mardi 4 novembre 2008

Un peu de musique en attendant que la pluie cesse

Hier j'ai rangé mes colonnes de CD. Supprimé quelques disques que vraiment, vraiment on n'écoutera plus c'est certain, et puis surtout retrouvé avec plaisir bon nombre d'albums qui avec le temps avaient joué les échangistes, les uns se rangeant chez les autres, parfois à plusieurs dans un même boitier. Alors juste une petite sélection très vite fait en passant, pour le plaisir des oreilles.


Ce matin, le doux plaisir du premier album de Lhasa, La Llorona.



Lhasa - De cara a la pared
envoyé par btayeb
(c'est la seule vidéo de ce morceau que j'ai trouvé, et je suis verte parce que c'est chanté faux - mais bon c'est joli quand-même et puis c'est mon préféré)


Et hier, ce si splendide album de Mathieu Boogaerts, Michel.



Découvrez Mathieu Boogaerts!


Mais... souvenez-vous, Mathieu Boogaerts, au tout début, ç'avait été ça :



Et hier il a sorti un nouvel album : I love you. Album que j'ai réclamé à corps et à cris à mon mari, mais il n'a pas eu le temps d'aller me le chercher. Alors, j'attends !


lundi 3 novembre 2008

Huit semaines

Rapide tour de blogs ce matin. Mowgli fête le premier anniversaire de sa chtig. Zelda fait le point sur ce qui a changé depuis presque un an. Chulie évoque le décès de sa grand-mère...


Pendant ce temps, je me prépare à mon rendez-vous chez le gynécologue, cet après-midi. C'est la visite de suites de couches, celle qu'on fait entre 6 et 8 semaines après l'accouchement. J'ai pris le rendez-vous il y a longtemps, il faut s'y prendre à l'avance pour avoir un rendez-vous à une date précise chez un spécialiste. Longtemps à l'avance, puis le temps est passé, la date est arrivée. Déjà. Huit semaines, un peu plus d'un mois et demi.


J'appréhende terriblement ce rendez-vous. Parce que jusqu'à aujourd'hui il y avait toujours cette soupape de "pas avant 8 semaines", je ne pouvais pas faire ceci ou cela, il était normal que j'aie tels symptômes, j'étais dans des circonstances tout à fait particulières. Et voilà que du jour au lendemain il faudrait que ça change. Parce que ça y est les 8 semaines sont écoulées, la vie devrait recommencer comme avant. La vie du corps, je veux dire.


Et surtout ça signifie que le temps passe, effectivement. Ce temps que je voudrais suspendu pour vivre dans une parenthèse pour l'instant. Là, je suis obligée de voir que je n'ai arrêté que l'horloge, pas le temps lui-même. Cette semaine ça fait 8 semaines. Dans 5 semaines j'aurai fini mon congé maternité, lui que j'aurais voulu à durée indéterminée, aussi long que j'en aurais eu besoin. Il va finir par se terminer. Aujourd'hui je devrais avoir le feu vert pour reprendre une activité normale, faire du sport, arrêter les siestes et réduire mon temps de sommeil, me forcer à nouveau, commencer la rééducation. Et demain... demain je devrai recommencer à faire sonner le réveil matin, à prendre la voiture dans la nuit et à faire mes 90km pour aller travailler tous les jours de la semaine. Je devrai crever le cocon hors du monde que je me suis fabriquée pour me protéger, parce que j'ai peur. J'ai peur de ce rendez-vous chez le gynécologue. J'ai peur de reprendre ma vie d'avant. J'ai peur d'arriver au point où mon avenir sera devenu le présent, mes projets des actualités, puis mon deuil un souvenir.


Bon, ça ne sert à rien de me voiler la face : j'ai peur de refaire un enfant. Et j'ai peur de me retrouver face à mes éternels problèmes de boulot (en avoir ailleurs ou s'en passer ici). J'ai peur de fuir l'un en me concentrant sur l'autre. Et puis j'ai peur de ne pas y arriver. Plus exactement, j'ai peur d'échouer à nouveau, que ce soit pour l'un ou l'autre. J'ai très peur de mourir en ce moment, et je me rends compte qu'à bien y regarder, ce n'est pas tant de mourir que de vivre, dont j'ai peur.


Alors oui je sais, il faudra du temps, tout ça va évoluer. Reste que pour l'instant je suis encore toute engourdie, et que je n'ai même pas envie de tenter un mouvement. Huit semaines qu'ils disent, huit semaines c'est passé tellement vite et ça a été une telle éternité aussi, huit semaines ça ne veut rien dire, huit semaines ce n'est qu'un chiffre parmi d'autres possibles, qui sait ce que c'est huit semaines, est-ce que mon corps abandonné, vidé, ruiné le sait, lui, ce que c'est huit semaines ?

vendredi 31 octobre 2008

Pas grand-chose

Déjà le 31 octobre, et je constate que malgré mon intention je n'ai même pas trouvé de quoi faire une dizaine de billets en un mois. Souvent j'ai une envie et le temps de monter me connecter et l'écrire, l'envie a disparu. En suivant exactement le même cheminement que quand je suis en conférence, qu'il me vient une question pendant la présentation d'un papier, et que le temps que l'auteur finisse je retourne mille fois ma question dans ma tête, me mets progressivement à la trouver de plus en plus ridicule, inutile, déplacée, et finis par la remballer.


