Affichage des articles dont le libellé est Postdocteure. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Postdocteure. Afficher tous les articles

lundi 1 juin 2009

Des gens, des animaux et tant d'avenirs possibles

Je n'arrive pas encore tout à fait à le croire, mais pendant les quelques mois qui commencent aujourd'hui je devrais me sentir mieux. Beaucoup de choses s'y prêtent. Je retrouve un milieu connu, aimé. Différent certes parce que quitté il y a quelques années, ayant évolué, autres personnes autres lieux autres statuts. Mais alors que je n'y suis même pas tout à fait encore quelques liens se sont immédiatement retissés, ont repis leur place tout naturellement dans la trame.


C'est là que je me dis qu'on a beau dire, on a beau aller chercher ailleurs parce que c'est ce qu'on nous demande de faire, parfois ce n'est pas nécessaire. Parfois ça ne fait que durcir le coeur. Ça ne fait que voir les parties sombres auxquelles on avait eu la chance d'échapper. Instructif ? Sûrement. Et destructif tout autant.


C'est comme revenir au pays. Rentrer à la maison. Rouvrir les yeux après un cauchemar et retrouver son chez-soi.


Je ne veux pas non plus trop y croire, parce que ça ne passe jamais comme on l'attend, parce que ça se passe toujours autrement que ce à quoi l'on s'attend. Parce qu'on me l'a trop fait. Parce que je suis brisée. Parce que je vis un peu ça comme un bouquet final, et que cette impression me fait le double effet d'un plaisir et d'une menace.


Ne pas refermer les yeux sur ce que je suis. Ne pas m'oublier dans ce monde qui ne pourra être le mien que si je peux y croître selon ma propre nature. Ne plus chercher à adopter les volontés des autres.


Je veux profiter de ce moment pour vivre ma propre vie, la mienne, celle que je peux vivre. Mes mots ont déjà changé je le sens, et tous ne sont pas prononcés sous l'effet du dépît. Je crains moins le jugement, j'ai par conséquent aussi moins besoin de dire comment je vois les choses à tout bout de champ, ce qui m'évite de récolter tous les avis qui passent, et me sont inutiles, et me sont nuisibles. Je veux pouvoir aimer les gens sans leur reprocher de ne pas soutenir mes choix. Je n'ai pas besoin de leur demander leur accord, ni même de leur exposer mes envies — qui au demeurant, pour l'essentiel sont de me laisser du temps pour réagir en fonction de ce qu'il se passera, en sachant grosso modo ce que je veux, et en restant ouverte aux opportunités qui me permettront d'y parvenir.


Ne plus vivre en opposition, me laisser échanger avec mon milieu, mon "écosystème à moi" aussi complexe qu'il puisse sembler. Laisser chaque élément exprimer l'influence qu'il voudrait avoir sur le tout, y réfléchir et en tenir compte. Me pardonner, être indulgente, tolérante, aimante envers moi-même. Personne ne le fera à ma place.


J'a fait des trucs très bien et aussi plein de trucs nettement moins bien ces derniers temps. Il y a des jours où j'ai les nerfs en pelote, des moments où j'ai envie de m'enfoncer dans un trou de souris. Il y a des fois où je me lance dans une activité constructive pleine d'entrain au détriment d'autres choses que je devrais faire ; que je ferais mieux de faire, si j'étais une machine et que je fonctionnais uniquement sous l'impulsion d'un savant calcul de rendement relatif de chaque chose à faire. Je ne suis pas une machine, et même que j'ai le droit parfois de faire autre chose que ce que je devrais faire, que ce qu'on me demande de faire. Dans les cas où j'en suis consciente, et d'autant plus dans ceux où je ne le suis pas. Et même si je me rends compte ensuite que c'était une erreur.


Le vent se lève. Il fait si beau. J'ai caressé "mon" (*) cheval ce matin. J'ai discuté d'humanité qui se rencontre, de climat alpin, de solaire photovoltaïque, raconté une vieille histoire dans un nouveau contexte. J'ai goûté les rayons du soleil, le silence et les animaux de la ferme au matin. Poules, pintades, lapins au p'tit cul blanc qui batifolent dans l'herbe, chiens, chats et chevaux ; ânes et vaches plus bas. J'ai bu du café, écouté de la musique comme un souvenir d'un week-end de découverte des autres et de moi avec eux. J'ai lu des blogs, pris le temps, rédigé quelques commentaires, répondu à ceux qui m'étaient adressés.


Je vais descendre me faire à manger... ou pas. Je verrai bien. J'ai le temps, ou peut-être pas, mais je m'en fous.


- - - - - - - - - -


(*) Ce n'est pas le mien et bien qu'on le l'ait confié, je peine considérablement à le dire comme ça, même si ça simplifie bien des détours de parole. Mon doigt cassé et mon manque de temps pour lui de ces 2 derniers mois n'arrangent pas ma sensation vis-à-vis de cette situation d'ailleurs.


Tout cela me donne d'ailleurs une lecture d'une simplicité extrême sur cette fracture de l'annulaire : peur de me lier, trop peur que ça fasse mal, tellement peur de ce lien en train de se souder que je préfère briser toute possiblité d'approfondissement : je me casse le doigt (avec son intervention d'ailleurs puisque c'est lui qui a tenu le rôle du "casseur"), je ne peux plus m'en occuper. Le doigt est brisé, le lien aussi. Tout le contexte me fournit en outre plein de "bonnes raisons" pour venir enrichir cet abandon du lien, pas le temps, pas envie parce qu'il est peut-être pas si gentil que ça, il ne me fait peut-être pas si confiance que ça (sinon il m'aurait pas "fait" un coup pareil), et puis si ça se trouve on va peut-être déménager (c'était pendant les concours),...

mercredi 27 mai 2009

Ce qui ne nous tue pas, etc.

J'aurais voulu titrer "Une nouvelle vie s'ouvre", et même que, d'une certaine façon, je pourrais le faire. Mais ce n'est pas exactement ce que j'attendais. Ce que mon orgeuil attendait en tout cas. Ce que mon naïf espoir dans les contes de fées où le héros gagne à la fin, attendait.


Campagne de recrutement enfin terminée. La troisième. Toujours rien. Et j'y ai cru encore cette année, j'ai cru en lisant certains descriptifs de postes que je saurais être la bonne dans 2, peut-être 3 cas. On ne m'a laissé ma chance que dans un seul, qui s'est finalement conclu un peu comme les autres, par une déception, toujours un peu la même, toujours pour ces mêmes raisons que la majeure partie des jeunes docteurs en recherche de poste connaissent, ce qui fait que l'on devient usé avant l'âge, blessé, vaincu, amer, blasé, haineux parfois. Pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le travail.


Alors en l'espace de quelques heures, je suis passée de la colère (envie de claquer la porte de mon labo — qui n'avait pas grand-chose à voir avec la situation — en hurlant ma rage), au fatalisme (j'aurais pas dû y croire, je sais trop bien comment ça fonctionne, ben si c'est comme ça j'arrête, puisque je n'arriverai jamais à être la personne arrivant dans les conditions — politiques, disons — requises), puis au désespoir (j'ai gâché ma vie jusqu'ici, j'ai consacré 30 ans à constuire quelque chose qui est sans espoir, comment est-ce que ja vais bien pouvoir réussir ma vie à présent, je suis foutue), et finalement à la simple tristesse (je suis dégoûtée, donc j'arrête, je prends le temps de me reconstruire, je prends du recul, et puis si jamais un jour j'ai envie de tenter le coup à nouveau on verra bien, mais pour l'avenir immédiat c'est fini).


Tristesse de devoir abandonner quelque chose qui me tient à coeur, depuis longtemps, quelque chose dans laquelle j'ai beaucoup investi. Mais c'est un peu comme dans Les invasions barbares, quand la junkie constate que tout ce que le héros aime dans la vie ce sont des choses dont il ne peut plus jouir à présent, et que donc cette vie-là qu'il aime, est révolue : ce n'est pas ce que j'ai fait ces dernières années qui m'a plu, c'est ce que je faisais avant. Depuis que j'ai commencé à faire des choses contre lesquelles je m'élevais au départ (faire des contrats courts, écouter les autres qui me disaient qu'il fallait être mobile), je me suis usée. J'y ai perdu mon temps, mon énergie, mon entrain, mes capacités à m'investir (comment faire des choses constructives quand on est là pour un an et qu'il faut ce temps-là au moins pour prendre ses marques quelque part, pour s'imprégner du lieu et de ses us ?), ma volonté, mon imagniation et mes idées.


Fatigue d'entendre qu'il faut être mobile, sortant de la bouche de maîtres de conférence qui se recrutent en local sur les postes de profs (...et où ils avaient déjà été recrutés localement en MCF). Fatigue de l'entendre encore et toujours, même alors qu'on l'est depuis 3 ans. Fatigue de constater que ça ne sert à rien puisque de toute façon, un énorme dossier ne sert, au mieux, qu'à passer derrière des candidats à qui l'on ne demande ni d'être extérieur, ni d'être mobile, ni même d'être forcément meilleur. Au pire, ça sert à être écarté d'un concours pour éviter la concurrence.


