les personnes qui le souhaitent. Et pour les ceusses qui n'auront pas le niveau, on fera quoi ? On les renverra à nouveau dans des formations que l'on jugera par là moins bonnes, moins bien, moins valorisantes ? On classera encore les futurs actifs en fonction d'une échelle de niveau scolaire qui n'a strictement rien à voir avec la réalité de la vie ? Si t'es pas assez bon pour faire une grande école tu vas dans une école d'ingénieur, si tu n'es pas assez bon pour ça tu vas à la fac, et si tu n'es même pas assez bon pour la fac tu vas faire plombier ? C'est ridicule, encore plus que la situation actuelle.


LA HAUSSE DES FRAIS D’INSCRIPTION


Ce que dit la loi. Il est inscrit dans une loi plus ancienne que l’Etat fixe le montant des droits d’inscription. La LRU stipule que le recteur devra veiller à ce que les universités ne demandent pas de rallonges aux étudiants (chaque année l’Unef fait la liste des universités qui abusent).


Pour les protestataires, c’est une déduction logique : les universités, lâchées par l’Etat, chercheront de nouvelles recettes propres du côté des étudiants.


Ce que j'en pense. Ben, c'est l'évidence même : il n'y a qu'à voir ce que les Régions subissent depuis leur "autonomisation" : on prévoit des sous pour eux dans le budget de l'Etat mais ces sous ne sont jamais versés. Il paraît évident qu'il en sera de même pour les facs, et que donc elles devront bien se procurer de l'argent ailleurs. Et comme les entreprises ne donneront sans doute pas assez pour faire tourner les machines, il faudra aller chercher l'argent chez les étudiants (ou alors d'autres possibiltés : ouvrir des commerces dans les facs ? Y installer des panneaux publicitaires ? Tout ça fait rêver, hein ?). Je trouve ça complètement dément, que l'on puisse demander aux familles de dépenser encore plus que ce qu'elles payent déjà dans leurs impôts pour assurer juste un minimum de connaissances absolument nécessaires à leurs enfants.


LA SUPPRESSION DE FILIÈRES


Ce que dit la loi. Rien.


On se demande bien pourquoi ;-)


Côtés protestataires, il s’agit d’une interprétation. Dans les AG, les étudiants prédisent que «l’an prochain, le département de philo sera fermé car il n’intéresse pas les entreprises». Les facultés mobilisées sont d’ailleurs pour l’essentiel celles de sciences humaines et de langues, filières «non rentables» où la peur du chômage est la plus grande. Au ministère, on répond que les directions d’université répartiront elles-mêmes les fonds alloués par le privé.


Derrière cette crainte, il y a aussi le refus de la professionnalisation des filières, des licences pros trop liées aux besoins du marché, et la volonté de défendre une université lieu de transmission du savoir.


Ce que j'en pense. Oui, les Universités répartiront les sous donnés par le privé... qui n'aura pas son mot à dire, évidemment, hein, on s'en doute. Mais alors pourquoi est-ce qu'une boite irait donner des sous à une fac ? Le ministère ne donne pas de réponse à cette question. Non plus.


C'est drôle comment même Libé utilise un vocabulaire que l'on ne peut que voir comme une façon de vouloir orienter les avis du public (rien que le fait d'opposer "loi" et "protestataires"... ça aurait pu être exprimé de plein d'autres façons, plus neutres) : ce n'est pas "la professionalisation" en soi qui est redoutée dans les AG, c'est la peur qu'il n'y ait plus que ça. Que toutes les filières n'existent et ne soient conçues que pour coller très strictement aux besoins immédiats des marchés qui financeront les formations. De là, il est facile d'imaginer ce que ça va pouvoir donner. Et la formation à la recherche dans tout ça ? Je suppose que l'ANR ne fera pas partie des financeurs des Universités...


L’UNIVERSITÉ À DEUX VITESSES


Ce que dit la loi. Elle ne fait pas de distinctions entre campus. Au contraire : sous la pression notamment de l’Unef, l’autonomie qui devait être optionnelle sera finalement dévolue à toutes les universités.