Alors...


Alors j'ai une petite faim, tout de suite.

lundi 27 octobre 2008

326 pages* plus tard

(*) Pour dire qu'après mon commentaire au billet de Mowgli j'ai été vérifier ! Et elle fait plus de pages que dans mon souvenir...


Mowgli a fini de rédiger sa thèse. J'ai appris ça aujourd'hui. Et elle commence à se demander comment c'est, l'après-thèse. Alors ça me remet en tête ces questions que moi aussi je me posais, il y a 2 ans (bigre ! 2 ans déjà).


J'ai cru que j'aurais plusse de temps. Pour moi, pour les autres, pour la maison, pour les balades, les photos, le dessin, les envies, mon mari, la vie quoi. Ben non. Le temps gagné sur les recherches et la rédaction a été totalement réinvesti dans du temps de candidature. Je me rappelle, une semaine pile-poil après ma soutenance je devais rendre mon dossier de qualification, toute première étape d'un parcours (si bien décrit par Pandore) qui me parait aujourd'hui interminable. Le lendemain de cette deadline c'était l'ouverture du concours CNRS : un mois de travail acharné, vacances de fin d'année comprises. Quelques semaines à "souffler" en me demandant bien ce qui allait pouvoir sortir comme postes de maître de conférence, à tester mes chances là où le vent semblait me porter, à sentir comment le vent soufflait, tout en préparant mes auditions pour le CNRS. A peine revenue de celles-ci les postes MCF sont parus : re-dossiers. Puis ce fut la préparation des auditions où j'avais gagné mon ticket. Tout ça pour me retrouver, fin mai, avec rien (y compris dans le portefeuille...). Rien que du temps pour chercher un postdoc de toute urgence...


...Postdoc que j'ai trouvé, et que j'ai passé à écrire des articles jusqu'à fin novembre, puis à refaire des dossiers et re-préparer des auditions (entre deux contractions) jusqu'à fin mai. Tout ça pour rien, à nouveau. Et c'est reparti pour une recherche de postdoc.


L'après-thèse, c'est perdre l'entrain que l'on avait gagné pendant la rédaction, perdre l'étincelle de la recherche, dans les méandres des procédures de candidature. Juste après cette apothéose de la soutenance, ce moment magnifique, on se retrouve à patauger dans les descriptions de travaux passés présents et à venir comme si on y était, d'abord en y croyant à bloc et puis petit à petit tout ça devient de plus en plus abstrait, on se dit qu'on a envie d'écrire qu'on fera n'importe quoi comme recherche du moment qu'ils nous prennent, qu'on acceptera de bosser dans une ambiance pourrie avec des collègues blasés, dans une région inconnue et lointaine, qu'on passera sous toutes les fourches caudines du monde si seulement on nous en donne l'occasion. On s'embourbe avec le temps qui passe.


Cette année je voudrais recommencer mon dossier de candidature à partir de rien, plutôt que de repartir de la même base, qui semble-t-il n'est pas suffisamment séduisante malgré tout le bien qu'on a pu m'en dire (et pourtant c'est pas faute d'en avoir reçu, des félicitations à ce sujet). Le billet de Mowgli tombe à pic parce que c'est justement ce que je m'apprête à faire maintenant, dans le mois qui vient, pour me remettre dans le bain du travail, tout en gagnant du temps pour quand je reprendrai le travail et ne pas avoir à y consacrer tout mon temps d'alors. Et puis ça me permettra de faire le point sur ce que j'ai fait, ce que je sais faire et ce que j'ai envie de proposer. Mais pour l'instant ma volonté s'arrête là... à désirer me refaire un dossier tout neuf. Faire des dizaines de candidatures sans dans le même temps pouvoir faire avancer ses recherches, ses véritables travaux, la raison même pour laquelle on fait tous ces dossiers, c'est sacrément usant.

jeudi 23 octobre 2008

Une petite signature, pour la route

Dans bref tour sur mon agrégateur j'ai trouvé ce billet :


Bouriane verte: Roquebrune sur Argens (83): on sort vraiment de la Bouriane


pour aller se rendre compte qu'à Roquebrune sur Argens, le territoire de la commune est interdit de survol aux rolliers, guêpiers et autres PGTR (Pie grièche à tête rousse); à cette fin, un moyen original de les virer a été mis en route : au Verteil, les autorités permettent la construction d'une piste de moto cross et de quads dans une zone Natura 2000 particulièrement riche en oiseaux. C'est peut-être le début d'un bétonnage organisé, courant dans ces régions méridionales.
(...)

Vous trouverez sur le billet de Jean-Pierre tous les liens nécessaires, mais je mets tout de même au moins celui qui permet de se faire une idée de la situation et de signer la pétition :


http://roquebrune.welcometoparadize.com/


Pas trop mon genre de faire dans la pétition, mais là tout de même... c'est chez moi, mince alors ! Et c'est le strict minimum que je puisse faire.