Alors j'ai pleuré, pleuré, souvent depuis 36 heures, pour diverses raisons.


Ça fait tellement bizarre de penser que ça y est, j'y suis, le moment est arrivé de passer à autre chose. Et puis ça ne se fait pas vraiment comme je l'avais pensé, puisque j'ai devant moi quelques mois de bonheur scientifique en perspective, quelque chose d'inattendu mais qui tombe à pic, de quoi finir en apothéose (et sans la pression des concours, cette fois), de quoi retrouver mes plaisirs initiaux à ce métier juste avant de le mettre de côté.


C'est à la fois très chouette et effrayant.

mardi 14 avril 2009

Au réveil

Plein-voir, gorges du Verdon, avril 2009.


Je me suis réveillée ce matin sans savoir qui j'étais. Plus que ça : sans savoir ce que j'étais. Comme une impression végétale. Étrange. J'ai mis un temps non-négligeable à retrouver mes marques, le lieu, le temps, la nature.


Je n'ai pas pu me rendormir : les lattes du sommier sont vraiment trop nazes.


J'ai réussi à voir le soleil se lever, imprimant son rouge intense sur les carreaux de la cuisine.

mardi 9 décembre 2008

Premières réimpressions

Premier jour de boulot.


Du plastique, des néons, des barreaux aux fenêtres. Le ronron incessant des divers circuits électriques.


La voiture hyper classe d'un collègue, avec un bidule qui fait parler son téléphone portable dans ses hauts-parleurs sans même qu'il ait branché la bête : il le détecte dans la poche de sa veste. Brrrr :-/


Un ami, ouf, un seul présent aujourd'hui, un vrai, quelqu'un de sain avec un très très grand sourire et plein de vie. De vraie vie — enfin ce qu'il en reste à force de bosser dans un bureau — au moins il sait qu'il exsite un monde au dehors. Ouf ça fait du bien.


Pas mal de gens qui n'étaient pas au courant, je pensais que la nouvelle se serait un peu plus répandue, je ne m'étais pas du tout préparée à devoir répondre plusieurs fois aux "Félicitations" et autres "Alors c'est une fille ou un garçon ?". J'ai été con, j'aurais dû le deviner. Mais je tiens le coup, pour l'instant du moins.


L'écran qui m'absorbe, je fais des sessions de 2h sans décrocher de l'ordi, c'est étrange. Mal au dos, plus l'habitude de rester assise comme ça (et comme j'ai encore pa pris le temps de faire mes BD ces derniers jours j'ai les douleurs qui me reprennent — comme par hasard ;-)).


Possiblité de boire plein de cafés mais même pas envie. Même plus envie.


Envie de tenter de travailler mais je ne sais vraiment que faire, par quel bout prendre tout ça, par quoi commencer. Alors j'ai d'abord récupéré les quelques 7 mois de mails que je n'avais pas chargés ici, ça a pris plus de 5h à mon mailer pour tout rappatrier. Et j'ai trié, trié, trié. Ça, c'est fait. C'est propre et rangé.


On m'avait d'abord dit que mon ordi avait disparu et que ma place était récupérée. Puis il y a quelques jours on m'a dit que finalement non, l'ordi était toujours à la même place et m'attendait sagement puisque son occupant à titre doctoral est à Paris jusqu'au mois de mai. En arrivant j'ai remarqué que même l'email de choses urgentes à faire que j'avais collé sur le coin de l'écran n'avait pas bougé.


Et tant d'autres petites choses insignifiantes et significatives aussi...


18h. Je rentre.

dimanche 7 décembre 2008

La veille... du lendemain

La façon dont les événements se succèdent est parfois bien drôle.


Je reprends le travail demain. Il va falloir que je reprenne l'habitude de me forcer à me lever tôt, si possible à la même heure chaque jour, de me préparer, de prendre la voiture et de parcourir la longue route qui me mène à mon labo (en roulant doucement parce que ça gèle bien) (et je ne sais même pas encore précisément par où je vais passer), d'arriver, de passer mon badge dans le lecteur pour ouvrir la porte, de m'installer à mon bureau, de lancer mon ordinateur et de bosser, bosser, bosser. Bosser le plus possible pendant que je suis là-bas parce qu'ici, j'aurai d'autres choses à faire. Je ne sais encore pas du tout comment est-ce que je vais m'organiser ici avec la reprise du travail, comment je vais faire pour réduire mes activités, ce que je vais décider de ne plus faire pour garder suffisamment de temps pour le reste. Ensuite le soir, alors qu'il fera déjà nuit, je quitterai mon bureau, remonterai dans ma voiture et ferai mon long trajet retour (toujours doucement), jusqu'au lendemain où je ferai la même chose.


À la maison, il faudra que je m'organise pour faire un peu de ménage régulièrement question de ne pas me retrouver surchargée tout d'un coup. Il faudra sans doute que je le fasse le soir, parce que le matin ça risque d'être trop compliqué pour moi... Un petit coup de balai par ci, un peu de vaisselle par là, et je garderai les activités plus pontuelles pour le week-end (comme de faire les vitres par exemple... que je n'ai toujours pas faites depuis qu'on a emménagé et qui sont franchement sales, il faut le reconnaître). Le problème c'est que le soir je risque d'arriver complètement crevée à la maison, et d'avoir envie d'autre chose que de passer un coup de balai. Mais bon, d'un autre côté c'est tout de même bien agréable que ça ne soit pas tout le temps le chantier total, qu'on arrive à trouver facilement les choses et que l'on puisse laisser flotter son regard dans le salon sans qu'il y ait mille trucs qui trainent partout.


Je en sais pas du tout comment je vais faire pour continuer à m'occuper des chevaux. Là j'ai pris l'habitude de leur donner leur repas du soir, mais ça se passe juste avant le coucher du soleil c'est-à-dire vers 17h. À partir de demain, à 17h, je serai encore au boulot donc je ne pourrai plus le faire. Alors je pourrais changer mes habitudes pour leur donner plutôt leur ration du matin. Oui mais, le problème c'est que si je fais ça, ça veut dire qu'il faudra que je m'habille 2 fois le matin (une fois pour aller aux chevaux, l'autre pour m'habiller "en propre" pour le labo : je m'imagine difficilement arriver au travail pleine de boue et de foin). Ça veut dire aussi prendre un bon bout de temps pour le faire, parce que le matin c'est plus long, en ce moment parce que c'est l'hiver on leur donne de la farine (i.e. des grains concassés mouillés à l'eau qu'on leur sert dans des seaux, c'est plus compliqué que le foin). Et puis si je pars tôt le matin pour arriver pas trop tard au boulot (question de repartir pas trop tard non plus), il faudra que je le fasse de nuit... donc en plus, je ne les verrai pas beaucoup ! Et puis j'ai peur que ça me démotive très vite et que je ne tienne pas le coup.


Ça, c'est un vrai problème. Je ne sais vraiment pas du tout comment je vais faire, alors que je quitterai la ferme de nuit et rentrerai de nuit également. Je ne sais pas du tout comment je vais pouvoir faire pour m'occuper encore des chevaux malgré tout. Alors certes, je n'irai pas au labo tous les jours. Je prévois d'y aller 3 jours par semaine, les jours où mon mari travaille. Mais je me connais et je connais trop bien mon travail aussi, et je sais pertinement que concrètement, très vite j'aurai des petites obligations tous les jours de la semaine, et qu'il me sera vraiment très difficile soit d'accepter de ne pas être présente au travail autant que je le devrais (et donc de culpabiliser parce que tout de même, c'est mon boulot, et c'est à plein temps — même si je n'ai pas réellement d'obligation de présence pendant mes heures de travail), soit d'accepter de ne plus m'occuper quotidiennement des chevaux. Dans les deux cas je vais culpabiliser. Je sais que je vais avoir l'impression de ne pas en faire assez, quelle que soit la solution que j'adopterai : que ce soit en privilégiant l'un des deux, ou en tentant d'en faire autant que possible des deux côtés à la fois (au détriment de mon ménage cité plus haut, notamment ;-)). Je sais déjà qu'il faudra que je lutte contre cette culpabilité mal placée puisque de toute façon je ferai ce que je pourrai, et que soit je donnerai mon plein temps à l'un en abandonnant l'autre, soit je ménagerai la chèvre et le chou et ne serai donc entièrement dévouée à aucun des deux. Mais je n'ai pas envie de choisir. Il y a des gens qui s'en sortent très bien avec un travail du type du mien et des chevaux, mais ils n'ont pas autant de kilomètres à faire matin et soir. Et en outre ils sont titulaires de leur poste, ils n'ont pas à fair epreuve d'une bonne volonté à toute épreuve dans leur travail !