Pour les protestataires, la différence qui existe déjà entre une grande université parisienne et une petite de province risque de se creuser. Les grandes vont en effet se réunir dans de puissants Pres (pôles de recherche et d’enseignement supérieur) où la recherche de pointe va se concentrer et où les capitaux afflueront. Les petites feront de l’enseignement avec des cursus plus courts et de la recherche appliquée.


Ce que j'en pense. Les PRES ne sont pas le mal absolu en soi : il n'y a qu'à lire ce que proposent d'en faire, p.ex., les trois sociétés savantes de Maths, Physique et Chimie dans le texte dont j'ai parlé l'autre fois, pour se rendre compte qu'ils pourraient être utilisés à très, très bon escient, par exemple en en faisant un moyen de créer des passerelles réelles et efficaices entre grandes écoles, écoles d'ingés et universités, passerelles à la fois pour les étudiants qui pourraient changer de formation en cours de route, qui pourraient bénéficier de formations mixtes (et, in fine, chacu serait formé à ce dont il a envie, ce en quoi il a des facilités, et on aurait beaucoup plus de diversité dans les profils des personnes sur le marché du travail, qui ne pourrait que s'en retrouver enrichi), et puis pour les enseignants aussi, c'est-à-dire que ceux qui sont à la pointe de la recherche (je veux dire les enseignants-chercheurs des facs) iraient donner des cours de pointe dans les écoles d'ingés et vice versa, les enseignants très techniciens des écoles d'ingés pourraient venir faire des cours généraux basiques aux étudiants des facs. Ça pourrait être très bien fait. Mais ce n'est pas du tout ce qui est prévu.


Il y a encore d'autres choses qui sont très graves et que Libé ne signale pas du tout. Je cite un exemple, peut-être le plus flagrant mais pas l'unique : la modification appliquée aux UMR. Une UMR, c'est une Unité Mixte de Recherche, qui est chapeautée doublement et par la fac qui l'accueille, et par le CNRS. Ici, le ministère prévoit que les UMR ne seront plus gérées que par les facs, argumentant d'une simplification des tâches administratives (ce qui, de toute façon, sera un gain parfaitement illusoire). Ce que ça va faire, c'est que les UMR deviendront des structures locales, et que plus aucune politique de recherche à l'échelle nationale ne sera possible (ce qui était assuré, a minima, par le CNRS, même avec les autres réformes). Parallèlement est prévu une réorganisation des labos CNRS, qui viendront s'opposer aux UMR, appartenant aux facs. Beaucoup d'enseigants-chercheurs sont tout à fait ravis du fait de travailler conjointement avec des chercheurs à plein temps, ils sont pleinement conscients que ce statut est absolument nécessaire pour faire des recherches vraiment avancées, qu'eux ne peuvent pas faire parce qu'ils croulent sous les charges de cours et d'administration des cours (je peux développer l'emploi du temps d'un maître de conférence s'il y en a qui doutent, ou se demandent). Le fait de séparer les deux aura plein de conséquences néfastes directes, et du point de vue de la formation à la recherche : les enseignants seront à la bourre en recherche, perdront leur niveau, et la formation sera par conséquent de moins bonne qualité, et du point de vue de la recherche elle-même : les chercheurs ne baigneront plus dans l'univers de la formation, ils n'auront plus accès aux étudiants, et évidemment auront encore moins de moyens pour conduire leurs recherches. Il y a encore plein de raisons au fait de s'opposer à ce genre de mesure (mais c'est déjà long, là, pour cette fois).