Help needed

Bon, ben comme je ne sais pas quoi dire ces jours-ci (et ça dû se remarquer...), j'ai une question à vous poser : qu'est-ce que je pourrais bien planter dans mon jardin ? En gros, j'ai besoin de plantes qui font des fleurs et qui grimpent le long des canisses, et puis aussi de plantes pour faire des massifs, certains en plein soleil, d'autres à l'ombre. Le tout dans une terre plutôt globalement calcaire, où il gèle en hiver (mais bon modérément tout de même, ça reste en Provence), où le mistral souffle bien, et je voudrais des trucs qui poussent vite, qui ne meurent pas tous les ans si possible (vive les vivaces) ou alors qui se re-sèment tous seuls, et puis, et puis... qui soit rustiques et pas exotiques ! J'ai passé deux jours à parcourir le catalogue du Biau Germe mais comme il n'y a que très peu d'illustrations et que je suis nulle en plantes à fleurs, j'ai beaucoup de mal à me représenter ce que je pourrais tenter :-/


Des idées, des idées ? Parce que moi je sèche grave sur la question !


Y'a aussi mon plan de jardin qui traine, mais je ne sais tellement pas quoi planter, et ce jardin est tellement régulier, que je ne sais pas par quel bout commencer ! Avant j'avais toujours des arbres plantés ça et là, des rochers, des restanques pour me guider dans mon inspiration et ajouter des contraintes avec lesquelles jouer mais là, rien de tel. Juste un grand rectangle, tout plat, avec des canisses sur les petits côtés, le mur de la maison sur le grand côté sud (qui donc fait une partie très ombragée à son pied) et une rangée de cyprès (acides !) sur le grand côté nord.


J'mettrais bien des photos pour vous aider à m'aider (non parce que vraiment, j'ai besoin d'aide sur ce coup-là) mais je n'ai toujours pas retrouvé le câble pour faire le transfert de l'appareil...!

lundi 13 octobre 2008

Bazar du lundi matin

Quelques gouttes de pluie ce matin. Le ciel est bas et gris, quelques oiseaux osent chanter, réfugiés sur le toît pendant que les chasseurs tirent en bas dans les bosquets. Casquettes orange vif que l'on voit pointer entre les branches à intervalles réguliers, grelots et cloches des chiens : ça n'a que peu à voir avec les chasseurs qui cherchent à se cacher pour ne pas être vus du gibier, et se fondent dans la nature pour s'inscrire dans un certain équilibre.


Mon mari est tombé malade à peine quelques heures après m'avoir dit entre ses dents, en rentrant du travail, qu'il était en colère contre le monde entier, parce que le monde entier avait des enfants et pas nous. Puis la fièvre est arrivée et l'a fait pleurer pendant presque toute la semaine. Ma sage-femme m'avait expliqué une fois que la composition des larmes n'était pas la même quand on pleure pour se débarrasser d'une poussière p.ex., et quand on pleure de chagrin ou de douleur : j'aurais été curieuse de savoir quelle était la composition de ses larmes cette fois-ci.


Moi, pendant ce temps, j'ai voulu être "forte" pour l'aider à tenir le coup, être vigoureuse et joyeuse et énergique pour deux. Mes efforts m'ont conduite à un mal de gorge cuisant, qui a disparu quelques heures après avoir pu pleurer tout mon saoul dans ses bras en lui disant tout ce qui se bloquait dans ma tête.


Et il y en a, des choses coincées là-dedans. Quelques jours après l'accouchement je disais déjà que je voyais qu'il y avait une partie de moi que j'avais enfermée et rien que d'y penser j'en avais un vertige fou. J'en ai déjà parlé un peu ici : j'arrive à faire des projets à moyen ou long terme, mais rien pour le présent, et surtout rien pour moi-même. Enfin, je me rends bien compte que c'est faux puisque je m'en sors, et plutôt pas trop mal pour le moment. Mais quand la peine me saisit... je ne vois plus rien clairement. Je me mets à porter un regard qui trouble tout ce que j'aperçois, le travail que je n'ai aucune envie de reprendre, l'aménagement de la maison que l'on n'arrive pas à faire avancer aussi vite que l'on voudrait, les chevaux dont je voudrais m'occuper plus mais je n'y arrive pas, cette peur qui me tenaille de perdre encore quelqu'un, le vide que mon enfant ma laisse. Il m'arrive à certains brefs instants de me surprendre à penser que tout cela n'est qu'un mauvais rêve et que mon fils est là, qu'il va arriver, qu'il est vivant, que c'est juste un moment d'angoisse qui suit tous ces longs mois de questionnements, de chambardements.


Mais non. Mon fils est mort et il pleut ce matin. Notre maison est devenue une habitation pour deux personnes. Je suis en congé et je devrais en profiter pour préparer un nouveau dossier de candidature pour cette année, parce que j'ai décidé de tout refaire à partir de ce que j'ai appris ces deux dernières années, de ce qui a fonctionné, et ce qui a juste fait bonne impression mais sans m'ouvrir de portes. Que si j'attends de reprendre le travail pour le faire, je n'aurai pas le temps de faire ça et de la recherche en même temps, et que ça fait trop longtemps que je n'ai pas fait de recherche intensive, qu'avant ça me plaisait, que l'envie devrait revenir avec la pratique, avec l'approche d'une solution à un problème, avec la sensation d'aller dans la bonne voie, avec la hâte fébrile de voir les résultats d'un test, avec les réponses que l'on voit apparaître des erreurs que l'on trouve.