Et puis paradoxalement, c'est là que l'enchaîenement des choses se fait joueur, l'activité "chevaux" devient de plus en plus potentiellement prenante (ça fait un peu abstrait tout ça, mais en fait ça l'est beaucoup moins qu'il n'y parait, sans que j'ose pour autant le formuler différemment pour l'instant — ensuite on verra). Sans vouloir encore ni faire des plans sur la comète ni même dévoiler clairement ce qui se trame, je dirai que l'éventualité de faire plus de place aux chevaux à la ferme se dessine d'une manière de plus en plus concrètement envisageable, et que plusieurs événements qui sont arrivés ces dernières semaines (en se précipitant particulièrement ces derniers jours) font qu'il y aurait peut-être moyen de faire quelque chose de vraiment intéressant selon mon point de vue et mes envies en la matière. Vraiment, c'est drôle de voir comment, alors que je suis à la veille de mon retour au travail intellectuel que j'avais fait jusque là, s'ouvrent du côté manuel, du côté près de la terre, du côté simpliste volontaire et écologiste, du côté humain proche, local, en interdépendance et en échange ouvert, des perspectives qui vont de plus en plus dans un sens qui me plaît vraiment beaucoup. Est-ce qu'il y aurait vraiment de quoi en faire une activité procurant revenu ? Si oui, quand et pour combien de personnes ? Quels seraient les investissements nécessaires en temps et en argent ? Que ferions-nous très précisément (il y a plusieurs options possibles) ? Et puis, si ça se faisait, est-ce que ça me plairait de faire ça vraiment quotidiennement en tant qu'activité princpale ?


Je n'ai pas de réponse à ces questions pour le moment. Le fait est qu'on est en train de traverser l'un des moments les plus durs de l'hiver où il fait un froid de canard et où les journées sont hyper courtes et malgré tout j'ai un mal fou à rester enfermée. Je me sens tellement bien dehors. Je me sens tellement plus proche de moi, tellement moins en question, les choses sont tellement plus évidentes. En même temps, je me dis que ça doit aussi être en bonne partie dû au fait que je reprends le travail demain et que je n'ai pas envie. — Enfin bon, dit comme ça c'est un cercle vicieux, il faut que je tente d'être plus précise pour l'exprimer, de manière à parvenir à le regarder avec autant d'objectivité que possible : j'ai peur de reprendre le travail parce que je sais que je vais tout de suite me retrouver dans l'urgence, l'urgence des résultats, l'urgence des publications, l'urgence des candidatures, et que j'ai une trouille bleur d'y aller encore pour me retrouver le bec dans l'eau. Et que si jamais ma seule perspective d'avenir professionnel est un poste dans une université du bout du monde dans une région inconnue et sans amis, au sein d'une équipe que je ne connais pas ou si peu, je vais à nouveau me retrouver devant un doute affreux.


Et voilà, du coup le fait de parler de ça m'y fait penser : ça y est, le concours CNRS a ouvert. Et la tendance se confirme, ça se profile plutôt moyennement : 2 postes de CR2 en section 34 (c'est-à-dire ma section de spécialité) dont un sur une thématique à laquelle je pense ne pas coller du tout, et 3 en 44 (tiens, la numérotation a changé, jusqu'à l'an dernier c'était la 45), dont 2 sur une thématique dont je ne comprends même pas la signification de l'intitulé et le 3e sur une thématique "musique" (donc pas pour moi). Au final donc, ça fait pour moi un seul et unique poste envisageable, celui qui n'est pas profilé en 34. Hum, même dans mes persepctives les plus sombres je ne pensais pas que ça serait noir à ce point, là. Encore peut-être un événement qui ferai pencher la balance dans un certain sens... Il reste aussi les faleuses "chaires CNRS" qui vont ouvrir dans les universités, j'avais lu 150 postes (pour l'ensemble des disciplines !!!), puis 115, et là ce matin je viens de voir qu'ils en annoncent 90 (ce qui signifie que s'il y en a 1 dans mes cordes ça sera déjà Byzance). Pour l'instant c'est la seule information que l'on trouve à leur propos, elles ne sont pas encore publiées.


Bon. Je ne sais pas encore quoi penser de tout ça précisément. J'ai dit que je faisais une 3e année de candidature, j'ai obtenu un prolongement de mon contrat de travail pour quelques mois, je suis à la veille de la reprise et il faut bien que je me jette à l'eau. Mais vu d'ici elle a l'air bien froide et fort peu engageante, c'est le moins que l'on puisse dire. Par ailleurs, c'est peut-être la toute première fois de ma vie que j'ai une ouverture en or pour me recycler dans un truc qui me plairait, même si c'est encore très loin d'être certain. Et sans doute que si je ne plonge dans aucun des deux je risque de me retrouver au final en perdante des deux côtés. Ça serait vraiment trop con. Et si je me gourre dans mon choix hein, est-ce que ça serait pas tout aussi con ?


- - - - - - - - - - - -


A part ça, les images de ce billet n'ont rien à voir avec la choucroute. Ce sont des photos de Jean-Loup Sieff, photographe que j'adore et auquel j'ai pensé juste avant de commencer la rédaction de ce billet, alors je n'ai pu résister à l'envie de partager quelques-unes de ses photos même si ça n'avait aucun rapport. J'adore particulièrement le portrait de Bernadette Laffont en 1959, je le trouve captivant à couper le souffle, mais il y en a tellement d'autres !

lundi 1 décembre 2008

Par petits bouts

Alors que je cherche ce que je vais écrire ici (ça fait quelques jours que j'en ai envie mais je ne sais pas par quel bout commencer), je me rends compte que toutes les idées qui me viennent à l'esprit sont de l'ordre du faire, et rien de l'être. Je remarque ça parce que quand j'essaie de me souvenir de mes billets d'il y a un an ou plus, il me semble qu'ils parlaient beaucoup de l'être.


Après avoir jeté un coup d'œil sur les billets de l'an dernier à cette époque [ et après avoir également fait mille choses imprévues qui m'ont occupée toute la matinée finalement : descendre chercher un café et entendre le proprio, le garde-champêtre et un ami qui papotent en bas avec mon mari, aller leur dire bonjour et mettre la main dans l'engrenage ] après tout ça, donc, j'ai vraiment cette impression, ces jours-ci en tout cas, de m'empêtrer dans le faire.


M'occuper des chevaux : leur donner à manger, au moins le soir et si possible le matin aussi ; aller les caresser tous les uns après les autres pour qu'ils s'habituent à moi, pour assurer le contact, pour vérifier qu'ils vont bien ; en prendre un chaque jour et le panser pour lui faire du bien ; arranger ce que je peux dans la carrière en attendant le tractopelle pour faire les travaux qu'il reste ; arranger la sellerie et trouver une place pour nos selles et nos affaires ; ajuster le licol "éthologique" que je me suis fabriqué sur le cheval auquel il est destiné et commencer à lui faire faire des jeux ; longer une autre jument, qui en aurait bien besoin ; mettre de l'argile sur le dos d'une autre... Et ne jamais être satisfaite parce que je ne fais pas tout ce que je voudrais faire chaque jour, parce que je n'en fais pas assez.


Reprendre le travail : écrire quelques articles qui manquent à mon CV pour qu'il soit intéressant cette année ; finir mon dossier de qualification dans l'autre section où je peux la demander question d'avoir un dossier encore plus complet (oui ça y est, je me suis décidée à la demander, depuis le temps que j'avais la flemme) ; finir aussi la structure générale de mon futur dossier de candidature pour le CNRS et pour les éventuels postes de MCF qui paraitront, peut-être, cette année ; commencer (au moins) à écrire deux articles qui trainent depuis bientôt un an... Et ne jamais être satisfaite parce que je ne fais pas tout ce que je voudrais faire chaque jour, parce que je n'en fais pas assez.


Quant au reste... c'est tout pareil : je m'occupe plus de ma maison que je ne l'ai jamais fait mais ça ne me suffit toujours pas (faut dire, les pluies n'arrangent rien, avec leur lot de flaques de boue et autres fuites un peu partout...) ; je n'ai pas commencé mes cadeaux de Noël (et ma maman m'a soufflé l'autre jour qu'elle attendait toujours que je fasse des cosmétiques comme je l'avais promis l'an dernier, puis abandonné pour cause de "j'y arrive pas je trouve pas ce qu'il me faut j'ai pas le temps et puis je vais être ridicule tout le monde va se moquer de moi") ; je vois bien que le temps passe, je voudrais écrire un petit mot ici par jour et je n'y arrive pas, je voudrais suivre tous les blogs que j'aime mais je n'en trouve plus le temps... Et je ne suis jamais satisfaite parce que je ne fais pas tout ce que je voudrais faire chaque jour, parce que je n'en fais pas assez.


(...)


Tiens, même ce billet, en fait. Je l'ai commencé samedi matin, continué samedi midi, et je n'ai plus trouvé le moyen d'y remettre le nez avant maintenant. Alors oui, en général quand on ne trouve pas le temps de tout faire c'est plutôt positif, ça prouve qu'on s'occupe, mais j'ai sans cesse cette impression de ne pas en faire assez. De ne rien faire, même quand je n'arrête pas. Et tout ce qui se presse dans ma tête, et tout ce à quoi je devrais consacrer du temps mais je ne peux pas tout faire il faut que je choisisse et je ne le fais pas, alors je fais tout à moitié. Je pourrais être contente de varier les plaisirs. Je pourrais savourer mes derniers jours de congé maternité avant la reprise du travail. Mais dès que je choisis une chose, au lieu de la savourer je pense à tout ce que je pourrais faire à la place. Au lieu de bloguer ce matin, j'aurais pu aller donner à manger aux chevaux ; j'aurais pu aller boire un café chez la propriétaire et discuter avec tous ceux qui sont là ce matin ; j'aurais pu prendre mon balai et nettoyer la maison ; j'aurais pu avancer mon dossier de candidature ; j'aurais pu commencer à faire le tri de ce que j'ai pour faire des cosmétiques et faire la liste de ce qu'il me manque (tant qu'il est encore à peu près temps de commander)... mais si j'avais choisi quoi que ce soit d'autre j'aurais regretté de ne pas faire ce billet.