J'en rajouterai encore. Là, c'est déjà un premier point. Encore tellement de choses à ajouter... Pendant ce temps, la fac de lettres d'Aix est toujours fermée sur décision de "la Présidence", les personnels ont réclamé sa réouverture, les étudiants anciens bloqueurs, dégagés par l'intervention des CRS la semaine dernière (une douloureuse première historique à Aix), sont présents à l'entrée de la fac tous les jours vers 7h du matin pour informer les gens qui passent ; mardi matin, ils me faisaient remarquer qu'ils seraient vachement contents de reprendre les cours, ça serait nettement moins difficile que de dormir à même le sol dans des amphis ou de se lever à 6h tous les jours pour venir se geler devant l'entrée de la fac (je dis ça pour contraster avec les ceusses qui se plaignent de la "poignée d'étudiants qui profitent de n'importe quelle occasion pour arrêter de travailler"...). Les AG continuent, sur le parking faute d'autorisation d'accès au parvis.

samedi 10 novembre 2007

Un texte en vitesse

Parce que je n'ai pas le temps pour l'instant de disserter dessus, mais je veux le garder sous le coude pour en reparler. C'est un texte rédigé par des membres de l'Université de Caen (me semble-t-il du moins), paru le 7 novembre, à propos des motivations des étudiants à bloquer la fac :


Pourquoi bloquons nous ?



L’université publique est aujourd’hui attaquée. Nous nous organisons pour la défendre. Une mobilisation nationale est amorcée depuis trois semaines, nous comptons plus d’une dizaine d’universités bloquées ainsi que de nombreuses autres en lutte.


Nous sommes face à un gouvernement autiste qui a fait passer cette loi sans concertation le 4 août dernier, alors qu’une contestation importante existait déjà.


Occuper notre lieu d’étude n’est pas un acte neutre, c’est le seul moyen d’action efficace. Tout d’abord parce qu’il libère du temps pour agir et réfléchir ; ensuite parce que cela permet aux étudiants boursiers de se mobiliser sans être pénalisés.


Le temps nous presse (application de la loi en février 2008) et nous devons créer un rapport de force massif et déterminé afin de mettre à mal cette loi qui n’est pas faite pour le plus grand nombre.


Les conséquences seront :


  • Les filières «non rentables» seront amenées à disparaître ou leurs financements seront réduits (article 14).

  • La dégradation des conditions d’enseignement (précarisation du personnel enseignant et non enseignant, baisse des financements pour l’entretien des bâtiments).

  • L’accroissement des inégalités entre universités (à région riche, fac riche ; à région pauvre, fac pauvre).


Plutôt qu’être autonomes, les universités seront complètement dépendantes du financement apporté par les entreprises locales. Celles ayant un avantage à investir, participeront au financement de l’université. Or les facs qui ne sauront attirer les investisseurs, seront amenées à augmenter considérablement les frais d’inscription :



Tous les étudiants en subiront les conséquences !



Et nous ne sommes pas seuls, nous assistons à une accélération de la casse des services publics et à la dégradation des conditions de vie de la majorité de la population (hausse du coût de la vie, recul de l’âge de la retraite, suppression massive de postes dans la fonction publique, franchises médicales…).



C’est maintenant qu’il faut se mobiliser !


Discussion à venir... mais pour l'heure il est temps d'aller à la bib'.

mercredi 7 novembre 2007

Où en est-on ?

Il y a quelques années, l'agence Capa était apparue dans les locaux de mon labo. Ils venaient tourner un reportage sur l'état des facs en France. Ils ont passé beaucoup de temps chez nous, trouvant tout un lot d'images, et quelques personnes pour leur expliquer certaines situations.


Le documentaire s'est intitulé "Facs : carton rouge !", et a été diffusé le 17 janvier 2005 sur Canal Plus. Je l'ai vu. J'avais eu peur de son visionnage, parce que je pensais que le montage aurait déformé la réalité : en ce qui concerne ce que j'ai vu se faire, il n'en a rien été. Le reste a donc été effarant pour moi, qui pourtant en connaissais une partie !


J'ai repensé à ça, en passant dans mon ancien labo aujourd'hui, et puis parce qu'il y avait une AG des étudiants pendant ce temps, et puis parce que les réformes, parce que l'état du bâtiment est encore pire aujourd'hui qu'il ne l'était au moment du tournage (en tout cas, de ce qu'on peut en voir), parce que... je me demande ce qui a changé depuis. Si la moindre chose a changé.