Oui, j'en parle bien ;-) mais tout ça n'est que de la théorie. Dans la pratique, la première chose que je devrais faire c'est de me chercher un job pour quand j'aurai fini mon postdoc, ce qui va arriver assez vite, et pour cela je n'ai aucune énergie qui me vient.


Et puis dans l'immédiat, mon énergie va se concentrer sur le ménage de la maison qui est devenue un véritable champ de bataille depuis les pluies diluviennes de la semaine dernière... vivement que l'on ait pu planter le gazon.


A part ça, profitant d'un stand qu'ils avaient installé à la fête de la courge, ce week-end j'ai enfin adhéré à Kokopelli (y'a aussi leur futur site, en cours de construction, ). Ça a été une rudement bonne occasion et j'en suis très contente. Et de les rencontrer, en chair en os (...et en sachets de semences !), ça a été une très chouette rencontre.


mardi 7 octobre 2008

Au réveil

Je me suis levée avec mon mari ce matin. J'ai ouvert la porte au chat et j'ai vu les étoiles de la nuit dehors, alors que le froid du matin n'était pas encore là. Puis j'ai vu le jour se lever au travers de la fenêtre, là-bas au loin sur les hauteurs du Verdon que l'on aperçoit jusqu'ici. Mon mari a mis de la musique, a fait du café neuf, m'en a servi une tasse et m'a embrassée en me souriant avant de partir travailler.


Et qu'est-ce que je fais maintenant, je me recouche un peu ou non ?

lundi 6 octobre 2008

Le linge propre

Je me suis levée (trop tard, encore, mais j'ai réussi à gagner trois petits quarts d'heure sur mes horaire de ces derniers jours : je progresse), j'ai mis de l'eau à chauffer et suis allée me débarbouiller. Je suis sortie devant la maison et j'ai bu un café au soleil avec le chien à mes pieds.


Puis j'ai enfilé une veste et je suis allée mettre le nouveau cheval au parc. Quand je suis revenue du parc il s'est mis à tomber trois gouttes, sous le soleil devenu timide. Je me suis tournée vers l'ouest et il y faisait tout gris, avec un gigantesque arc-en-ciel (et je vois que ce n'était pas le seul). C'était beau.


Je suis revenue, j'ai nettoyé un peu le box, et puis je suis allée boire une menthe à l'eau avec les gens de la ferme qui étaient là. Les filles sont rentrées des vendanges très tôt, il n'y a plus grand-chose à faire, cette année ils font presque tout à la machine.


Devant la menthe à l'eau se prépare la réouverture d'un commerce du village, c'est pour bientôt, beaucoup de la ferme en sont, ça intéresse tout le monde et chacun y va de son petit conseil sur les travaux, le mobilier, les techniques de vente.


Je regarde au loin le nouveau cheval qui se fait attaquer par les moucherons, il hoche la tête et remue la queue sans cesse, et je ne sais pas trop quoi faire pour l'en soulager. On a parlé de lui mettre un bonnet, mais on s'est dit qu'il était déjà trop aristocrate sans avoir besoin de le déguiser en plus ;-) Avec un peu de chance il s'habituera.


En fait, le plus dur c'est que là j'ai fait à peu près tout ce que j'avais prévu de faire dans la journée. Et il n'est même pas tout à fait midi. Les filles m'ont proposé de descendre avec elles au village d'à côté cet après-midi, faire trois courses, mais je n'en ai pas bien envie. Je les aime beaucoup mais je peine à prendre leur rythme à elles, elles ont des habitudes qui ne sont pas les miennes et beaucoup ne prennent pas facilement leur place dans le déroulement de mes journées. Et j'aime encore beaucoup passer du temps seule, et ça m'est sans doute nécessaire.


Alors à présent, je me trouve dans le moment où je sais ce que je pourrais faire (ranger la vaisselle propre et nettoyer la cuisine, prendre une grosse douche et m'épiler en attendant que la machine à laver ait fini puis ranger le linge sec et étendre le mouillé, passer un coup de balai dans les chambres,...), mais je n'ai plus très envie de rien. Ou j'ai peur de le faire. J'ai peur de ne pas bien le faire. J'ai peut-être peur d'arriver au bout de ma liste de choses à faire.


On n'a toujours pas retrouvé les clés qu'il faut pour démonter le lit de bébé qu'on avait mis dans la pièce qui devait être sa chambre. On y passe de temps en temps, mais on a complètement désinvesti cette pièce, on ne l'utilise plus telle qu'elle devait l'être et pas encore telle qu'elle le sera finalement. Et il y a toujours ce lit qui brise notre volonté, même si l'on n'en parle pas, même si l'on se contente de penser à autre chose, de ne pas le regarder quand on passe. Il y a aussi les cartons de vêtements de bébé que l'on avait laissés ouverts volontairement mais que l'on pourrait fermer et stocker à présent, il suffirait de mettre les boules de cèdre dedans, de les scotcher et puis de les mettre... où ? Je ne sais pas où l'on va les mettre, j'ai peur de les ranger dans le grenier, j'ai peur qu'ils prennent l'eau, se fassent ronger par des bestioles, je ne sais pas si ça craint ou pas mais j'ai peur de les laisser dans un endroit où l'on ne peut pas veiller à ce qu'ils soient protégés. Mhhh. Je réalise que j'ai terriblement peur de tourner complètement la page (même si ce n'est pas la présence de ce lit ni de ces cartons qui y change vraiment quelque chose en réalité, je le sais bien). Sur le coup je trouvais infiniment glauque ces parents qui ne touchent pas à la chambre de leur enfant disparu, mais à présent je peux comprendre ce qu'ils ressentent et ça n'a rien de glauque. C'est une paralysie.