Et les photos ! Ça fait tellement longtemps que je traine mon appareil partout avec moi sans arriver à faire de photo. Je me souviens des images de l'an dernier à Barcelone, j'en avais tellement que je n'ai même pas fini de les mettre en ligne ici, il y en avait tellement que j'aimais !


C'est drôle comme ce séjour à Barcelone est resté pour moi, tout au long de cette année, comme un repère par rapport auquel je comparais ma situation. A Barcelone j'ai passé des jours magnifiques, je me sentais bien, heureuse, très profondément, et je ne me posais pas de question. C'est là que l'on a conçu notre fils qui n'a pas vu le jour. Je me souviens des matins où l'on se levait tôt avec mon mari pour avoir un moment rien qu'à tous les deux, et on allait boire un café à côté du marché qui se mettait doucement en route, on voyait le jour se lever sur la ville et toutes ses couleurs, on savourait le doux froid du matin catalan, on se regardait, on riait, on avait une connivence qui rendait ces moments magiques.


Puis est arrivée une longue période difficile. La grossesse et tous ses chamboulements auxquels je ne m'attendais pas et que je combattais malgré moi au lieu de les laisser s'exprimer ; les concours de recrutement, lassants et tristes ; les derniers mois de travail où je n'y arrivais plus. Comme si j'avais perdu la flamme. Les larmes, les douleurs, les silences et la nostalgie. Je voudrais revenir à un équilibre.


Dire que je me sentais en approcher ces dernières semaines. Je me sentais plutôt bien, équilibrée, en retour vers moi-même. Mais tout ça ne tient qu'à un fil qui s'est à nouveau rompu il y a environ une semaine, je ne sais pas pourquoi. J'ai recommencé à me sentir mal dans ma tête et dans mon corps, à ne voir que le verre vide, ce que je ne fais pas, ce que je fais mal, ce dont je n'ai pas envie. Chaque jour je me dis qu'il ne tient qu'à moi de changer cela mais je n'y arrive pas. Alors je me dis qu'il faut attendre, être patiente, mais j'ai peur que tout ce mal s'installe en moi et s'y mette à l'aise, y reste pour longtemps.


Le faire, donc. Le faire pour ne pas être. Et avoir peur de mes élans, me sentir en échec constant. Le bien comme ridicule compensation à l'illusoire mieux que je m'interdis d'atteindre par des barrières que je dresse moi-même. Ne pas arriver à reconnaître les petits pas, ne pas les apprécier pour ce qu'ils sont et ne voir que des envies gigantesques vouées à l'échec dès le départ. Ce n'est pas nouveau : je crois que j'ai toujours un peu fait comme ça. Qu'il n'y a que dans l'urgence, dans la tension intenable, dans la menace de la rupture soudaine et totale que j'ai réussi à me sortir légèrement de cela à chaque fois. Je voudrais juste être un peu tolérante vis-à-vis de ce que je fais, et puis aussi de ce que je suis, je voudrais juste être un tout petit peu contente de moi parfois.

lundi 27 octobre 2008

326 pages* plus tard

(*) Pour dire qu'après mon commentaire au billet de Mowgli j'ai été vérifier ! Et elle fait plus de pages que dans mon souvenir...


Mowgli a fini de rédiger sa thèse. J'ai appris ça aujourd'hui. Et elle commence à se demander comment c'est, l'après-thèse. Alors ça me remet en tête ces questions que moi aussi je me posais, il y a 2 ans (bigre ! 2 ans déjà).


J'ai cru que j'aurais plusse de temps. Pour moi, pour les autres, pour la maison, pour les balades, les photos, le dessin, les envies, mon mari, la vie quoi. Ben non. Le temps gagné sur les recherches et la rédaction a été totalement réinvesti dans du temps de candidature. Je me rappelle, une semaine pile-poil après ma soutenance je devais rendre mon dossier de qualification, toute première étape d'un parcours (si bien décrit par Pandore) qui me parait aujourd'hui interminable. Le lendemain de cette deadline c'était l'ouverture du concours CNRS : un mois de travail acharné, vacances de fin d'année comprises. Quelques semaines à "souffler" en me demandant bien ce qui allait pouvoir sortir comme postes de maître de conférence, à tester mes chances là où le vent semblait me porter, à sentir comment le vent soufflait, tout en préparant mes auditions pour le CNRS. A peine revenue de celles-ci les postes MCF sont parus : re-dossiers. Puis ce fut la préparation des auditions où j'avais gagné mon ticket. Tout ça pour me retrouver, fin mai, avec rien (y compris dans le portefeuille...). Rien que du temps pour chercher un postdoc de toute urgence...


...Postdoc que j'ai trouvé, et que j'ai passé à écrire des articles jusqu'à fin novembre, puis à refaire des dossiers et re-préparer des auditions (entre deux contractions) jusqu'à fin mai. Tout ça pour rien, à nouveau. Et c'est reparti pour une recherche de postdoc.


L'après-thèse, c'est perdre l'entrain que l'on avait gagné pendant la rédaction, perdre l'étincelle de la recherche, dans les méandres des procédures de candidature. Juste après cette apothéose de la soutenance, ce moment magnifique, on se retrouve à patauger dans les descriptions de travaux passés présents et à venir comme si on y était, d'abord en y croyant à bloc et puis petit à petit tout ça devient de plus en plus abstrait, on se dit qu'on a envie d'écrire qu'on fera n'importe quoi comme recherche du moment qu'ils nous prennent, qu'on acceptera de bosser dans une ambiance pourrie avec des collègues blasés, dans une région inconnue et lointaine, qu'on passera sous toutes les fourches caudines du monde si seulement on nous en donne l'occasion. On s'embourbe avec le temps qui passe.


Cette année je voudrais recommencer mon dossier de candidature à partir de rien, plutôt que de repartir de la même base, qui semble-t-il n'est pas suffisamment séduisante malgré tout le bien qu'on a pu m'en dire (et pourtant c'est pas faute d'en avoir reçu, des félicitations à ce sujet). Le billet de Mowgli tombe à pic parce que c'est justement ce que je m'apprête à faire maintenant, dans le mois qui vient, pour me remettre dans le bain du travail, tout en gagnant du temps pour quand je reprendrai le travail et ne pas avoir à y consacrer tout mon temps d'alors. Et puis ça me permettra de faire le point sur ce que j'ai fait, ce que je sais faire et ce que j'ai envie de proposer. Mais pour l'instant ma volonté s'arrête là... à désirer me refaire un dossier tout neuf. Faire des dizaines de candidatures sans dans le même temps pouvoir faire avancer ses recherches, ses véritables travaux, la raison même pour laquelle on fait tous ces dossiers, c'est sacrément usant.

lundi 13 octobre 2008

Bazar du lundi matin

Quelques gouttes de pluie ce matin. Le ciel est bas et gris, quelques oiseaux osent chanter, réfugiés sur le toît pendant que les chasseurs tirent en bas dans les bosquets. Casquettes orange vif que l'on voit pointer entre les branches à intervalles réguliers, grelots et cloches des chiens : ça n'a que peu à voir avec les chasseurs qui cherchent à se cacher pour ne pas être vus du gibier, et se fondent dans la nature pour s'inscrire dans un certain équilibre.


Mon mari est tombé malade à peine quelques heures après m'avoir dit entre ses dents, en rentrant du travail, qu'il était en colère contre le monde entier, parce que le monde entier avait des enfants et pas nous. Puis la fièvre est arrivée et l'a fait pleurer pendant presque toute la semaine. Ma sage-femme m'avait expliqué une fois que la composition des larmes n'était pas la même quand on pleure pour se débarrasser d'une poussière p.ex., et quand on pleure de chagrin ou de douleur : j'aurais été curieuse de savoir quelle était la composition de ses larmes cette fois-ci.


Moi, pendant ce temps, j'ai voulu être "forte" pour l'aider à tenir le coup, être vigoureuse et joyeuse et énergique pour deux. Mes efforts m'ont conduite à un mal de gorge cuisant, qui a disparu quelques heures après avoir pu pleurer tout mon saoul dans ses bras en lui disant tout ce qui se bloquait dans ma tête.