Voici un extrait du résumé du documentaire que l'on peut trouver sur le site de Capa :


"Facs : carton rouge !"
Réalisation : Sylvie Chabas
durée : 52 minutes



A l'université de Marseille, un labo de recherche conçu pour 8 personnes fait travailler aujourd'hui 70 étudiants et chercheurs dans des conditions dignes d'un atelier de confection clandestin. Un peu plus loin dans la même université, il pleut sur des livres rares pourtant rassemblés dans une unité de recherche flambant neuve. Selon une commission d'enquête du Sénat, le tiers des cités U françaises sont des « taudis dangereux». A l'université de Reims le président a du fermer 4 amphis sur 6 à la veille de la rentrée. Ils menaçaient de s'écrouler sur les étudiants. Et c'est le doyen en personne, un prof de grec, qui est contraint à la dernière minute de passer des heures au téléphone pour trouver des chaises pour asseoir les élèves de sa fac.

Alors que l'Etat ne cesse de rappeler que la recherche et l'enseignement supérieur sont une priorité nationale, l'agence Capa mène l'enquête sur la réalité concrète des universités et du sort qui est fait aux étudiants et aux chercheurs. De Marseille à Reims ou à Paris, ce film nous entraine dans les coulisses du systême universitaire de formation des élites en France. Prè d'un million et demi d'étudiants sont concernés.

Le constat est accablant : locaux vétustes ou insalubres, laboratoires d'enseignement et de recherche sous-équipés, amphis surpeuplés, manque de personnel, cadres impuissants ou désabusés.


Pire, une partie des établissements sont aujourd'hui dangereux pour leurs usagers, étudiants et professeurs.

Faute d'une gestion cohérente entre l'état, les collectivités locales, les administrations et les responsables universitaires. Faute aussi, et surtout, d'argent. La France ne consacrre qu'un peu plus de 1% de son PIB à l'enseignement supérieur, contre plus de 2% aux Etats Unis. Cette situation souvent désastreuse, les responsables politiques et administratifs la connaissent. Sans pouvoir - ou vouloir- la traiter. Par delà le constat d'une université en crise, cette enquête remonte les fils des décisions et des responsabilités et interroge les décisionnaires de tous niveaux, responsables administratifs locaux, présidents d'université, recteurs, maire, préfecture. Jusqu'au plus haut niveau du pouvoir politique. Le film interpelle les responsables du cabinet du ministre de l'éducation nationale François Fillon. Quand, face au constat, la langue de bois n'est plus permise.

Le "labo de recherche conçu pour 8 personnes [qui] fait travailler aujourd'hui 70 étudiants et chercheurs dans des conditions dignes d'un atelier de confection clandestin", c'était mon labo. Aujourd'hui, il accueille une centaine de statutaires, et presque autant de doctorants. Je crois que cet état de fait se passe de commentaires.


Aujourd'hui donc, une AG étudiante a eu lieu à la fac de lettres d'Aix. Si je me souviens bien ce que j'ai reçu en fin de journée, ils ont voté le blocage. Début de grand ram-dam de la part de quelques personnels qui ne le veulent pas et le disent très fort, en s'arrêtant à l'exression de leur ras-le-bol plutôt qu'en exprimant des arguments, des positions, des *vraies* raisons (plutôt que "y'en a marre de ces étudiants qui m'empêchent de travailler à tout bout de champ").


En outre, un texte a été diffusé hier, co-écrit par la Société de Mathématiques de France, la Société Française de Chimie et la Société Française de Physique, et qui vaut vraiment d'être lu (ce qui peut se faire par exemple ici). Beaucoup, beaucoup de choses sacrément intéressantes là-dedans, pertinentes, etc. Mais j'y reviendrai.


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Et je profite de ce billet pour créer une nouvelle catégorie dans mon blog, Université mon amour, où je parlerai de ce que je pense de certaines choses, quant à l'engagement dans ce monde et à ce que ça implique, et tout ce genre de choses, en fonction des actualités, et de ce qui me viendra à l'idée.