Les nuages se sont dissipés maintenant. Il va faire chaud cet après-midi. J'ai envie de boire un autre café, et quand je serai en bas je sais que machinalement je finirai par le vider, ce lave-vaisselle propre. Que je me ferai à manger, puis que j'irai chercher quelques herbes sèches à placer dans le vase que l'on nous a offert hier, et que ça remplacera les roses qui à présent sont fanées. C'est joli, des bouquets dans la maison. Je regarde l'étendoir à linge et me dis que je peux le faire. Je peux le faire.


Parfois, le goût à la vie tient juste à un bout de drap sec qui attend sur un étendoir au soleil.

samedi 4 octobre 2008

Pas trop d'idée

Je ferais bien un petit billet ce matin, mais je ne sais pas de quoi parler.

jeudi 2 octobre 2008

Le petit nouveau

Le premier est arrivé hier soir, avec quelques jours d'avance. Il est venu tout droit du Danemark (enfin pas exactement en fait : il a fait une pause au Luxembourg), en camion, un drôle de trajet pour lui sans doute. Il est sorti du van tout alerte, a marché un moment pour se remettre la circulation en route et a senti partout, a regardé tout ce monde autour de lui qui venait l'accueillir. Ça doit être tellement différent du milieu qu'il a quitté...


Il est grand le petit nouveau, bai brun foncé, un jumper à la retraite d'après son maître, pas peu fier de le faire défiler sous nos "waaaaa" admiratifs. Le poil court et brillant, l'allure fière et fine, une petite marque en tête si j'ai bien vu, il ressemble à une genre de selle français - mais qui serait made in là-haut. Il va prendre un peu de temps pour se mettre au diapason de la ferme parce qu'actuellement il dort dans un box et mange des céréales (son maître a dit : "No grass !" et j'ai pensé "Ben va y avoir du boulot..."). Il a même une couverture pour les nuits un peu froides (mais entre ici et son pays d'origine la notion de "froid" ne doit pas être tout à fait la même... j'imagine).


Ce matin ils l'ont mis en parc avec d'autres chevaux de la ferme. On verra comment ça se passera pour faire connaissance, s'il se fait des amis. Au moins, eux n'auront pas le problème de la barrière de la langue... qui nous a rendu la tâche ardue hier soir : comment fichtre est-ce qu'on peut bien dire "licol", ou "sellerie" en anglais, hein ?


[ La réponse est : halter pour "licol", et saddlery pour "sellerie" ; merci WordReference ;-) ]


Tout à l'heure j'irai lui faire un coucou, voir comment ça se passe. Et puis j'irai voir les sabots du cheval déferré aussi, pour observer comment se passe la transition. Pour l'instant il demande une de ces concentrations pour marcher, c'est impressionnant ! Tant de sensations à réapprendre...

mardi 30 septembre 2008

Oublier tout savoir

C'est le thème-phare d'un magasine que j'ai acheté l'autre jour et que je ne connaissais pas : Planète cheval au naturel.



Il y a des chevaux à la ferme. Et l'on n'a de cesse de me proposer de m'en occuper, quand j'irai mieux. Alors je reprends un peu de service dans cette passion qui m'a tenue si longtemps et dont j'avais peu parlé ici parce que je ne pratiquais plus. Donc en tombant sur ce magasine, j'ai bien eu envie de voir ce qu'ils racontaient dedans, question de me remettre... le pied à l'étrier.


Et j'y ai lu un article (résumé ici : Avec application... on achève bien les chevaux !) qui a remis des tas de choses en question dans ma tête. Je pensais qu'un certain nombre de mes connaissances équestres étaient sures, relevaient de la connaissance naturelle des chevaux et n'étaient pas à remettre en question, bien que je ne les avais pas vérifiées par moi-même mais je croyais que si tout le monde se basait sur cela, c'était que ça devait être vrai.


Des choses comme le fait que quand on pince (voire, quand on brosse) un cheval le long de la colonne vertébrale entre l'emplacement de la selle et le début de la croupe, il réagit en creusant le dos parce que ça le chatouille. L'auteur explique (avec des éléments qui semblent tomber sous le sens, quand on y réfléchit 5 minutes) qu'il n'en est rien, et que si le cheval s'abaisse comme cela c'est parce qu'il a mal. Et pourquoi a-t-il mal d'après lui ? Parce qu'il porte des fers, qui modifient complètement ses aplombs et son équilibre, et qui lui font forcer sur son dos, qui souffre (surtout quand on vient le lui rappeler en le pinçant).