Et il y en a, des choses coincées là-dedans. Quelques jours après l'accouchement je disais déjà que je voyais qu'il y avait une partie de moi que j'avais enfermée et rien que d'y penser j'en avais un vertige fou. J'en ai déjà parlé un peu ici : j'arrive à faire des projets à moyen ou long terme, mais rien pour le présent, et surtout rien pour moi-même. Enfin, je me rends bien compte que c'est faux puisque je m'en sors, et plutôt pas trop mal pour le moment. Mais quand la peine me saisit... je ne vois plus rien clairement. Je me mets à porter un regard qui trouble tout ce que j'aperçois, le travail que je n'ai aucune envie de reprendre, l'aménagement de la maison que l'on n'arrive pas à faire avancer aussi vite que l'on voudrait, les chevaux dont je voudrais m'occuper plus mais je n'y arrive pas, cette peur qui me tenaille de perdre encore quelqu'un, le vide que mon enfant ma laisse. Il m'arrive à certains brefs instants de me surprendre à penser que tout cela n'est qu'un mauvais rêve et que mon fils est là, qu'il va arriver, qu'il est vivant, que c'est juste un moment d'angoisse qui suit tous ces longs mois de questionnements, de chambardements.


Mais non. Mon fils est mort et il pleut ce matin. Notre maison est devenue une habitation pour deux personnes. Je suis en congé et je devrais en profiter pour préparer un nouveau dossier de candidature pour cette année, parce que j'ai décidé de tout refaire à partir de ce que j'ai appris ces deux dernières années, de ce qui a fonctionné, et ce qui a juste fait bonne impression mais sans m'ouvrir de portes. Que si j'attends de reprendre le travail pour le faire, je n'aurai pas le temps de faire ça et de la recherche en même temps, et que ça fait trop longtemps que je n'ai pas fait de recherche intensive, qu'avant ça me plaisait, que l'envie devrait revenir avec la pratique, avec l'approche d'une solution à un problème, avec la sensation d'aller dans la bonne voie, avec la hâte fébrile de voir les résultats d'un test, avec les réponses que l'on voit apparaître des erreurs que l'on trouve.


Oui, j'en parle bien ;-) mais tout ça n'est que de la théorie. Dans la pratique, la première chose que je devrais faire c'est de me chercher un job pour quand j'aurai fini mon postdoc, ce qui va arriver assez vite, et pour cela je n'ai aucune énergie qui me vient.


Et puis dans l'immédiat, mon énergie va se concentrer sur le ménage de la maison qui est devenue un véritable champ de bataille depuis les pluies diluviennes de la semaine dernière... vivement que l'on ait pu planter le gazon.


A part ça, profitant d'un stand qu'ils avaient installé à la fête de la courge, ce week-end j'ai enfin adhéré à Kokopelli (y'a aussi leur futur site, en cours de construction, ). Ça a été une rudement bonne occasion et j'en suis très contente. Et de les rencontrer, en chair en os (...et en sachets de semences !), ça a été une très chouette rencontre.


mardi 1 avril 2008

Des news

Pour la première fois depuis des semaines, il fait beau, il fait chaud, et il n'y a pas de vent. Et pour la première fois depuis des semaines, j'ai une journée de repos.


Les plantes fleurissent, les feuilles se forment sur les arbres, les clairières et les bordures reverdissent. Les tiquent commencent à se pointer aussi... c'est ce que je déteste le plus en cette saison.


Mon ventre commence à s'arrondir sacrément. La semaine dernière j'ai fini par être réellement obligée de prendre une demi-heure entre midi et deux pour aller m'acheter deux pantalons à coupe spéciale "future maman" parce que je rentrais vraiment plus dans un seul de mes pantalons, et aucune ceinture ne voulait faire le tour de mon nouveau bidon pour les retenir...


J'ai pris une dizaine de kilos déjà. Dans les 3 premiers mois ?!?? Oui. Je les appelle "mes" kilos, parce que ce n'est évidemment pas du ventre que j'ai pris, c'est de tout le corps, et je les ai vus comme une constitution de réserves pour assurer le confort du p'tit lardon, et le mien aussi (vive la lutte nutritive anti-nausées... ça marche !). La plupart des gens qui me côtoient tombent des nues quand je leur annonce ces 10 kilos, qui passent presque inaperçus une fois mis à l'échelle de ma grande taille.


Et là mon corps commence réellement à changer de forme, avec ce bidon qui apparaît. Ça, ça fait tout bizarre. Je le vois qui bouge quand je marche, je le vois qui me cache la vue que j'ai du sol habituellement, je le sens quand je me blottis contre mon mari, il est déjà omniprésent. Je suis contente qu'il soit là parce que je sais ce qu'il y a dedans, mais je pense que je ne serai pas mécontente une fois que j'aurai récupéré mes formes rien qu'à moi ! (quoi que je garderais volontiers la poitrine, si on peut choisir... ;-))


Samedi, pour la toute première fois depuis que l'on a quitté la ville (ça fait houlà dans les 8 ans), on a reçu une visite surprise d'amis. Qu'est-ce que c'était bien ! Ça m'a énormément touchée. J'espère que ça se reproduira. Et j'espère aussi que les prochaines fois, je ne serai pas en plein en train de boucler mes dossiers de candidature juste à ce moment-là... ça m'aidera à être plus présente, plus consacrée à mes amis, à profiter plusse de leur présence comme d'un précieux cadeau offert juste pour le plaisir.

samedi 2 février 2008

Un grand jour (enfin, ça dépend de quel point de vue on se place)

Depuis septembre ça me pendait au nez. J'ai retardé l'échéance autant que j'ai pu. J'ai un peu fait la morte, laissé passer du temps entre les demandes, les rappels et mes réponses, espéré très fort qu'ils finissent par m'oublier. J'ai longtemps argué de besoin encore un peu, encore un peu. J'avais plutôt mauvaise conscience de faire ça, parce que ça n'est pas très fair play, mais vous savez, je suis une petite fille gâtée parfois...


...et ce soir ça y est, je rends mon portable à mon ancien labo.


Et le seul ordi vraiment utilisable qui restera, ça sera celui de mon mari (celui dont il se sert, s'entend - et dont il a besoin de se servir). Mais non je ne me plains pas ! C'est juste que ça ne va pas être si simple que ça, finalement. Même si je ne regrette pas du tout mon choix d'avoir demandé un fixe et non un portable pour le labo : ça, j'en suis très contente. Simplement, là il va vraiment falloir que je me réorganise. Remarquez, ça va m'y obliger une bonne fois, je n'aurai plus le choix. Donc bon, voilà. Adieu portable, adieu journées à bosser allongée sur le canapé coupée du web pour finir un article. Adieu préparation de diaporamas in extremis dans le train le jour même de la réunion, de la deadline. Adieu trackpad à l'ergonomie tellement plus parfaite que la meilleure des souris. Adieu connection personnelle à internet sans souci depuis n'importe quelle conférence.


Bah, sans doute que tout ça ne me manquera même pas plus que ça ! C'est pas comme si c'était important. C'est juste un ensemble de petits conforts auxquels on a vite fait de s'habituer.

samedi 22 décembre 2007

Ça avance... mais sans contentement

Fini mon rapport d'activité, commencé mon projet de recherche... qui est tout de même pas mal avancé, mais se présente (sous sa forme montrable aux autres) sous forme de plan un peu développé pour l'instant. Il faut que j'envoie ça aux personnes à qui je veux demander une lettre de recommandation.


Je me mets à culpabiliser parce que j'aurais dû faire procéder autrement, leur envoyer mon rapport et mon cv dès que j'avais fini ça, plus tôt, et compléter avec mon projet maintenant. Ç'aurait été mieux. Mais je n'y ai pas pensé. Alors voilà. Et les vacances au milieu... c'est pas pratique. Vraiment. Le calendrier du CNRS est mal fait cette année. On serait presque tenté de penser que c'est fait exprès.


Et ce projet, je voudrais tellement qu'il soit génialement présenté que le fait de penser à cette contrainte me bloque. Il faut que j'arrive à le monter sans avoir ça à l'esprit, mais c'est très difficile.


Allez hop, c'est les vacances. J'ai vraiment beaucoup bossé cette semaine et je suis vidée intellectuellement.

lundi 17 décembre 2007

Chargée (idéalement, de recherche)

Encore sur le thème de l'emploi du temps - qui manque cruellement.


Semaine bien (trop) remplie dès le départ, dans un ordre qui n'est pas idéal mais je n'ai guère le choix, et puis week-end à fabriquer les cadeaux, ensuite Noël puis départ en vacances pour le jour de l'an, retour, et une dernière grosse semaine de travail avant l'envoi du dossier.


Ça devrait le faire. Ça va le faire. Ça sera comme ça. J'espère juste que je ne suis pas déjà trop écœurée pour faire ça avec tout ce que je peux y donner.

samedi 15 décembre 2007

Une pression s'il vous plaît (pour changer)

Ne pas craquer. Ne pas sombrer. S'organiser.


Toutes les choses importantes arrivent toujours en même temps, mais c'est parce qu'il arrive toujours plein de choses importantes, tout le temps. Ne pas le perdre de vue. Et ne pas se perdre de vue là-dedans.


S'organiser.


Le postdoc qu'il faut avancer, pour de vrai, et vite, d'ici à Noël. Et puis parce qu'il va me falloir une lettre de recommandation de mon chef, et qu'il lui faut de la matière pour savoir quoi y dire.


Des publis à faire. Et des bonnes, en revue. J'en ai envoyé une déjà, mais ce n'est pas du tout suffisant, pour bien faire il m'en faudrait une seconde dans une autre revue à publication rapide (en croisant les doigts pour avoir une réponse avant le mois de mars), et une autre dans une super grande revue à publication plus longue (dont je n'aurai pas la réponse avant perpette, mais ça serait super la classe). Le tout avant le 8 janvier.


Et le concours CNRS qui a ouvert. 4 postes de CR2 en section 34, 2 en section 45, ça fait un de plus dans chaque section par rapport à l'an dernier. Statistiquement, mes chances augmentent donc d'une manière non-négligeable ;-) Et ça veut dire refaire mon dossier, mieux que l'an dernier. M'y replonger à fond pour faire truc encore mieux, mettre mon rapport d'activité à jour intelligemment pour y faire entrer mon postdoc de manière cohérente et constructive, faire un nouveau projet de recherche, mieux que le précédent, un truc qui épatera tout le monde, un truc génial, révolutionnaire, passionnant, intéressant à tous points de vue.



L'an dernier, rien que l'établissement du dossier m'avait pris le mois entier. Cette année j'ai le reste à faire aussi en parallèle... et je pars en vacances pour le jour de l'an, donc il y aura ça de moins dans le temps possible de travail. Certes je n'ai pas à le refaire à partir de rien (ou de pas grand-chose), mais tout de même, il faut que je le relise intégralement, que je corrige tout ce que je peux, que j'ajoute des infos, que je le repense intégralement. Et que je ponde un projet au plus vite pour pouvoir l'envoyer à ceux à qui je vais demander des lettres de recommandation. Sauf que le projet... c'est long à faire ! Et qu'il me faudrait mon rapport d'activité aussi, pour ces demandes.


Tout est à faire en même temps, tout est urgent, et chaque chose dépend de tout le reste. J'aurais pu le prévoir et m'y mettre plus tôt. Mais plus tôt, j'avais d'autres choses urgentes qui me prenaient tout mon temps, et dont chacune dépendait de toutes les autres...


Et hier soir, mon mari me dit que la thèse déforme les gens parce qu'elle leur fait croire que travailler au moins 10h par jour 7 jours sur 7 c'est la moyenne normale... je lui ai répondu que dans l'absolu il avait raison mais que dans cette situation précise, on n'a pas le choix. Et je ne me fais plus guère d'illusion sur un hypothétique moment futur où toute cette pression se calmera.


Par contre il faut absolument que je me fasse un calendrier pour ne pas me retrouver subitement noyée sous la terreur de ne pas m'en sortir, sous les événements qui s'enchaînent et ne m'attendent pas.

dimanche 9 décembre 2007

Big bazaar d'un dimanche pluvieux

Il pleut. Des cordes. Ça faisait longtemps qu'on attendait ça... mais aujourd'hui ça tombe mal : on avait des choses urgentes à faire dehors. Bah, c'est la vie. En tout cas c'est joli, ça sent bon, ça donne envie d'aller se balader...


...mais point de balade au programme du jour : il faut d'abord que je termine mon fameux article, que je n'ai pas encore fini parce qu'on a eu un report de deadline sur lequel j'ai sauté. Donc, demain dernier délai, et c'est encore un gigantestque fouillis, il faut que je m'en occupe aujourd'hui. Ah, les week-ends à travailler !


Et puis hier on a acheté des petites boîtes pour faire les cadeaux de noël. J'avais les bouteilles, j'avais les ingrédients, mais il me manquait des boîtes. Et c'est une galère totale d'en trouver des suffisamment petites, en inox ou en verre. J'ai tenté les magasins de bricolage, les quincailleries diverses et variées, les magasins de décoration de maison, les parfumeries, les "tout-à-1€" divers, les magasins de fournitures de loisirs créatifs... en vain : pas moyen de trouver mon bonheur (faut dire, j'avais une idée relativement précise de ce que je voulais). Alors finalement je me suis rabattue sur des petites boîtes en carton, d'une bonne dimension au moins (parce que c'était pas gagné), que je vais peindre puis vernir, en espérant que ça fonctionne. Par contre, pas moyen de trouver des petits sprays vides - et, accessoirement, jolis. On m'a conseillé un vendeur suédois bien connu de meubles à monter soi-même, et c'est sans doute vrai que j'y aurais trouvé sans peine tout ce que je cherchais, mais je ne veux plus y aller depuis qu'ils ont décidé de planter leur hangar commercial sur une zone protégée des bords de l'étang de Berre où l'on trouve l'une des plus grandes diversités d'orchidées sauvages. Quelle galère, surtout quand je passais devant les vitrines des parfumeries et que je voyais tous ces petits pots qui me narguaient, juste de la bonne taille et jolis comme tout, mais... pleins !


On a aussi acheté (un petit plaisir !) le dernier John Scofield, This meet that, qui est pas mal du tout (avec une reprise des portes du pénitencier, entre autres...).



Bon, c'est pas tout ça...

mercredi 28 novembre 2007

L'angoisse du chercheur au moment de la rédaction de l'article

Ecrire... écrire un article pour une revue, sur mes recherches personnelles, d'ici à la fin de la semaine. Ne pas râter l'occasion, cette fois, c'est important. J'ai eu du mal à me fixer sur un sujet, puis j'ai trouvé après pas mal d'essais/échecs (assez cuisants), et depuis j'essaie. J'essaie.


Comment introduire le thème ? Comment en venir au fait ? Par quoi commencer la rédaction ? Sous quelle forme m'y mettre, papier ou ordi ? Comment arriver à me concentrer vraiment comme il faut ? Comment me motiver pour écrire alors que personne n'est plus responsable de moi, que je n'ai plus mon directeur pour me faire un sourire pétillant de fierté quand je lui annonce que j'ai été retenue, fier mais faisant mine de rien, cachant sa satisfaction comme si ça n'était que normal, que j'avais eu intérêt à ce que ça marche. Comment ne pas tomber dans mon éternel travers de me dégonfler parce que finalement c'est pas si bien que ça ? Comment penser que c'est une bonne idée que je tiens, que je n'ai qu'à l'exposer clairement, simplement et que tout ira bien ? Comment me remettre à écrire sans retomber dans ces phrases que j'ai tant et tant énoncées toutes ces années ?


Comment relancer une bonne fois mes recherches personnelles ?


C'est ce que j'ai intérêt à trouver dans la journée. C'est urgent. Dont acte. Je lance TexShop et c'est parti, pas de répît tant que je n'aurai pas sérieusement avancé.

mercredi 21 novembre 2007

Tomber le masque

Comme toujours, quand on va au travail, en enfile le costume de notre personnage professionel (ou alors aussi). On est habituée à ce costume, on l'a soigneusement taillé à la mesure de notre caractère, enfin... de ce que l'on accepte d'en montrer, et puis aussi à la mesure du travail que l'on fait, de nos collègues, du fonctionnement des lieux, de la place que l'on est censée occuper. Tout se met proprement en place, tout adhère parfaitement et on est tellement rodée à l'exercice que l'on ne se rend même plus compte que l'on porte un costume. Tout va bien, c'est la situation normale d'une journée de travail, tout est en place.


Et puis un jour, on parle avec un de nos collègues de travail (il est aussi) et brusquement, on se voit, là, toute ridicule avec notre costume qui n'est pas du tout adapté à la situation. On se rend compte que ce n'est pas à notre personnage qu'il parle, mais à nous, bien cachée là tout en-dessous. On réalise que si l'on lui parle de dedans notre armure, on perd quelque chose, on perd la rencontre. Alors on se retrouve toute conne avec notre masque à la main, que l'on essaie tant bien que mal de remettre quand on parle aux autres, on se demande pourquoi c'est si lourd, pourquoi on fait ça, pourquoi ça ne marche pas à tous les coups, et qu'est-ce qu'il a celui-là d'abord à ne pas être dupe comme les autres, à ne pas accepter ça, et puis pourquoi est-ce qu'il va voir directement sous l'armure, comment il fait, on est pourtant si bien cachée.


Ça m'est déjà arrivé, plusieurs fois, de devenir amie avec des collègues de travail. Peu à peu ils ont appris à me connaître sans mon armure professionnelle ; mais elle ne les dérange pas et je peux la porter devant eux, ça fonctionne. Là c'est très différent : mon costume me gêne quand je parle avec lui. Tout ce que j'ai appris à paraître pour protéger mes façons intimes, mes élans naturels, tombe irrémédiablement à l'eau ; le seul truc qui marche c'est d'être complètement spontanée. C'est à la fois très surprenant et tellement agréable, je n'imaginais pas que c'était possible.

vendredi 16 novembre 2007

Chaipu

Choc émotionnel hier. Une amie de mon nouveau labo (mais que je connaissais d'avant parce qu'elle faisait sa thèse en co-direction avec mon directeur) soutenait sa thèse. Autre labo, autres traditions pour la fête de soutenance. Ses collègues lui avaient préparé non seulement des cadeaux (ça, je connaissais déjà), mais aussi un diaporama-souvenir, une vidéo de la part de jeunes docteurs expats qui ne pouvaient être présents, un déguisement et un petit happening. Toute la journée, j'ai bien vu que j'étais presque aussi stressée que le jour de ma propre soutenance, mais c'est au moment du diaporama que j'ai été le plus bouleversée.