Des choses, aussi, comme le simple fait qu'un cheval a une espérance de vie d'environ 25 ans. J'ai toujours entendu dire à peu près ça, +/- 5 ans grosso modo. (Au passage, c'est nettement moins qu'un âne qui vit une bonne soixantaine d'années si mes souvenirs sont bons.) Alors les chevaux "de loisir" sont mis au travail à partir d'environ 18 mois (plus ou moins progressivement, ça dépend des méthodes et des gens) et partent à la retraite à une vingtaine d'années, suivant leur état général (souvent piètre sur la fin du "service"). Là, l'auteur de l'article explique que lui, éleveur de chevaux "au naturel" n'a pas tenu compte des on-dit en la matière ; il pose qu'un cheval a fini sa croissance à 7 ans, alors il les met au travail à 10 ans (alors que ça commence à représenter un "âge avancé" dans les centres équestres), les met en retraite à 30 ans, où ils vivent tranquillement jusqu'à... une quarantaine d'années !


Autant dire que je n'en revenais pas, à la lecture de cet article. Tant de choses paraissant évidentes qui s'effondraient d'un coup. Remarquez, j'aime bien les connaissances a priori qui s'écroulent : ça laisse place à l'observation et la réflexion. Mais là ! Quand je pense qu'à peine quelques heures avant d'acheter ce magasine j'étais encore en train d'expliquer à une voisine que c'était normal que son cheval ne soit plus trop vaillant parce qu'il a 20 ans et que dans les clubs c'est l'âge de la retraite...


Alors, alors on va tout reprendre depuis le début. Ici à la ferme, tous sont très ouverts. Alors on va pouvoir faire des essais. Et puis les chevaux sont placés dans des conditions qui ne se prêtent pas trop mal à tendre vers des conditions naturelles, donc ça ne nécessiterait pas de trop grands chamboulements, on pourrait y aller petit à petit en modifiant certains détails par ci par là.


La première étape, et tellement essentielle, consiste à observer les chevaux, les observer sans a priori, dans leurs relations entre eux, dans leurs habitudes, et refonder notre relation avec eux en prenant leur mode de vie naturel en compte, et non pas que le nôtre. Je peux commencer à le faire doucement, ça. Et puis ça me fait tellement plaisir de retrouver le contact des chevaux.


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J'ai oublié quelques liens qui peuvent être utiles :


  • Equi-libre, l'association de Pierre Enoff, l'auteur de l'article en question. Il s'agit d'un centre d'hébergement et de randonnées équestres situé dans les Pyrénées. Il y organise aussi des stages pour apprendre à laisser les chevaux vivre pieds nus (i.e., sans fers).

  • Apparemment il a un site alternatif au premier, ici. Les thématiques restent les mêmes, randonnées, chevaux pieds nus, etc.

  • Un article (en anglais - il y a bien une traduction en français mais elle est faite automatiquement et c'est pas vraiment le top) sur pourquoi ne pas ferrer : apparemment la police de Houston s'y est mise.

  • Et puis en plus local j'ai même trouvé ce blog, sous-titré : "Blog pour le cheval au naturel sans mors et sans fers, médecines douces : Var et Alpes maritimes et par extension région PACA"

lundi 29 septembre 2008

Les jours qui passent

Reprendre vie. C'est assez soudain. Se re-saisir. Une dure dure nuit passée pleine de cauchemars et de peurs après deux jours de calme. De calme qui m'inquiétait, qui menaçait de cacher quelque chose en dormance. Je ne suis certainement pas au bout de mes surprises, dans mes ressentis présents et futurs. Observer ça et apprendre, m'apprendre à nouveau, toute nouvelle que je suis à présent, mère - même sans fils - et toujours vivante.


Mon mari m'aide. Les gens autour, voisins amis famille m'aident. L'acuponcture m'aide. Les douleurs qui subsistent ne m'aident pas. Moi qui ai attendu neuf mois je pensais que l'attente était finie et me voilà à nouveau au pied du mur, comptant les jours qui me séparent de mon rétablissement, comptant les jours qui me séparent du retour de mon apparence d'avant. Je les compte avec hâte et appréhension : j'ai tellement peur que tout disparaisse, toute marque de lui, et parmi elles mon ventre et même ce sang qui restent pour l'instant des preuves qu'il a été là, qu'il a existé, que tout cela n'a pas été qu'un rêve merveilleux brusquement transformé en cauchemar. Mais c'est aussi tellement lourd d'être constamment rappelée à l'ordre par les besoins physiques, par l'obligation de faire attention, de toujours penser à ne pas forcer, à ne pas ci ne pas ça.


Je ne sais plus quoi dire, je suis comme tarie : ça fait cinq paragraphes que je commence et que j'efface, à propos de choses différentes, que je ne veux pas dire, ou ne sais pas dire peut-être. Pour lesquelles les mots ne viennent pas ou ne veulent pas rester.