Je voyais les images qui défilaient, chronique photographique de meilleurs et de pires moments, et puis je riais, à gorge déployée, comme tout le monde, il y avait de quoi. Mais il y avait en même temps un bout de moi que je voyais en transparence là-dedans, un bout de moi il y a un an, le jour qui mettait un point final à ces années de thèse qui sont un moment tellement important, tellement à part, tellement cher. Hier soir je pensais surtout au fait que ça rappelait à quel point moi aussi j'avais pu m'investir dans la vie du labo à ce moment-là, et à quel point je ne le faisais plus aujourd'hui malgré ce que je pouvais en penser, pas par envie mais plutôt par blessure, et puis par volonté de sauvegarde aussi parce que tout cela me prenait tout mon temps au détriment de tout le reste comme j'en ai tant et tant parlé ici déjà.


Ce matin je vis ça comme un deuil. Je me souviens que mon directeur me disait souvent de profiter de ma thèse parce que quoi qu'il puisse en être ça resterait toujours le meilleur moment de ma carrière. Depuis que j'ai commencé mon postdoc je pensais qu'il se trompait parce que faire un postdoc c'est un peu la même chose mais en mieux puisqu'on n'a pas la pression du diplôme à la clé. Mais là, hier soir, j'ai compris ce qu'il voulait dire, à ma façon, je crois. J'ai compris à quel point ça devient différent quand on n'est plus doctorant. A quel point on change de point de vue sur ce que l'on fait, sur comment on doit le faire à la fois pour se faire plaisir mais aussi pour se préserver de cette machine qui attend de nous dévorer au premier faux pas. Je sais, ce matin, que cet investissement aveugle, naïf, absolument intégral dans quelque chose est fini pour moi. Je me suis rappelé que c'est arrivé, et que ça n'est plus. Je l'avais oublié.


Ça s'est mis à me manquer comme une part de soi que l'on retrouve brusquement et dont on se demande comment on a fait pour vivre sans pendant tout ce temps et que l'on comprend mieux pourquoi l'on se sentait incomplet. Sauf que ça ne reviendra plus, cette fois, et que c'est cela qui est normal -- ou tout au moins, qui ne peut être autrement. Tout à coup je ne me voyais plus comme une postdocteure comblée mais comme une ancienne thésarde ayant perdu sa flamme. Comme une âme blessée de la recherche, errant vainement dans une vie qui n'est plus et ne peut plus être, perdue entre deux eaux, hantant ma propre vie.


Cette soutenance m'a ouvert les yeux sur un deuil que j'ai à faire, et dont je n'étais pas consciente. Au-delà de tous les petites détails que je voyais il y a ça, aussi, surtout et avant tout. Je ne veux pas devenir amère, et c'est pourtant peut-être le chemin que j'ai pris jusque là. Peut-être que ça explique plein de choses, peut-être pas. Mais les larmes que je versais hier, me cachant par honte, par terreur de n'être pas comprise (étrange tout de même, alors que j'étais entourée de thésards et de docteurs - mais bon, il y a des émotions que l'on craint de dévoiler, parce que l'on ignore profondément si ces émotions sont universelles ou non), ont eu une importance capitale, on marqué quelque chose, ont ouvert une porte.


- - - - - - -


Sinon, il a neigé hier sur toute une partie des Bouches du Rhône et du Var et la Sainte Victoire est encore un peu blanche, mais tout juste comme l'hiver dernier, et je n'ai même pas envie d'en faire une photo. Il faudra que j'en reparle de ça aussi, de ma difficulté ces jours-ci à faire des photos (pas à en prendre, à en faire).

mercredi 7 novembre 2007

Le grand déménagement

Aujourd'hui j'ai enfin fait une chose que j'étais censée faire depuis un mois, et même depuis presque un an en fait, mais pour laquelle j'avais jusqu'ici toujours trouvé des excuses. Je vais vider mon bureau de mon ancien labo, ramener mes derniers bouquins à la bibliothèque, et rendre ma clé.



Ça fait tout bizarre. J'ai fait toutes mes études dans la même fac, pendant 8 ans elle a représenté mon lieu de travail. Je l'ai apprivoisée progressivement, elle est tellement grande. Il y a des endroits que je n'ai découverts que les dernières années, et que je crois que je n'en connais pas encore tous les recoins ! Je me souviens que j'avais mis du temps à me repérer dans le bâtiment. Et puis, au bout de quelques années, quand je commençais à m'y faire, ils ont changé la numérotation des salles : tout était à recommencer.


Il y avait les préfabriqués loin en-dessous du site de la fac, après l'IUT, où l'on donnait des cours aux DEUG, qui aujourd'hui ont été enfin supprimés... et remplacés par de magnifiques choses tout en béton rose foncé. Les préfa' étaient constitués de très grandes salles sous-employées, pas chauffées, à peine isolées ; on y a appris à écrire avec des gants. Dès qu'il y avait un rayon de soleil on était installés plus confortablement dehors qu'à l'intérieur.


Il y avait les grands amphis avec des balcons, auxquels on accédait en montant au deuxième étage, qu'est-ce que j'étais contente le jour où j'ai réussi à trouver ça ! La première année, on y fumait : c'était interdit, mais toléré de fait. Les vitres de la fac étaient vieilles, certaines étaient cassées et menaçaient de tomber, guillotinant au passage quelques innocents étudiants. Un jour ils les ont toutes changées pour des choses en PVC anti-suicide ; certaines ne peuvent pas être ouvertes et donc, elle ne sont jamais lavées à l'extérieur, faute de pouvoir les atteindre. Et un autre jour, ils ont condamné les balcons pour en faire des salles autonomes : signe de la baisse des effectifs universitaires.


Il y avait la cafète, zone fumeur aussi, avec quelques tables hautes et rondes, où les places assises étaient encore plus chères qu'à présent, et puis tout le mur du fond était rempli de distributeurs surmontés par des télés qui passaient MTV. Aujourd'hui elle a toute été refaite, toute propre, non fumeur. Elle a même été refaite deux fois depuis que j'y suis.


La BU aussi a été refaite. Avant elle ressemblait à un hall de gare, toute sombre, aujourd'hui elle ressemble à un aéroport, toute claire mais toujours aussi peu accueillante. Je n'y suis entrée qu'une fois depuis qu'elle a changé.


L'amphi principal, jusqu'à il y a quelques années, était également d'époque. tables et fauteuils arrachés, néons rares, volets branlants, revêtements muraux à pleurer de tristesse. Mais les sièges étaient profonds et confortables ; petits certes, mais confortables. Tout cela a été changé en un amphi tout neuf aux couleurs pastels et aux chaises contraplaquées. Même là, le balcon a été fermé, réservé aujourd'hui aux cours de danse et aux expositions du personnel.


Il y a eu les grèves. Les AG, molles pendant toutes ces années, éternellement organisées par les mêmes étudiants, que l'on y voit toujours d'ailleurs..., et puis le brusque réveil de la conscience étudiante il y a deux ans. Aujourd'hui, pendant que j'y étais, 1300 étudiants ont décortiqué point par point la loi LRU tant décriée, puis proposé des actions et voté le blocage.


Il y a eu les cours séchés, les révisions de groupe organisées, tant et tant de copies d'examens, dont certaines perdues par les enseignants d'ailleurs, les fiches d'inscription aux unités d'enseignement qui se sont aussi appelées modules et autre chose, je ne me souviens plus, les plaquettes vendues dans les secrétariats pour une somme modique et à partir desquelles on devait constituer nos emplois du temps comme des cartes au trésor à coller bout à bout à partir d'indices savamment dispersés.


Il y a eu les cours que j'ai tant aimés. Quelques-uns que j'ai moins appréciés aussi, mais c'était assez rare finalement, et c'était plusse dû à un manque de connivence avec l'enseignant-e qu'à un manque d'intérêt pour le cours lui-même. Il y a eu la longue liste d'exemples de thématiques possibles de mémoires, à la fin de la licence, dont 80% me donnaient envie, mais il y a eu aussi la rencontre avec la syntaxe, dès la toute première année, et dont la passion ne m'a plus jamais quittée depuis.


Il y a eu les projections d'oeuvres dans les amphis noirs en cours d'histoire de l'art, les cours d'ethnologie le samedi matin où il fallait être sacrément motivé pour se lever, mes tous premiers cours d'informatique où j'ai découvert internet et puis tout le reste, les pièces de théâtre le soir, dont l'une de mes premières claques artistiques (on appelait ça "l'effet steack" : on était saisi tel le steack jeté dans la poêle chaude) avec une représentation de Visages d'Hubert Colas (j'espère que je ne dis pas de bêtise !) par une compagnie invitée dont j'ai oublié le nom, il y a peut-être 10 ans, et puis tout le reste, tout le reste, tout le reste.



Progressivement ce lieu est devenu mon lieu de travail, dans un autre sens. Je me suis mise à enseigner très tôt, et de plus en plus, et puis j'ai commencé à avoir un premier bureau (le meuble, pas la pièce !) de tous les jours, puis un autre, plus définitif, plus officiel. Mes enseignants sont devenus collègues, des visages inconnus mais tant croisés dans les couloirs sont devenus connaissances et même certains, amis. Des lieux jusqu'ici ignorés, les laboratoires, se sont ouverts à moi, et tout leur monde avec. J'ai appris un travail, plusieurs même à la fois, tant il faut de cordes à son arc pour être bien paré dans ce milieu.


J'ai appris les querelles de pouvoir aussi, les tensions internes, les légendes et puis les cadavres historiques cachés dans les placards (dont une fameuse histoire qui avait fait les grands titres à l'époque et dont un film a été tiré), et que les personnels actuels trainent encore docilement comme les dignes porteurs des casseroles de leurs aînés, rajoutant les leurs à l'occasion. J'ai appris pourquoi certain-e-s ne m'aimaient pas et que ça n'était pas dû à moi-même, mais à mon domaine, à mes directeurs, à mes idées, à cette vision du travail qui est d'année en année devenue la mienne.


Par là j'ai aussi appris à connaître l'extérieur : d'autres facs, d'autres personnes, d'autres modes d'enseignement et de recherche, d'autres conceptions du travail, d'autres idées directrices, d'autres éthiques, d'autres tensions interpersonnelles. Je n'ai rien trouvé d'aussi bien que ma fac.


J'en ai sans doute pris le pli. Ce vieux bâtiment post-soixante-huitard s'est inscrit en moi, à moitié écroulé, qui devrait depuis une dizaine d'années être fermé faute d'être aux normes de sécurité, avec tous ces recoins incroyables, ses morceaux de façade qui tombent usés par la rouille et ses filets qui tentent d'en limiter les dégâts potentiels et forment collection de chaises et autres objets du quotidien universitaire dont on se demande comment ils ont pu finir leur course à cet endroit, avec son fonctionnement de grosse machine aux dimensions qui n'ont plus rien d'humain, ses défauts et ses qualités, ses personnels tantôt merveilleux, tantôt insupportables mais c'est toujours tout un poème. Bientôt mon laboratoire disparaîtra lui aussi. Il est déménagé, on a besoin de la place, il part dans le centre-ville, pour des vieux bâtiments refaits à neuf (avec les moyens du bord... c'est-à-dire des bouts de ficelle et une infinité de temps et de dévotion de la part de ceux chargés d'attribuer ces quelques bouts de ficelle aux diverses priorités en jonglant entre contraintes légales et nécessités humaines).



J'ai rangé mes affaire dans 5 cartons, 4 que j'ai pris, 1 que j'ai laissé, rempli des copies de mes étudiants. Elles seront plus utiles là-bas que chez moi. J'ai ramené ma clé à la secrétaire, blagué sur le fait que ça n'est pas facile de se résoudre à le faire et que l'on a tendance à vouloir la conserver comme souvenir toujours, comme talisman parfois. Que peut-être on me la rendra bientôt - ponctué d'un clin d'oeil. J'ai été boire un café à la cafétéria des personnels sous les arbres du patio, en discutant de la réforme et en reaisant le monde de l'éthique universitaire avec un ami. On m'a demandé si je restais déjeuner : j'ai répondu oui, on a été dans notre cantine, le snack d'à côté. J'ai parcouru le couloir du 4e étage pour la dernière fois, rencontré encore quelques personnes, suis retournée boire un café avec elle, parlé beaucoup, déjà 15h. Suis retournée au parking récupérer ma voiture. J'ai quitté la fac qui m'a vue naître, vivre et grandir à ma vie d'adulte. J'ai quitté le laboratoire où j'ai tout appris. J'ai refermé une dernière fois toutes les portes, dit au revoir une dernière fois à tous les gens. Et je suis partie.


Demain, j'emmène tout ça dans mon nouveau labo. En sachant que je n'y resterai pas aussi longtemps cette fois, mais je m'y sentirai plus chez moi, même si ce n'est que pour un an, c'est mon nouveau labo, le mien à part entière.

mercredi 24 octobre 2007

La nuque

Dimanche après-midi, un peu de lecture avec ma mère : quelques pages de Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi de Michel Odoul.



Après avoir passé les diverses douleurs récurrentes de ma mère, après avoir bien ri sur les curieuses coïncidences et la façon dont ce que je lisais était parlant, révélateur, évident même, on est passées à mes douleurs à moi. J'ai cherché la nuque. La nuque, c'est quand on a envie de faire quelque chose mais que l'on ne passe pas à l'acte, parce que l'on ne s'en sent pas capable.


Tiens donc.



Moins drôle mais très révélateur, j'ai commencé à avoir mal à la nuque une fois mon audition à Bordeaux passée. Celle où j'ai échoué contre toute attente, celle où tout le monde me voyait gagnante haut la main. Celle où je ne suis pas censée être responsable de ce qui s'est passé, celle où je devrais en vouloir aux autres, à l'extérieur (et avoir mal aux épaules, avoir des manifestations cutanées sur plexus solaire ou que sais-je). Ben non, j'ai mal à la nuque, ce qui veut dire que je m'en sens responsable. Alors ça.



Et puis le passage sur le torticolis, qui dit que l'on se refuse de dire non. Exactement ça.


Par contre j'ai beaucoup moins mal à la nuque depuis quelques semaines. Depuis que j'ai recommencé à travailler ? Apparemment.

jeudi 11 octobre 2007

A quoi ça avance de rattraper son retard ?

Le titre est un commentaire d'Yves adressé à mon billet "le lapin blanc". Et puis, ça me rappelle ce que je me dis depuis quelques jours.


Je n'ai plus qu'un chargeur pour mon portable (l'autre étant resté dans mon bureau de Bordeaux, parce que je pensais y revenir... hum hum), et j'ai décidé de le laisser à mon bureau plutôt que de le transporter tous les jours à la maison (sauf le week-end, tout de même, on ne sait jamais). Ceci, tant que je n'aurai pas reçu mon nouveau fixe de travail et rendu mon portable actuel.


J'ai un peu de mal à me lever le matin quand le réveil sonne toujours trop tôt, mais une fois levée je me sens emplie d'une joie, d'une énergie dont j'avais complètement oublié l'existence. Quitter la maison dans la nuit, attendre le bus dans la rue qui s'éveille, voir le jour qui se lève sur le paysage, arriver la première dans le labo tout sombre, ouvrir les stores et travailler dans le silence avant l'arrivée des autres, regarder le soleil se lever en face de moi... mes matinées de travail sont pleines de plaisirs. La suite de la journée aussi, aller déjeuner avec des collègues, rire aux blagues des gens qui passent dans la couloir, faire connaissance, prendre mes marques dans cette zone "agri-scientifique" en pleine expansion, boire des cafés au soleil avec plein de gens, parler de travail sous un angle que je connaissais pas, parler d'écologie comme on parlerait du temps qu'il fait sans passer pour une sauvage, une dérangée, une pauvr petite utopiste. Aller nager entre midi et deux. Profiter des derniers rayons du soleil dans le bus du soir. Tout ça est un délice.


Et c'est communicatif au reste de mon quotidien ; le soir quand je rentre, je suis fatiguée mais j'ai tout de même des envies de faire des choses. Je prends soin de moi, ce qui est quelque chose que j'avais complètement oublié. Je me suis concocté un délicieux petit soin du soir pour le corps, et un liquide de rinçage pour avoir les cheveux qui brillent. J'arrive à faire des choses le soir que je n'arrivais même plus à faire quand j'avais toute la journée devant moi.


Et puis, quand je rentre du travail, je raconte quelques moments drôles de ma journée, mais je ne travaille plus, mes idées scientifiques ne tournent plus en continu dans ma tête jour et nuit. Et ça c'est très, très nouveau pour moi.


Alors non, je n'ai plus le temps de lire tous mes blogs favoris. Ça me manque, parce que j'aime vous lire, tous. Mais j'aime aussi ma vie d'aujourd'hui, ma nouvelle vie qui commence, et je ne vois pas où je pourrais caser une lecture de blogs suffisamment intensive dans celle-ci, telle qu'elle est actuellement. Je n'arrive même plus à écrire des billets régulièrement ; j'y pense parfois, par exemple j'en ai un en tête depuis hier soir, mais je n'ai même pas envie de l'écrire ce soir, je verrai plus tard, peut-être demain, je ne travaille pas demain.


Je sais que ça fait plusieurs billets où je dis cela. Oui mais, ce soir en pensant à ça dans le bus, je me suis dit qu'en fait, ça me manquait oui, mais pas au point d'avoir envie de le refaire. Je n'ai pas envie d'arrêter ce blog, mais je crois que mon nouveau rythme, lent, irrégulier, me convient. Le fait de moins bloguer ne me pose pas de problème, parce que ça n'a plus la même place dans mon nouveau contexte. Alors tout simplement, aujourd'hui, j'annonce que j'assume le fait que je vais moins poster, et que je ne lirai plus tous les billets de tous mes blogs favoris ; je ne rattraperai sans doute même pas mon retard, parce que je ne me sentirais pas plus avancée une fois que je l'aurais fait. Je ne sais pas si ça durera comme ça longtemps, je ne sais pas du tout quelle sera ma fréquence moyenne de publication, et je n'ai même pas envie d'y penser. Juste, je vais moins bloguer, parce que ma vie s'est emplie d'autres choses et que l'on ne peut jamais tout faire, et que pour l'instant ça me convient comme ça.


Dont acte.