J'arrive à faire des projets à long terme, à imaginer des choses que je referai, un jour prochain quand j'aurai repris la forme et puis même plus tard, je parviens à avoir des envies ; mais à présent je n'arrive à presque rien, je m'en rends bien compte. Ils sont beaucoup à me dire que je suis forte, parce qu'ils le croient, parce qu'ils le voient, mais quand je me trouve face à moi-même je ne sais pas si je suis aussi forte qu'ils le prétendent. On m'a toujours dit ça. Parfois je voudrais qu'on ne me voie pas forte. Ou alors, je ne sais pas. Oui bien sûr j'arrive à me changer les idées, j'arrive à rire et même à faire le ménage mais - et je ne réalise ce que ça signifie qu'en laissant les mots affluer - il me manque quelque chose. Il me manque la présence de mon fils évidemment, sauf qu'elle est tellement vague cette présence, tellement inconnue de moi, tellement désirée et si brusquement retirée que je ne sais pas ce qui me manque finalement. Peut-être que je la cherche, peut-être que c'est ça ce deuil si étrange d'une personne qui n'a jamais ouvert les yeux sur le monde qu'au travers des membranes maternelles : peut-être que ça me demande infiniment de force de deviner cette présence inconnue ce qui me manque. Peut-être que je m'en veux de ne pas le savoir. Que je suis terrifiée à l'idée d'oublier mon enfant parce que je connais pas la couleur de ses yeux.


Je connais malgré tout la douceur de sa peau. La finesse de ses traits. La sensation de son poids sur mon corps. Je ne veux pas oublier ça et j'ai tellement peur de le perdre parce que c'est tout ce que j'ai de lui, cet instant de tendresse posthume. Tous les objets souvenirs et les images ou même les mots n'ont rien à voir : je ne veux pas perdre cette sensation et pourtant je sais bien qu'elle finira par s'effacer comme toutes les autres. Elle n'est pas comme toutes les autres, je ne veux pas qu'elle disparaisse. Et je piétine. Je parcours le chemin à l'envers pour ne pas oublier qu'un matin de septembre, j'ai tenu mon fils dans mes bras.


La route sera longue comme ça, je le sais. Mais elle est trop importante pour ne pas consacrer le temps nécessaire à chaque étape.

jeudi 25 septembre 2008

Il est parti

Il est parti, hier, sous les regards silencieux. Toutes les larmes versées nous ont aidés à lui dire adieu, dans notre tête, dans notre corps. Un tout petit cercueil très simple, quelques roses déposées par ceux qui l'ont aimé avant même de pouvoir le connaître, son bracelet de naissance et puis quelques vêtements que l'on avait choisis pour lui l'ont accompagné.


Avant la cérémonie d'adieu, il y a eu la mise en bière. Instant très difficile que les retrouvailles avec ce petit corps inspecté sous toutes les coutures par des équipes médicales pendant une dizaine de jours depuis sa naissance. Mais passé l'effroi des premières secondes, quel soulagement de le retrouver un peu, même comme ça. On a réalisé que l'on attendait cela depuis toutes ces longues journées. C'était bon de le revoir, bon de le suivre sur la route, qu'il soit enfin là près de nous même pour quelques instants seulement.


Qu'est-ce qu'il était beau. Le nez de son père et les mains démesurées de sa mère. Il était beau comme le plus beau des cadeaux que l'on ait pu se faire l'un à l'autre. Il était beau comme le souffle de vie qui l'avait animé pendant tous ces mois dans mon ventre. Il était aussi beau qu'il était désiré.


Hier il a plu. Il a plu surtout sur le chemin vers le funérarium. Quand on est sortis de la cérémonie, le soleil a pointé un rayon vers nous.


Il fait beau, aujourd'hui.

lundi 22 septembre 2008

Merci

Pour tous les mots reçus ici, par email, par courrier, par téléphone ou de visu ; pour les pensées et le soutien, pour tout l'amour, la compassion, la compagnie, pour l'empathie ; pour l'aide et la présence offertes, pour les nouvelles prises, pour chaque geste vers nous.


Il n'y a certes pas de mots magiques pour enrayer la douleur, mais tout cela nous sauve du chaos qui règne en nos coeurs.

vendredi 19 septembre 2008

A toi

On avait imaginé plein de choses. On t'avait rêvé berger, batteur de jazz, sportif ou bien savant, beau et fier assurément, et puis tant d'autres choses inattendues. On t'attendait avec impatience maintenant, fébriles à l'idée d'enfin te tenir dans nos bras, de toucher ta peau, de nous perdre dans ton regard, de te caresser, te chatouiller, te porter, te regarder, te sentir, on attendait que tu entres dans notre vie de toute ta présence.


C'est par ton absence que tu y entres. On n'avait pas pensé cela possible. Notre rencontre a été éphémère, marquée par la douleur de l'adieu à te faire, déjà, avant même de pouvoir faire ta connaissance.


Tu es malgré tout entré dans notre famille, et tu resteras toujours notre fils aimé, attendu, désiré. Tu nous manques - et ton absence fera désormais partie de notre histoire. Avec le temps la blessure deviendra moins déchirante et cédera la place à tout l'amour que l'on a pour toi. Je t'ai porté dans mes entrailles, ton père dans ses espérances et l'on te portera toujours dans nos coeurs.


A Villequier

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m'entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Emu par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre
De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre
Elle dort pour jamais ;

Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l'immensité ;

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;
Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu !

Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive
Par votre volonté.
L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,
Roule à l'éternité.

Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;
L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.
L'homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.

Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas.
Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude
Ni la joie ici-bas !

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :
C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !

Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient ;
J'en conviens, j'en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie
Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;
L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie,
Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.

Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous,
Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,
Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,
Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ;

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,
Passent sous le ciel bleu ;
Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent ;
Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l'homme entre comme élément.

Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre
Que des êtres charmants
S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre
Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses
Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.
Vous ne pouvez avoir de subites clémences
Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !

Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,
Et de considérer
Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,
Je viens vous adorer !

Considérez encor que j'avais, dès l'aurore,
Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,
Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore,
Eclairant toute chose avec votre clarté ;

Que j'avais, affrontant la haine et la colère,
Fait ma tâche ici-bas,
Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,
Que je ne pouvais pas

Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie
Vous appesantiriez votre bras triomphant,
Et que, vous qui voyiez comme j'ai peu de joie,
Vous me reprendriez si vite mon enfant !

Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,
Que j'ai pu blasphémer,
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer !

Considérez qu'on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,
Que l'œil qui pleure trop finit par s'aveugler,
Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,
Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,

Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre
Dans les afflictions,
Ait présente à l'esprit la sérénité sombre
Des constellations !

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire
S'il ose murmurer ;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m'écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un œil d'envie,
Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie
Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,
L'instant, pleurs superflus !
Où je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,
Quoi donc ! je ne l'ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,
Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !
L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,
Et mon cœur est soumis, mais n'est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,
Mortels sujets aux pleurs,
Il nous est malaisé de retirer notre âme
De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu'on rêva,
Considérez que c'est une chose bien triste
De le voir qui s'en va !

-- Victor Hugo, Les contemplations. Villequier, 4 septembre 1847.

lundi 8 septembre 2008

L'attente

J'ai lu, j'ai parlé, écouté, demandé, j'ai observé. J'ai ressenti, appris de moi et de lui. J'en ai compris que ça sera une expérience inattendue, dont on peut espérer bien des choses mais dont on ne peut en fait que tout ignorer avant qu'elle n'arrive. Que ça peut se passer de toutes les manières imaginables - et même au-delà de l'imagination, parfois. Souvent. Toujours ?


Un certain nombre de femmes en parlent comme d'"un mauvais moment à passer" mais je ne le vois pas comme ça. Pourquoi mauvais ? Pourquoi une grossesse réputée merveilleuse mènerait à un moment si détestable ? C'est un moment essentiel à passer, où tant de choses vont se passer, justement. Un moment à vivre pleinement parce que ça sera là, dans ce temps, que se passera la transition entre ma vie de jusqu'ici et celle d'après, et tout cela vaut bien que j'y consacre de l'énergie, de la concentration, de la volonté et tout le reste. Et tout ce que je pourrai y mettre, puisqu'à cet instant ma vie sera en train de changer. La sienne aussi d'ailleurs, et sans doute qu'il en fera autant de son côté. Ça sera notre moment à tous les deux, rien qu'à tous les deux, intégralement concentrés sur nous-même et sur l'autre, sur ce travail essentiel, vital que l'on va accomplir ensemble.


Je découvre, je comprends peu à peu pourquoi est-ce que depuis toujours je veux qu'il en soit ainsi. Pourquoi c'est si important pour moi, dans mon chemin personnel. Et bien que je ne sois pas toujours heureuse de toutes les étapes de ma vie, je suis par contre heureuse de ce que ça a engendré chez moi : cette volonté de faire de mon accouchement un événement grandiose, savoureux, de vie et de communication de la vie. Evidemment que j'ai le trac devant cet inconnu toujours relaté comme au-delà de l'imagination, mais je suis contente de savoir que je vais le vivre, bientôt, que je vais le partager avec ce petit bout d'homme qui grandit encore en moi pour quelques semaines, quelques jours ou quelques heures encore.


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Beaucoup de mal à revenir m'exprimer en ce lieu, sans doute parce que beaucoup de choses ont déjà changé et que j'avais besoin d'autres choses, avant. Et puis une envie, ce matin. Pour la suite on verra ; je ne manque absolument pas de choses à dire, de tous ordres ; c'est où, quand et comment les dire qui ne me reviendra pas forcément. On verra bien. Et je dois répondre à tous vos commentaires depuis un bon mois...

vendredi 1 août 2008

Extrrrrrrêment vite fait...

...juste pour dire que oui tout va bien. On a déménagé, je n'ai pas eu le temps de bloguer, et là plus de connexion avant un petit moment. En attendant je garde en mémoire quelques choses à venir raconter ici quand je retrouverai internet, et puis des photos aussi de notre nouveau chez nous !


A très vite (aussi vite que possible) et je vous souhaite un très bon été à tous

vendredi 4 juillet 2008

Objet blog(u)ant enfin retrouvé

J'avais perdu Obni !



Il a changé de version de Dotclear depuis quelques mois, et depuis il n'apparaissait plus dans mon agrégateur parce que cela avait modifié son adresse. Et moi de mon côté, faisant mille choses à la fois, je ne m'en suis rendue compte que bien tard...


Voilà donc le mal réparé, Obni est de retour, son adresse corrigée, dans mon agrégateur et ici aussi dans ma liste de liens. Ouf !

dimanche 29 juin 2008

Lu, vu, entendu

- J'en ai tellement marre de te rendre malheureux. Si je devais me couper un bras pour que ça te rende heureux je le ferais.
- Si tu te coupais un bras ça ne pourrait pas me rendre heureux. Sois heureuse, d'abord, il n'y a qu'en cela que tu pourras me rendre heureux.